(Écrit le 17 Février à Khartoum-Soudan)
Jambo Kenya !
Et en chanson : Jambo, jambo bwana, Habari, Mzouri sana…
Le ventilateur fait baisser la température au dessus de nos têtes, l’imam lance sa prière à travers la fenêtre, l’odeur du thé aux épices du matin embaume encore la pièce, nous sommes à Khartoum, au Soudan, au moment ou s’écrivent ces lignes, et serons probablement en Égypte quand vous les lirez. Nous voilà remontés en terre noire d’Arabie. C’est qu’on avance tout de même !
Plongeons dans nos mémoires pour vous raconter ce Kenya que nous avons traversé, ou plutôt… qui nous a traversé, il y a quelques mois déjà.
Ici, c’est tout l’est-africain qui a été écartelé par la danse tectonique. De cette immense fracture sont nés volcans instables, lacs salés, montagnes granitiques, vallées fertiles, monts enneigés, vastes plaines, rivages équatoriaux, marais de mangrove… Depuis l’océan Indien, nous nous élevons sur leurs contreforts entre les bananeraies, jardins de thés, plantations de café. Cette fertilité nous ébahit. Quel contraste ! C’est un trésor pour la faune, la flore, et les hommes. A titre d’exemple, la richesse du Kenya en matière de volatiles est vertigineuse : mille deux cent quatre vingt treize espèces recensées. En comparaison, il y en a huit cent cinquante aux USA, Canada et Mexique réunis.
Pédaler en compagnie des zèbres, apercevoir les cous de girafe (a ne pas confondre avec les clous de girofle) dépassant des arbres secs, camper sur les hauts plateaux, rouler aux côtés d’un troupeau d’autruches en folies… Remonter dans le temps auprès des tribus Pokots, Maarakwet, Samburu.. tout en perles et en peau… On vous parlera de la soif, l’obsession de l’eau, la chaleur, l’inculturation, la corruption…
On n’arrive toujours pas à recréer sur notre site la densité de ce que nous traversons au quotidien, lorsque la vie dépasse la toile. C´est une histoire contemporaine, avec ses hauts et ses bas ultra modernes. Dans le grand écran de la vie, il y a des extraits de Out of Africa, des séquences à la Indiana Jones, avec quelques poignées de secondes où on se sent glisser vers un dessin animé à la Kirikou. Chemin des possibles, avec un lot d’éventualités improbables, des combinaisons paradoxales, parfois aliénantes.
S’il fallait faire un zapping-kenyafricain à bord de ces vélo-baroudeurs, nous retiendrions les trois différents Kenyas qui ont existé pour nous, qui s’observent sans se parler :
Le Sud des mégalopoles (où règne corruption, misère et pollution), les parcs touristiques (ou règne le roi à la couronne fauve, le gros à trompe, et leurs copains à poils et à plumes), et enfin le Kenya sauvage et tribal (ou règne l’aventure pure et dure, l’inconnu).
Vous vous en doutez, pour faire quatre vingts kilomètres par jour sur un vélo, on a besoin que la tête ait du grain à moudre pour avancer. La réflexion, la cogitation sur la selle est un carburant, en voici quelques extraits (vous avez de la chance, on vous la livre telle quelle sans que vous ayez besoin de pédaler ;)
A circuler une année et demi à vélo sur le corps de la Terre, à épouser les lignes des pistes de latérite, à franchir des cols et passer par mille variations intensives, à s’arrêter devant les cases et partager des fragments d’histoires, à fuir vers la lumière et se faire écraser par le soleil. En déroulant toutes ses lignes, on a l’étrange intuition que le voyage construit bien plus qu’une personne. Le voyage tisse une toile avec la ligne de vies des hommes, des lignes de tension qui commencent par soi et qui fuient vers le monde.
Le voyage assemble ces bouts de Terre pour faire ses esquisses, et façonne des fragments et des histoires volatiles empruntés aux différents milieux qu’on a rencontrés sur la route. L’expérience est là, impalpable mais ô combien dangereuse.
Se perdre et se dissoudre dans mélasse, tel est le danger du vagabond. On a le sentiment de s’être dépensé sans compter durant ce voyage. Vaincre ses peurs, aller chez des inconnus, affronter les reliefs, avancer par intuition.
Jusqu’à présent, traverser ces vies, ces paysages, ces pays, a suscité de l’intérêt, parfois de l’admiration, souvent de la générosité. Un filtre magique faisant transparaitre le meilleur de l’humain et révélant l’étendue du monde…
Et vous savez quoi?
Maintenant, on a envie de rentrer.
Enfin… Continuer.
Car notre voyage est sans retour, je veux dire sans demi-tour. Vous aurez compris. Rentrer pour continuer.
Cinq cent soixante cinq jours sur la route, il est temps d’y songer! Surtout que la fin du monde est prévue pour la fin de l’année.
Ne serons-nous pas trop dézingués par rapport à nos amis ? N’aurons-nous pas le jugement facile ? Serons-nous des moralisateurs devant la superficialité de notre société ?
Demain nous quittons Khartoum pour prendre la route du nord, par le désert de Nubie. Mille deux cents kilomètres de nature aride au bout desquels le lac Nasser nous ouvrira les portes de l’Égypte. Inch’Allah.
On croise les doigts et on pédale sans les mains ;)

