Ghana, k’es tu fous là ?

Le Ghana par Jérémie et Claire ou, comment se retrouver dans un pays en se perdant dans la brousse, traversant la frontière sans s’en rendre compte, sans visa, sans monnaie, sans autorisation d’entrée ni de sortie, sans carte valable…

Bref, une journée folle en émotion que nous vous proposons de vivre avec nous sur votre petit écran : Au moins, chacun s’accordera à dire que le voyage comporte une pincée d’imprévu.

Le matin on se réveille, sans savoir ce que nous réserve l’aléatoire de cette journée. Malgré les prévisions étudiées à l’avance, on ne sait pas en général où on va dormir le soir, si on va réaliser les kilomètres prévus, ou encore avec quelles personnes on va passer un moment inoubliable, 15 minutes sur le trottoir, ou 4 heures dans un troquet. Prêts à tout, en surprise continuelle.

Cette expérience nous rend aussi compte que nous franchissons l’espace et les frontières, mais sans réellement constater de changement entre le Mali, le Burkina, le Ghana …
Les frontières inventées par les guerriers conquérants introduisent dans ces espaces dénués d’obstacles physiques une distance entre les hommes, là où il y a proximité, voir parenté, entre eux.
A méditer…

Installez vous confortablement sur le porte bagage, entre la boussole cassée et le bidon d’eau à sec.
Avec en prime un super poème en bas de l’article.
Merci divinement à Fred et David qui mettent en ligne nos articles ici: http://voyage.jeremiebt.com/
Pour savoir ou nous sommes, la carte d’ »Hubert Earth » est là: http://voyage.jeremiebt.com/carte.htm
Jérémie et Claire, paumés dans la brousse
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PS 2: Pensez aussi à nous donner des nouvelles de vous… et n’oubliez pas que sur les pages vous pouvez laisser tout en bas des commentaires que nous lirons goulument !



Alors à la fin du Burkina Faso, nous nous trouvions sur cette carte au niveau de Youga et comptions longer la frontière du Ghana, pour entrer au Togo par la ville de Koulougoungou, 50 Km plus loin… simplissime quoi.
MAIS… nous prenons une piste qui trace droit au sud.
Ha oui, parce qu’on ne vous a peut être pas dit, mais on nous a piqué notre boussole au Mali quelques semaines plus tôt.
Bref.
Tout le monde se met à nous saluer en Anglais, et nous continuons comme des fleurs sans nous douter de rien (en même temps, près des frontières c’est fréquent que les langues se mélangent un petit peu).
Parler en Anglais avec des Africains nous donne des airs étrangement désagréables d’afrikaners.
Un motard particulièrement inspiré et qui comprend bien qu’on n’est pas sur la route de Koulougoungou, nous apprend que nous sommes entrés au Ghana. Ceci sans visas, sans monnaie locale, sans cachet d’entrée et donc… sans autorisation de sortie !
Et notre expérience depuis notre arrivée en Afrique nous a montré qu’ici, l’administration et ses sbires ne plaisantent pas avec le règlement. On sent déjà qu’on va bakchicher à mort.
Gloups. On décide pourtant de ne pas faire demi tour, mais de bifurquer à la prochaine occasion, histoire de ressortir par la petite porte, ni vus ni connus.
Ça ne se passera pas ainsi.
Entre temps on prend des photos, car le Ghana c’est joli.
Voyez comme ça change radicalement du Mali et du Burkina ;)






Gloups, là ça commence à se compliquer. 20 bornes que l’on avance, et on tombe sur cette rivière qu’il nous faut traverser pour rejoindre ce fameux Koulougoungou, au Burkina. Bizarre, il n’y a pas de pistes sur notre carte qui traverse la rivière…
Admettons qu’on est paumés, on se dit quand même que si on continue tout droit comme nous assurent les autochtones, la sortie du Ghana se fera tranquille sans poste de douane. En effet, ces derniers se trouvent plutôt sur les routes avec véhicules, pour contrôler les marchandises, hors là nous sommes sur un chemin paumés entre les arbres.
Cool ma poule, tout roule, on traverse la rivière.



On vous en passe et des meilleures concernant notre stratégie de retour au Burkina. On nous dit « Allez à Boko», « Allez à Boko». Nous continuons donc vers ce village de Boko, qui n’est pas sur notre carte.
Nous arrivons finalement au fameux…. «Boko» qui est en fait Bawkû, bonne grosse ville du nord du Ghana, pleine de goudron, de magasins et d’administrations. Diantre, c’est raté pour la discrétion ! Nous ne sommes plus vraiment proches de la frontière du Burkina, mais complètement dans les terres du Ghana. De surcroit nous nous sommes rapprochés de la frontière Togolaise.
Et bien allez, profitons-en, on file cash au Togo, et on croise les doigts pour trouver le bon bobard à donner au douanier.