MAIS AVANT, pour savoir ce qui va nous arriver entre le Kilimanjaro et le Mont Elgon, à Nairobi ou sur le plateau de Laikipia, ne ratez pas l’épisode de “Claire et Jérémie en vadrouille au.. KENYA !
Installez vous confortablement sur notre porte-bagage, entre le riz au haricot et les chapatis…
Merci divinement à Fred, Lili et David qui mettent en ligne nos articles ici: http://voyage.jeremiebt.com/
Pour savoir ou nous sommes, la carte d’ »Hubert Earth » est là: http://voyage.jeremiebt.com/carte.htm
Claire et Jérémie vous saluent bien bas, même si on remonte.
« C’est pas le vélo qui fait le zèbre »
PS 1: Si vous ne voulez plus recevoir d’emails, écrivez nous. « Tu m’enivres » vaut mieux que « Tu m’énerves ;)
PS 2: Pensez aussi à nous donner des nouvelles de vous… et n’oubliez pas que sur les pages vous pouvez laisser tout en bas des commentaires que nous lirons goulûment !
PS 3: Si le temps entre deux reportages vous semble décidément trop long, des nouvelles fraiches sont régulièrement postées en première page de notre site.
PS 4: On cherche un éditeur pour publier à notre retour un recueil de textes, d’illustrations, et de montages sonores glanés durant notre voyage. Si vous en connaissez, pensez à nous.
PS 5: Merci aux personnes qui nous ont donnés un toit dans les villes, une soupe dans le ventre, une connexion Internet dans la brousse, à Malé et Louis, à Imani et sa maman, à tous ces couchsurfeurs et rencontres d’un soir au bord de la route, à toutes ces belles femmes en perles et ces beaux hommes en tunique. Votre culture est belle, préservez la.
PS 6: Record battu ! 7 km accompli en une journée. On est pas prêt d’arriver !
PS 7: Merci à Papaclaire pour ses blagues incrustées dans notre reportage.
PS 8: Kikadikoi ? « Quand je transpire des mains, j’ai les mains qui sentent les pieds. »
PS 9: La technique de Jérémie pour faire pipi sur le vélo en tenant le cadre par les cuisses se perfectionne : y en a moins sur les pieds
PS 10: L’abus de bucolisme nuit gravement au rendement du cyclo-voyageur.
PS 11: Ah si, il y a un autre truc qu’on a compris ici… Un pays, il a beau être merveilleux, étonnant et bla et bla… Quand les copains sont pas là, et bah, c’est nuuuuuuuul !!!!!!


Chers lecteurs. Tout d’abord on vous invite à vous mettre un peu dans l’ambiance en cliquant sur les petits « plays » ci-dessous. Il s’agit d’enregistrements glanés le long de nos rencontres au Kenya :
Extrait 1 : Célébrissime danse massai, ou les moranes montrent leur virilité en sautant le plus haut possible pendant que les autres poussent des cris d’encouragements.
Extrait 2 : Dans le nord du Kenya, nous croisons sur la piste deux femmes de la tribus pokot. Jérémie les prend en photo avec leurs colliers magnifiques. Elles sont pliées de rire quand elles se découvrent dans le petit écran de l’appareil photo.
Extrait 3 : Nord-Kenya toujours, deux petites mémés nous chantent des chansons de leur tribus (les marakwets) après que nous leur ayons joué de l’accordéon. Elles forcent leur petite fille a chanter aussi mais celle-ci rigole parce qu’elle voit que j’enregistre (ah les jeunes).

Notre traversé du Kenya en chiffres :

Du 10 décembre 2012 au 22 janvier 2013.
1155 km (16 575 depuis le départ).
42 jours dont 19 en pédalant.
Une moyenne de 63 km par jour pédalé.
L’étape la plus courte du voyage: 7 Km sur la carte entre le matin et le soir.
L’étape la plus dure du voyage fut dans le plateau de Laikipia.
Aucun jour de pluie, encore plein de crevaisons, un cadre et un porte bagage qui vont chez le soudeur…


Nous vous avions laisses ici, au poste frontière d’Oloitokitok. Le Kilimandjaro à notre gauche, nous remplissons les formalités d’entrée très facilement. Ben oui, après toutes ces belles plages de sable blanc, ces fonds marins turquoises pleins de poissons jaunes, toutes ces noix de coco et autre jus de canne à sucre engloutis, nous quittons la belle côte tanzanienne et ses célébrissimes îles (Mafia, Zanzibar, Pemba) pour retourner vers une zone plus montagneuse (Enfin quand on dit « zone montagneuse »… le Kilimandjaro dresse ses presque six mille mètres d’altitude en plein milieu de la plaine, et se coiffe d’un chapeau blanc au milieu de la savane, ce grand insolent !

Voici à quoi ressemble la banque au Kenya! A chaque passage de frontière nous sommes littéralement désarçonnés de nos vélos par les échangeurs de devises. Du marché noir par des noirs.

Ce soir, nous demandons l’hospitalité dans l’enceinte d’une petite église catholique de village. Il y en a partout, nous découvrons une Afrique bien plus chrétienne que nous ne le pensions. On fait ça de temps en temps quand on dort dans un gros village trop fréquenté pour planter la tente dans un jardin. Ce sont souvent de chouettes rencontres. On apprend beaucoup de ces hommes de culture et de partage. Après présentations et poignées de mains, le prêtre nous laisse monter la tente sur sa pelouse.
Une fois que tout est installé, la nuit bien tombée, la nasse se referme. Il nous annonce la note : c’est dix dollars par tête (oui car ici, on demande au blanc directement en dollars) ! Quarante dollars pour un carre d’herbe, soit deux fois plus cher que la meilleure guest house du village. On lui explique gentiment notre surprise, mais il réussira quand même à nous arracher un billet. Enfin celui de Stuart, car Jérémie est catégorique.
Bienvenu au Kenya, le ton est donné.

DU KILI A NAIROBI


Les neiges du Kilimandjaro ! Le roi de l’Afrique avec sa couronne de nuages.
Parmi le millier de photos que nous avons du prendre tous les vingts mètres, voici la crème du beurre triée sur le carreau du volet.


La journée avançant, le vent fait s’accumuler les nuages au sommet, comme un berger qui rassemble ses moutons. Ca y est, la montagne a de nouveau disparue dans sa toison de coton.