Tout semble bien se passer lorsque 29 km plus loin, juste avant la frontière du Togo où il ne semble y avoir aucune âme qui vive, qui vient nous rattraper parce qu’on est passés devant lui sans s’arrêter ? Le douanier ! (on lui a fait coucou, on savait pas qui c’était !)
Pépère, sur sa bécane, il nous demande de nous arrêter. Ça démarre mal, alors on sort notre sourire n°1, et on se la joue sympa, on rigole, on raconte notre périple, on le prend en photo, on demande la route, on lui dit au revoir, et…. Ça passe !
Il ne nous a même pas demandé nos papiers, nos passeports ni rien. C’est la première fois que ça nous arrive, et la seule fois ou ça nous arrange.
Vous direz ce que vous voudrez, mais y a un dieu pour les voyageurs !.
Nous voici à la frontière qui ne figure pas sur notre carte, marquée par ce fleuve asséché. On passe donc au Togo… Ouf.
Mais bon, on n’a ni tampon de sortie du Burkina, ni date d’entrée au Togo. Nous verrons bien lorsqu’on en aura besoin, comment on va s’en sortir…

A plus tard, pour un reportage Togolais.

PS: Comme cette newsletter est toute petite, et que vous n’avez que ça à faire de nous lire, voici un chtit poème du cru de Jérem.
Le soleil tape fort….
A la suite sans ordre un rassemblement de bribes de phrases écrites sur le vélo (ou à côté).
Une par jour, ou presque.
Ça n’a ni queue ni tête, c’est pour faire semblant de jouer à l’artiste….
Bonne lecture…