Toujours en compagnie de Stuart (en solo sur son tandem), et d’Emma (sur son propre vélo), nous traçons vers le nord, découvrant le paysage Kenyan. On pourrait croire que les frontières ne sont que des lignes artificielles décidées par les hommes, et dont la nature n’aurait que faire, et pourtant… De vastes prairies dégagées, une savane douce et vert tendre, quelques acacias parasols … Rien à voir avec l’autre côte du Kilimandjaro, comme un avertissement : Vous êtes bien au Kenya.
Nous apprenons que l’heure n’est pas la même qu’en Tanzanie. Il y a bien une heure de moins. Nous comprenons enfin pourquoi le prêtre d’hier n’en revenait pas de nous voir nous lever à 5h du matin.




“Do you want a lift?”
Première leçon de vélo pour Munwé, un Massai enchanté de sa matinée. Il s’est fendu la poire (et nous aussi au passage) durant les dix kilomètres qui le séparaient de son village, dix kilomètres qu’il parcourt habituellement à pied. Un petit coup de pouce de temps en temps, ça se refuse pas. Il n’avait jamais fait de vélo, encore moins de tandem.



La route droite et déserte nous offre nos dernières centaines de kilomètres de calme, avant que nous rejoignions la tourmente de l’axe menant à Nairobi. En principe nous privilégions les routes secondaires, plus calmes et plus jolies, mais pour rejoindre les capitales, il n’y a jamais vraiment le choix.


Pause-midi et petit pique nique près d’un poste de contrôle.
Les scarifications, brûlures et coupures sur le visage de cet ados indiquent de quelle ethnie il est, qu’elle est sa famille et…..

… quel est son troupeau. Le marquage des bêtes est le même que celui des maitres. Ça évite aussi le vol, car le coupable est vite repéré.


Nous voyons apparaître aux pieds des gens des semelles faites en pneu de camion ou de moto. Ce sont souvent les Massais et ceux qui parcourent de longs kilomètres avec leurs troupeaux qui les portent. Ça pèse assez lourd, c’est assez inconfortable, mais c’est pas cher, inusable, idéal pour se protéger les pieds des mauvaises rencontres dans la brousse.

AYEYAYAYAYAYAYAYAYE ! Le porte bagage de Jerem’ commence à casser. Le soudeur et Nairobi ne sont plus très loin, heureusement.



L’espace traversé est ouvert et s’étale à perte de vue. Les éléments de la nature manifestent leur puissance (le souffle du vent, la chaleur et la lumière du soleil…). Ces paysages font perdre progressivement toutes coordonnées. Le vent passe, le soleil amène son incandescence, et voici le corps qui vacille et se dissipe sur l’étendue.


Un riz-pilau qui nous aura couté les yeux de la tête. Petite escroquerie destinée aux touristes fraichement débarqués dans le pays, dont le tenancier a cru que nous faisions parti. Nos tête de “Tu vas pas nous la faire” ainsi que le depiautage minutieux de l’addition n’ont pas désarçonnés le bonhomme, sans doute habitué a voir des blancs payer leur soda trois fois le prix en s’exclamant : “C’est pas cher le Kenya !!”. Que faire… une fois que c’est bu et mangé…
Pas bien méchant, nous direz-vous, mais la veille déjà, dans la petite église…
Ainsi, notre première impression des Kényan n’est pas des plus top. Il est très pénible pour le voyageur fatigué d’user son énergie à faire taire la méfiance tapie dans un coin de cervelle. Nous préférerions profiter de nos rencontres la tête légère. Là où nous étions très à l’aise avec les tanzaniens, la vigilance en veilleuse, nos premiers hôtes au Kenya n’ont pas hésité à s’engouffrer dans les petites failles, succombant sans doute à la tentation de pouvoir grappiller deux balles au muzungu qui va aller en claquer le centuple pour voir trois zèbres. L’explication de notre voyage, la vue de nos vélos n’y font rien. “Mais oui le blanc, allez, allonge.”


C’est crade cet endroit. Il faut savoir que les maisons sont peintes par les grandes marques. Ainsi, le propriétaire ne paye pas la peinture, et en contrepartie, il accepte la pub sur son magasin.





Dans la vie, il y a des cact… du riz. Il est impossible de s’assouaaaaaaar !


Petit aperçu de l’enfer que nous vivons sur cette route qui nous emmène a Nairobi, une trois voies, heu… non quatre voies, qui fait aussi cinq voies (en serrant bien). Les camions et autres bus mal réglés nous crachent un horrible fumet noir et collant dans les montées. Les abords de la route, larges de cinquante centimètres, sont jonchés de résidus de pneus explosés en pleine vitesse, de cailloux, de branches d’acacia, nous obligeant a nous déporter sur la route les yeux vissés dans le rétro, tout en anticipant le dépassement du débile d’en face (qui lui n’a rien anticipé du tout) déboitant comme un suicidaire debout les deux pieds sur le klaxon.
Nous serrons les dents, hyper concentrés, pendant deux jours. Au bout nous savons qu’il y a Nairobi, Male et Louis Olivier qui nous attendent les bras ouverts, le frigo ouvert, la porte de la salle de bain ouverte… Et Nairobi, c’est surtout la visite de nos parents, Noël et deux semaines de repos.

QUI A PEUR DU GRAND MÉCHANT NAIROBI ?

On a lu dans le Lonely Planet: « Principal centre économique et financier de l’Afrique de l’est, le Kenya est la preuve tangible d’une décolonisation réussie. Véritable témoin de cette réussite, Nairobi est une capitale d’une incroyable modernité qui dénote avec les autres villes du pays. »
Diantre, que ne faut-il pas lire !!!
Siège de toutes les inégalités, pourrie par une corruption terrible qui ronge tout le pays et atteint tous les esprits… Les médias ne cessent de dénoncer les affaires frauduleuses des hommes d’Etat. Sa réputation la précède, et nous décourage rien qu’à la voir s’approcher sur notre carte. Une certaine nervosité s’empare de nous quand on approche de la ville aux mille et unes histoires à faire peur. La seconde capitale la plus mal famée après Johannesburg, talonnée par Lagos, surnommée « NaiROBERY » par les anglophones… Tout un programme.
Heureusement, nous arrivons par le « bon côté » de la capitale, pour foncer directement chez nos hôtes francophones, missionnaires pour l’organisme FIDESCO. Vous vous souvenez ? D’autres nous avaient hébergés en Zambie… Et bien la chaine de solidarité continue son chemin à travers toute l’Afrique.
Tout ça pour dire que de Nairobi, nous ne verrons que les ambassades du Sud Soudan et du Soudan pour tâter le terrain, et que le reste du temps on se repose dans sa périphérie.


Et une pizza ! Elle nous attendait, elle aussi, les bras ouverts (le poivron vert aussi, pi la bouteille de Sprite verte de même…)


Nairobi, ou comment l’extrême pauvreté du plus grand bidonville d’Afrique côtoie la pire opulence.
On observe les gens faire du shopping, rester coller des heures devant les vitrines et les écrans plats. C’est l’occident qui arrive en perfusion directe dans les veines des Africains de la Middle Class.
Nous réalisons comme nous avons été longtemps coupés de la société de consommation.
Les vigiles sont partout, armés, car il faut protéger le riche qui vient faire ses courses.
Jérémie s’est fait engueuler par la dame de la sécurité de la pizzeria, car on a laissé nos affaires sur la table le temps d’aller au comptoir pour commander. C’est dangereux ! “It is not safe !”

Avant de pénétrer un centre commercial, il faut passer au détecteur de bidule et montrer son sac, partout nous voyons des agents de sécurité. Sont-ils sensés nous protéger ou nous montrer que ça craint partout ? En tout cas c’est réussi, nous ne nous sentons pas très a l’aise…
Bien sûr toute cette effervescence sécuritaire se concentre aux endroits clefs de la ville qui attirent le fortune… Ici : le centre commercial !
Le mot d’ordre est « business » : Il faut faire de l’argent, il faut montrer que t’en as. On a parfois honte de nos vêtements ici… Où plutôt non, c’est même l’inverse. On arbore nos oripeaux (surtout Jérémie) avec fierté!


Il y a des rayons entiers d’eau minérale. Tant qu’on achète cette merde, ils ne sont pas prêt de développer les réseaux d’eau courante et les filtres sanitaires. Ce qui est valable ici, l’est aussi en France.
BOYCOTT !!!! L’eau est un bien pour tous, pas une marchandise.



Il y a même des « stations » d’eau, pour consommer direct dans le magasin. A quand les salles d’oxygène à cause de la pollution ? Allez, chui sûr ça existe déjà au Japon.
Beaucoup sont fiers de ce « développement » d’apparat, cette façade de richesse. Là où ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’au coude, c’est que le « développement », ce n’est pas avoir des biens de consommation, des universités avec Internet, du goudron payé par la banque mondiale en échange de marchés… Le véritable développement, c’est avoir la conscience de ses ressources, de ses besoins, avoir la capacité de gérer cela et d’avoir une réflexion à moyen et long terme sur l’épanouissement d’un pays.
Et là malheureusement nous en sommes très très loin.


Courage, petit porte bagage, bientôt tu te verras délesté de ces quinze affreux kilos que Jérémie t’impose depuis la Tanzanie… Les planches du jeu de bao ainsi que le pilon – une sacrée buche tout de même – vont partir en France avec les bagages de notre famille. Un bon coup de soudure et il n’y paraitra plus !







Ce n’est pas une mosquée, il n’y a qu’une chaussure sur la paire.

NOËL EN FAMILLE


Voila, nous sommes prévenus…
Des mois que nous essayons d’organiser ces dix jours avec nos familles. Un Noël exceptionnel en perspective mêlant fromage, retrouvailles, fauves, fromage, anecdotes, minibus, Kilimanjaro, fromage, plages, musée, fromage…
« Au Kenya, il faut faire un Safari » lit-on dans les guides.
Alors comme on est en [mode touristes ON] avec les parents, on fait un safari. Même quatre, en fait. Car voir des bêtes c’est trop bien.
Au programme des réjouissances : visite des célébrissimes parcs de Masai Mara, Amboseli, et Nakuru, visite du Lac Bogoria, et ville de Mombasa sur la côte.


Dans cette décapotable, nous en prendrons plein les yeux, le nez, la bouche, tout ! Dix jours, quatre mille photos, voici une sélection que vous pouvez faire défiler à toute vitesse si le fauve vous fait éternuer, ou alors simplement regarder en philosophant devant l’incroyable nonchalance du roi des animaux qui se la coule douce grave dans le buisson kényan.
Entre les safaris, on dort dans des lodges et des hôtels, parents quinquagénaires oblige. On n’a pas pris de photos des dits lodges, mais on vous raconte quand même.
Vin d’Afrique du Sud, asperges, spaghettis Italiens à la crème de champignons, des crêpes, des pizzas avec même du fromage. Le luxe, c’est ça. Se payer l’acheminement depuis les quatre coins du globe de mets improbables. Autant le confort de l’eau chaude d’un robinet qui coule au milieu de la brousse, l’électricité d’un générateur, ou le moelleux d’un lit immense nous laisse froid, autant la bonne nourriture, avouons-le, nous fait carrément plaisir.
On sent que la colonie anglaise est passée par là lors du petit déjeuner très « british », à base de saucisses, d’œufs, de pancakes, de thé.


Et voila qu’on prend des vacances et qu’on rencontre deux cyclos, tiens… Présentations, blabla, petit tour du matos, quelques anecdotes, et vous ça fait combien de temps… et pan dans ta tronche que nous ça fait un an et demi qu’on est sur les routes (intense moment de jubilation mesquine) et toi, seulement deux semaines ? Ah ah ah, hou hou ton vélo l’est encore tout propre.