Ici commence le premier jour du reste de nos vies.
Sur une petite table en bois.
Un index caresse une pierre attrapée en chemin.
Il a un bracelet en perle autour du poignet,
Elle a un cheich de couleur dans les cheveux.
Nous sommes en Afrique, au tréfonds de nos tètes.
Tout près du sol,
On a chaud, ça coule
Très loin du ciel.
Une ville de terre et de poussière.
Ocre d’Afrique,
On t’aime.
Bamako.
Nous sommes à Bamako au moment où s’écrit cette ligne,
A Dapaong au Togo où cette autre s’écrit
Dans une langue que je ne connais pas.
On a les pieds sales et rouge de terre.
Près d ici dorment des fleurs.
Bonjour.
Adieu.
C’est la vie la plus endormie du monde.
Le regard le plus endormi du monde.
Milles questions nous brulent les yeux.
Valeureuses, courageuses, lumineuses questions.
Sous le soleil, les odeurs se réveillent.
Que se disent les mouches qui tournent ?
Ici on médite à la vie.
Pour que les pieds ne pensent à rien.
Qu’ils continuent à se poser, à pédaler, monter descendre, monter descendre,
avancer.
En appuyant notre oreille sur la mer, qu’entend-on ?
Le soir surtout, le matin aussi.
En roulant je pense à ce que je vais écrire.
Quand les vélos volent, les vaches vachent et les ânes font pinpon.
Les orteils couleurs de la terre.
On respire l’air
On perd ses repères
On a peur de se perdre en voulant trouver quelque chose.
Quelle question ? Et quelle importance ?
Combien de personnes ont précédé nos traces ?
Lorsque je serai calife…
Un jeu de piste avec les rochers.
On ajuste les sangles des vélos.
Comme moi, les sandales ne prient pas.
Les fourberies d’escarpins, les angoisses de godasses.
Adieux les montées accidentées
Ça fait 260 jours que l’on roule maintenant.
La musique du chemin s’accroche à nos roues.
Les parcours hors-piste ont engendré beaucoup de mauvaises réputations.
Je l’entends qui pousse, cette envie de sud.
Mon vélo, comme une flute (une grosse flute) qui file sous les arbres direction
le sud.
Joyeux, puissant.
La voute du ciel, le doute du ciel.
La terre. Si j’ai quelque chose d’humain, je lui appartiens.
Entre ailleurs et nulle part, entre ici et là-bas.
Avec vous.
Sans vous.
Je suis ivre de peur, libre de peur, j’ai peur, je suis libre.
Velothérapie de (g)rout(p)e.
Perturbant ces frontières invisibles.
Pendant ce temps, la dissidence, dense.
Juste ces hommes.
Mon âne à roues va bien.
Mon âne à roue va mieux.
La carte du monde à jouer.
Ça sent le feu mal éteint.
On profite de la paix et du silence.
Le guide a menti.
« tu sais, il ne faut pas… » m’a dit un homme hier.
Ici aussi c’est bizarre de ne pas manger de viande ni boire d’alcool.
Bizarre aussi de faire du vélo.
J’essaye de me voir comme un petit point sur une carte.
Nous sommes des petits hommes, des petits hommes qui s’arrêtent pour boire de
l’eau.
Où êtes-vous ? Que faites-vous mes amis ?
A l’ombre.
La tète couverte par un foulard bleu.
On a envie qu’il neige.
On a envie d’avoir froid.
Il est venu comme une trêve.
Avec la musique que tu as dedans.
On écrit, on fait de la musique, on papote pour ne pas pleurer, pour ne pas
sécher.
On a changé de pays, de vie, de métier, de nom, de peau.
Mais on n’oublie pas et on se projette dans l’avenir.
Avec un bout de l’essentiel dans le sac. Le reste est la sous les roues.
On a de l’eau, beaucoup d’eau.
Dialogue de vélos.
Mon vélo a des ampoules aux roues.
On se demande quand on fera demi-tour.
Le bal de la route, la danse des pavés.
Ça descend sur les routes, ça ressemble au mal de mer.
Pendant que nous dormions, un coq a chanté.
Pendant que nous dormions, un coq a répondu.
On ne pense qu’à grimper. Grimper et savoir.
Savoir que l’on ne sait pas grand-chose, ce que l’on savait déjà.
On a les mains en pie de vache, les pieds en compote de poire, la tête en
poisson lune, en colère.
Je cherche désespérément un endroit, un endroit pour faire caca.
On voudrait rester plus, mais la première règle est de ne pas s’attacher.
Discrètement, la nuit est venue nous voir.
L’ombre des arbres fait le mur.
Tout vu tout vécu tout ressentu tout pensu.
C est la dernière étape avant.
Des choses nous manquent.
Laisser le lit en vrac avec des affaires qui trainent.
Ne pas faire la vaisselle et s’en foutre.
Fermer les sacoches. Tout à sa place…
Les vieux amis à qui l’on raconte de la merde pendant des heures.
Des choses nous manquent.
Pas simple !
Trop vite irritable.
Être respectueux de nos hôtes si formidables.
D’où nous venons et ce que nous faisons,
C’est très fatiguant.
On fait semblant de ne pas le savoir.
On caresse la route de notre chemin sans but.
On a perdu l’appareil photo au Mali. On s’en fout un peu, mais ce n’est pas vrai.
Est-ce la même eau qui vous arrose ?
Sur le lac, un petit bateau cherche la liberté.
Mon esprit est resté à la dernière frontière.
Je ne vois plus devant.
Je vois ce visage de souffrance d’un homme laissé sur mon chemin hier.
La vie est belle, les hommes sont moches.
Mais ce n’est pas vrai.
On trébuche sur le souvenir défait de visage que nous aimions.
On n’a pas de montre, juste les battements du cœur et les tours de roue.
La neige de là-bas a fondu dans les caniveaux de Paris.
Le cycle de l’eau est beau.
Nomade et ponctuel.
Je me souviens des passants, du marché de la croix rousse, des amis qui toquent
à la maison, des chansons le mardi soir à l’Athmo, du tic tic de mon pinceau.
Il y a des silences plus joyeux que d autres.
J’emmène mon vélo prendre l’air, un adieu dans la sacoche.
Où est ce que je blesse le moins la vie et la terre ?
Ici sans doute.
Chemin, tu sens bon le choc culturel.
Avancer au rythme des pieds.
Sentir le temps, l’horizon s’éloigne.
Voyageur, les tourments vont t’entourer,
Trompant toujours son espérance.
Mais souffert, le voyage est, au fond, plus aisé.
Que trouver au foyer son désir apaisé.
Il est bon d’avoir un chez soi,
De dormir à l’abri d’un toit qui soit le nôtre,
Que du dernier pays on ne sent plus le poids.
Aller voir plus près.
Mieux comprendre comment vit une autre partie du monde.
Les médias c’est caca.
Ainsi nait un voyage.
Vivre à fleur de terre.
En tout cas, çà fait du bien de revivre au rythme du soleil.
Manger, s’hydrater.
C est bon de te respirer, c’est bon de respirer fort.
Bon de rêver à la vie.
Je regarde ma boussole pour savoir où vous êtes.
Exemple 1, 2 , 3 choisissez la fin
Poil aux…
Entre deux nuages et 3 cailloux, je vous salue.
Restons vivant.