Un Massai dans sa tenue traditionnelle, équipé d’un bâton et d’un téléphone portable, deux outils ancestraux.
En parlant de téléphone, sachez qu’ici, c’est une carte de crédit mobile qui permet aussi de transférer de l’argent, recevoir un salaire… fonction développée par les opérateurs, car ici les gens n’ont pas de compte en banque, de carte de crédit, et encore moins une adresse postale pour recevoir une facture !


Ces échoppes près de la vue panoramique sont le premier contact des touristes qui descendent de l’avion et qui partent vers les parcs faire un safari. Il y a même des toilettes avec chasse d’eau.
Les coutumes sont ici perverties par le tourisme, qui pourrait pourtant faire survivre l’artisanat, les danses et certaines traditions. Mais les occidentaux n’ont aucun goût et ne prennent pas soin de « consommer » des choses véritables. Le cendrier à tête de lion en bois mal dégrossit et noircit à l’huile de vidange, ou la carte postale de la femme dessinée en noir sur un fond de coucher de soleil avec un pilon et un tamtam remportent un franc succès.
Triste monde.
Une jeune Kényane chez qui nous avons dormi sur le plateau de Laikipia nous a dit « Les Mzungus (hommes blancs) sont drôles. Ils descendent de leur voiture à grandes enjambées pour prendre des photos, achètent un peu n’importe quoi, trop cher. On sent bien qu’ils sont gentils, qu’ils veulent discuter un peu. Surtout les femmes. Mais ils sont gênés. Alors ils achètent et repartent. C’est la première fois que des blancs mangent dans mon restaurant. Vous, à vélo, c’est différent. Vous avez plus de temps.»

LE PARC DE MASSAI MARA : Il n’y a que Massai qui m’assaille !

(Bon, si vous ne comprenez pas le titre de cette partie, il est inspiré d’un slogan de marque de moutarde)

Nous y voila, dans ces parcs où ont été filmé tant de petites scène de vie animalière qui nous ont fait baver devant la télé. Ici, pas de figurants. La vie se perd et se gagne depuis la nuit des temps.


Allez, c’est parti pour la promenade dans le fabuleux parc du Massai Mara, avec nos premiers candidats à la photo…
A mesure que nous progressons, les minuscules points noirs qui jalonnaient la plaine deviennent tantôt des zèbres, des gnous ou des éléphants.




Avec ou sans corne, c’est joli, bien que ça coupe la route départementale.



C’est une mer d’herbe rase qui ondoie à l’infini des vaguelettes couleur vert fauve. Les collines et le soleil nous permettent de nous orienter.
Faut pas croire, y a pas de bébêtes à tout les coins de piste. Des fois c’est calme.

Voire très calme… on croirait une pub pour de l’eau minérale…

Et dire, qu’il y en a qui y habitent toute l’année.

Le coin est plat, mais ce n’est pas sans relief. Whaaaaaaaaaaaaa ça sent l’érudition dans les commentaires, hein ?




Un beau manteau qui passe…



Un aigle cherche sa proie.


Un vautour a trouvé la sienne.

Et ce gros fainéant-la digère.

Pendant que la mère s’occupe des mioches.
On vous dit pas l’approche dangereuse qu’il a fallu faire pour avoir ces photos.



Et ça, c’est une danseuse du crazy horse en vacances.


C’est gros, ça ne flotte pas, ça marche à peine, et ça passe son temps au hammam.


De temps en temps, l’un d’eux pousse un bâillement à s’en décrocher la mâchoire laissant apparaître des canines (ou des molaires ?) de plusieurs dizaines de centimètres de long.


Eux, ils nous font toujours de l’effet… à brûler sous le soleil.

Certain visiteurs viennent là en avion, c’est sans doute plus simple.
La route qui mène au parc du Massai Mara est un abominable tape-cul de soixante kilomètres. Au vu du montant des taxes d’entrée au parc, on est en droit de se poser la question suivante : à quoi sert tout ce pognon ? Parce qu’une réponse est sure : ça ne sert pas à améliorer la route, qui pourtant ferait venir du monde. De nombreux touristes préfèrent payer un billet d’avion pour s’y rendre directement et Oh ! Ça tombe bien, justement il y a une compagnie aérienne qui propose des vols internes pour se rendre plus confortablement au parc Massai Mara. A cent dollars l’aller par personne, inutile d’évoquer les relations plus qu’amicales qu’entretiennent le propriétaire de cette compagnie et les membres du gouvernement. Ha bin quel hasard, ce sont les mêmes!
Ils préfèrent garder l’argent pour les routes qui mènent à leur propriétés privées. Enfin bon, cela ne nous… regarde pas..


Des toits grands ouverts dépassent jumelles et appareils photos.
Et voilà ! Embouteillage sur la départementale…Le merdier dès qu’apparait la nouvelle Renault.
Où ça Renault ?


La Renault c’est rosse.
Rooo ho ho…
Ça c’est un noir, ou une noire, on n’a pas été voir de près.



Nos premiers lions ! Ils vont partir ? Non ils ne nous voient même pas. L’un se déplace juste de quelques mètres pour aller sous un autre arbre, d’un pas lourd, économe, puis pof ! Il se vautre sous le buisson suivant, à l’ombre. Bin il est fier le roi des animaux ! Le seigneur frime sans s’émouvoir de la quantité de steaks sur pattes qui se dandinent à moins de dix mètres de leurs gueules. Pas un seul regard pour nous, pas même du dedain : nous n’existons pas.


Un oiseau à plumes.

Un léopard à poil.
Ou bien un guépard. On sait pas trop.
Comment reconnaître un léopard d’un guépard? Le léopard a des tâches en forme d’anneau. Le guépard a des tâches en forme de points, et des coulures noires partant des yeux, comme des larmes.
Vous vous voyez quoi?
On a rempli le contrat des chasseurs de photos, en ayant vu les fameux « Big Five » (ce terme a longtemps été utilisé par les chasseurs au cours du XXe siècle pour désigner les cinq animaux les plus « prestigieux » à abattre : lion, rhinocéros, buffle, éléphant et léopard.
Nous, on préfère les photographier…).

C’est félin hein?

Une lionne au poil !


“Ceci n’est pas un arbre.”
C’est un radar qui se camoufle derrière des fausses feuilles car la frontière Tanzanie/Kenya passe par le parc. Les buissons sont garnis de lions mais aussi de militaires à jumelles.


La fameuse frontière, symbolisée par cette pierre.


Deux relais hertziens.


Y a beaucoup de ces antennes dans le coin.



Des chacals ! Ils sont flous mais faut dire qu’ils courraient vite et qu’on sortait du parc (nous avons évoqué plus haut l’état déplorable de la piste).

NAKURU, LE LAC, LA VILLE.


Nous voici maintenant à Nakuru. Cette ville est célèbre pour son parc et surtout son lac plein de flamands roses et de pélicans. Quelques photos des rues et c’est reparti pour un petit tour dans le parc près du lac !
La pollution du lac par la proximité avec la ville de Nakuru (l’entrée du parc est à 4 km du centre ville ;(((((, et les pesticides des fermes qui exploitent les terres fertiles juste à côté du parc nuisent beaucoup à l’équilibre du système.


DSC01278
On réalise à quel point une voiture est rapide. Nous faisons en une demi-journée ce que nous aurions fait en une semaine. Deux pauses photos, et on repart. Ça va trop vite. On consomme du paysage, on regarde par la fenêtre la rue, la ville, les gens, comme on le ferait avec la zapette de la teloche.



Voici du « Qat », une plante aux vertus endorphines que mâchent généralement les veilleurs de troupeaux pour ne pas s’endormir la nuit.


Ces fresques sont peintes sur les murs de la ville.







Fresque mettant à l’honneur l’investiture de Kenyatta, acteur de l’indépendance, anticolonialiste bénéficiant de l’appui d’intellectuels étrangers, puis … dictateur Kenyan. Censé résoudre les problèmes du colonialisme, Kenyatta s’engage dans une économie libérale et capitaliste dans les années 70, favorisant l’accès à la propriété par les riches Kenyans en retirant les terres aux propriétaires blancs de jadis. Mauvaise gestion, abandon de l’agriculture, accentuation des écarts de richesse, exploitation des noirs par les noirs, règne noirci par la corruption et le despotisme.
Youpi.
Allez zou ! Au parc !


De paisibles animaux en pyjama à l’heure d’aller se coucher.


Sérieux, on a reconnu ces flamands roses, ils étaient en Camargue cet été. Ils aiment les vacances, ces voisins de wallons belges!





Irascible : le buffle.
Ils nous observent en ruminant, les oreilles basses, l’œil impassible. Méfions nous de l’eau qui dort. Ces montagnes de muscles surmontées d’un casque de corne, sont les animaux les plus meurtriers au Kenya, loin devant le lion (sur le continent africain en général, c’est l’hippopotame qui détient ce triste record).




Le rhinocéros, dilemme Cornélien.
Cinquante centimètres de corne propulsée par plusieurs tonnes d’élan et de chair myope.
Malgré les programmes de conservation, les animologues optimistes condamnent l’espèce des rhinocéros à s’éteindre dans la décennie, victime essentiellement du braconnage. Sa corne, vendue de l’or aux pays d’Asie, aurait des vertus aphrodisiaques.






Le koudou. C’est un animal très à l’écoute.



Deux cents espèces d’oiseaux rien que sur le lac. En comparaison, le lac le plus fournit en Europe en abrite une vingtaine, pour dix fois plus de surface.







Ça reste des gros cochons qui aiment se rouler dans la boue.
Alors, rhino blanc ou noir ? En fait, ils ont quasiment la même couleur. Leur différence, entre autre, réside dans leur alimentation et donc la mécanique préhensile de la mâchoire (broutage d’herbe pour le blanc et feuillage de basse altitude pour le noir). Comme on ne les as pas vu manger, on peut pas vous dire. Mais on croit que ce sont des blancs.


Un groupe de Babouins Anubis. En plus de nous montrer leur derrière, ils sont chapardeurs. Gare a vos pique-niques, ces petites horreurs sont équipées de radar à chips et à sandwich. Et ils combattent ferme !


Tout le monde leur fout une paix royale, on peut dire que ces animaux sont heureux ici…


LE LAC BOGORIA, DEPUIS LES ENTRAILLES DE LA TERRE !


Ces étendues d’eau à forte densité alcaline sont propices à la prolifération d’une algue bleu-vert microscopique appelée… Spiruline ! Vous vous en souvenez ? Au Togo nous avions visité une ferme de production de cette algue magique pour renforcer le système immunitaire… entre autre.
Conséquence directe, cet endroit apparemment inhospitalier permet la prolifération de plein de crustacés roses, que mangent les flamands et qui ainsi teintent leur plumage de leur couleur. On le voit pas bien en photo, mais ces flamands sont des flamands… nains, qui ont fuit la rigueur de l’hiver du nord.
Non, ils ne se baladent pas avec une barbe et une armure en terre du milieu. Juste qu’ils sont plus petit que leurs homologues de Sainte Marie de la Mer.


A proximité jaillissent des entrailles de la terre des fluides en ébullition .



L’eau des pâtes est prête, ou pourquoi, on ne s’est pas baigné dans le coin.


Pour le riz, l’eau est prête aussi, et il y a même diverses chlorates pour le côté salé.


Un phasme.


La termite est un animal qui doit avoir un problème avec son œdipe ou qui a envie d’aller sur la lune.

Les termites en pleine action. De vrais petits bulldozers en miniature.

Allez encore un peu de flamands, on ne s’en lasse pas.


C’est dingue d’aller en Afrique pour voir ce paysage Savoyard.


Et de l’autre côté on voit un tout autre décor. C’est beau hein ?!!


La nuit tombe, l’oiseau se sèche la plume.


Et le marabout va marabouter.


Les pélicans vont enfin la fermer.

C’est rigolo ça ressemble à un pingouin.

Forêt d’acacias et d’euphorbes. Intéressant hein ?

AMBOSELI, l’endroit où il y a du sel (en langue Massai).

Allez, en voiture Nina (Simone), nous quittons Nakuru pour nous rendre dans un autre parc : celui d’Amboseli.
Au pied du Kilimandjaro (hé oui, « au pied » s’écrit au singulier car le Kili n’a qu’un pied), Ernest Hemingway a écrit que ce parc est « l’essence même de l’Afrique ». Nous on croyait que c’était le Koweit ou l’Arabie Saoudite. Passons.



Chaleur + sécheresse = tornade !



Gare à celui qui refuserait la priorité ! L’éléphant Kényan n’est pas très commode. Mais par contre il est complétement armoire (wha, la blague!)


Ce matin, lever aux aurores pour aller débusquer encore quelques bêtes. Et assister au lever du soleil sur le Kilimandjaro.


Haaaaa, les fameux acacias parasols. Amis des girafes et ennemis de nos chambres à air. Ici il tape la causette avec l’acacia à écorce jaune, proche des lacs et des vallées fluviales.




C’est une gazelle Thomson. Le père de Claire avait, y a longtemps, une télé qui avait le même nom, mais y avait qu’une antenne ;-) Les femelles sans cornes sont ainsi appelées des gazelles « sans fil » ;)


L’aigle va se réchauffer haut dans le ciel


Et lui va rester par terre, le seul qui ait réussi à voler s’appelle Jumbo.


C’est-y pas mignon tout ça ?

Et le gnou s’en contrefout !

Sans rire, ça en jette hein ?! Au fond en filigramme, c’est la montagne dressée en hommage à Jean Claude Kili.
Nous sommes aux premières loges à observer ce spectacle qui ne doit rien à l’homme, qui suit son cours tant que nous sommes capable de préserver ces derniers espaces de liberté.

Allez terminé la poésie, nous remontons dans la bagnole pour quelques heures, direction : la mer !

MOMBASA, amour ou horreur.

Telle est l’impression laissée par ce port industriel, verrue au milieu de côtes paradisiaques. Chaleur salée, air humide, bruit et sensation de poussière qui colle à la peau, se mélangent les rues sinueuses aux architectures inspirées de tout le pourtour de l’océan Indien, avec une baie magnifique, des vestiges de l’invasion Arabe et Portugaise, une tradition culinaire variée, et des stations balnéaires pour touristes.
Construite sur une île, après avoir été successivement une citadelle Swahili, une forteresse portugaise, un port stratégique de l’Empire anglais, la ville est aujourd’hui le plus grand port de commerce de l’Afrique de l’est et compte près d’un million d’habitants. 70 % d’entre eux sont africains, les 30 % restants sont essentiellement d’origine indo-pakistanaise. Ce mélange de peuples est pour beaucoup dans le charme de Mombasa. Plus animée et plus colorée, elle est très différente de Nairobi.


Devinette : qui n’est pas dans la bonne voie ? Dépêchez-vous de trouver, on roule à 80km/h.


Des fois, c’est chaud chaud …Là on roule carrément dans la bande d’arrêt d’urgence pour éviter de mourir… Heureusement qu’on a un bon klaxon ! Vraiment, le vélo c’est plus sûr que la voiture sur cette nationale de la peur. Mais bon, la règle est simple, plus t’es gros, plus t’es prioritaire.

Faut dire que la signalisation n’incite pas à la rigueur.


Et voila Mombasa, grosse ville pleine de bruit, de marchés, de taxis et de muezzin.


Sur la côte, nous revenons en terre Swahili. Si vous avez bien appris la leçon précédente en Tanzanie, vous savez que la côte a reçue une forte influence arabe durant des siècles, avec l’Islam qui va avec.
L’Islam pratiquée par les Swahilis est plus souple que leurs homologues des pays du nord… qui ne les considèrent d’ailleurs pas vraiment comme de vrais musulmans.
C’est Noël aujourd’hui, nous sommes le 25 décembre !
Venez-donc vous rafraichir à la plage avec nous… Si vous avez oublié votre paréo vous pouvez en acheter un là:





Dessous la surface, c’est beau le corail et tout et tout…et dessus, c’est pas mal non plus.




« Il est frais mon poissoooon ! »

A Diani Beach, chaque regard a des allures de carte postale. Les professionnels du tourisme l’ont bien compris. Sur plusieurs kilomètres, les hôtels se succèdent, les pieds dans l’eau. Des établissements de luxe. Des touristes, couleur langouste, somnolent un cocktail à la main, entre deux safaris.
C’est ici que malgré un an et demi à l’épreuve de l’Afrique, Jérémie s’est fait enfler comme un bleu. Un jeune rasta désœuvré nous vend un tour en pirogue, palmes-masque-tubas pour voir des coraux, et un plat de langoustes autour du feu pour le retour. Le tour en pirogue était foireux, et il y avait pénurie de langouste. Comme on a payé d’avance et que pfiou, tout le monde disparait, bin, on mangera autre chose.
Nous ne gardons trace du chenapan que la photo de ses pieds, ci-dessus.
Mais bon, la plage, c’est pas que des bateaux et des choses qui font rêver… La plage, c’est aussi mater à mort le voisin de serviette, et là faut bien l’avouer, y a de quoi faire.


Le dromadaire loge au camping du coin en caravane.


Position classique du plongeur à la découverte des fonds marins.


Position classique du chercheur de bigorneaux a marée basse.


Beaucoup de gens se protègent du soleil, en regardant le ski nautique.


Et qu’on se le dise, ni la burka ni le voile entrave la liberté et épanouissement de la femme musulmane. Elle n’a qu’à se baigner avec et puis c’est tout. Ou simplement être heureuse de contribuer au plaisir de son mari qui parade en slip dans les environs.

Et pendant que tout ce petit monde barbote, Jérémie sort en douce ses pinceaux.







Petit tour à pied dans la ville, on commence par quelques photos du fort Jesus.


Un peu d’histoire… On a passé du temps à écrire ça, alors vous nous ferez plaisir en lisant attentivement ;)
Comme la côte tanzanienne, la côte kényane a vu fleurir dès le XIIIe siècle des comptoirs commerciaux de marchands venant, entre autre, de l’Arabie et de la Perse, en quête d’or, d’ivoire, d’esclaves, de carapaces de tortues, de cornes de rhinocéros… Des mariages avec des africains est née la culture Swahilie. De religion musulmane, et de forte tradition marchande et maritime, de nombreux vestiges de cette culture mélangée venu de tout l’océan Indien, sont encore visibles. Alors que l’Europe avait les yeux sur les Amériques, ce sont les Portugais qui ont mis fin a l’emprise des Arabes sur cette partie du monde. Comme Charles Martel, ils ont arrêtés les Arabes à Moitier ;) )) Violence sans commune mesure, catholicisme forcé, esclavagisme, rebellions, expéditions punitives… ce fut un désastre.


C`est dans ce contexte que fut édifié par les portuguichs le Fort Jésus en 1593 pour asseoir leur présence dans la région, mais la citadelle changea régulièrement de main au rythme des rebellions. Puis vint l’Empire Britannique, puis les Chinois de nos jours.


Le fort abrite un musée très intéressant sur l’histoire de la civilisation côtière, du métissage de la région, des traditions des ethnies, ainsi que les objets d’une épave portugaise qui sombra près du fort lors du siège de 1698. Eglise en ruine, ancien puits, tombe (avec squelettes), murs en pierre de corail… C’est définitivement agréable de plonger dans un passé aussi bien conservé, chose rare en Afrique.


Puis balade dans la vieille ville.


Petit hommage aux geeks ;)
Connaissez vous Space Invider?
http://www.coolstuffinparis.com/space-invader-pixel-art-mosaics-2.php




Ali Baba est là, on l’a trouvé.


Sésame ouvre toi… si je te donne des shillings.
Heureusement que nos parents sont là, ils rentreront avec quelques kilos de trucs pour l’appartement qu’on a pas encore.


Comment ça ?? C’est pas aux normes….??!!??


Vous lisez comme nous : « special tandoori for diabetics ».


Le thé aux épices, thé masala. Un régal même si certaines préparations vous explosent deux ou trois papilles au passage : poivre, cardamome, cannelle, gingembre et clou de girofle composent ce délicieux mélange. Et sucre bien sur. Ça reste épais au fond de la tasse… Et c’est pas bon pour le diabète.


Des portes sculptées qui rappellent celles de Zanzibar. Nous sommes sur la côte, pas si loin de Zanzibar d’ailleurs…



Quelques Jérémiades:


Pas d’eau en Afrique ?
Un déluge s’abat sur Mombasa le temps du dessert, nous rentrons a pied, de l’eau a mi-mollet.


La poste. Et ses boites aux lettres. Oui car ici, il n’y a pas de boites aux lettres dans les maisons ou les immeubles, vu qu’il n’y a pas forcément de noms aux rues et encore moins de numéros aux portes. Alors voila la solution, c’est la boite postale.


On n’a pas compris ces inscriptions, nombreuses, aux murs. Est-ce une référence au camp David des négocations de paix au proche Orient? On n’a pas su. Et vous ?


Bon, c’est pas tout, mais on a pu manger tous les animaux que vous avez vu dans le reportage dans un restaurant de Nairobi qui porte le doux nom de « Carnivore ».
Sauf Jérémie, qui préfère les animaux quand ils courent dans la brousse. C’était bon, disent les parents, sauf le crocodile, c’est mieux la c..ille de buffle.., surtout la gauche, la meilleure.

DEPART DE NAIROBI : PLATEAU DE LAIKIPIA

Finies les vacances, nos vieux sont dans l’avion.
Retour à Nairobi…

Une autre Jeremiade (vous reconnaitrez l’auteur) :
[Il l’a un peu caché aux parents pour ne pas entacher leurs vacances, mais le choc a été brutal avec les hôtels et lodges. La propreté est salissante. Le service impeccable, le silence dans les chambres est effrayant. La nourriture occidentale, comme le mobilier, ont une touche d’exotisme forcé. Ça rutile, le personnel est aux petits oignons. Définitivement pas à l’aise avec les chichis, les cocktails au bord des piscines, il faut pourtant s’adapter. On se concentre donc sur l’essentiel, leur présence, et on met sa gêne dans sa poche.
Et dire que les touristes n’ont pour la plupart que cette expérience.
Mal au dos, aux côtes. Les bons lits, ça ne pardonne pas. Courbatures, le corps se relâche après ce qu’on lui a fait subir.
Suralimentation, transport en minibus et confort nous ont épuisés. Fatigués après des nuits sur bon matelas, affamés à rester assis la journée dans le minibus dans les parcs ou durant les transferts… Vraiment, c’est plus reposant de voyager à pied ou en vélo qu’en transport en commun. La fameuse fatigue des sédentaires.]
Claire n ‘a pas été aussi traumatisée par le retour au confort… peut être que les deux kilos de nutella en perfusion toute la semaine ont adoucit le choc.

Fini donc le tourisme, nous redevenons des voyageurs. Et là, vous vous dites, mais… c’est quoi la différence?
Nous, ont dirait que le touriste vient chercher une chose précise, qu’il connait déjà par des lectures, des guides, des rencontres. Il planifie un séjour, consomme sur place et coche la liste de ce qu’il est venu voir. Le voyageur, d’une certaine manière, laisse venir les choses à lui. Il ne sait pas ou peu quand il rentre, quand il repart, quand il reste.
Bref, le touriste, fait du tourisme. Et le voyageur voyage, et fait parfois du tourisme;)
Et vous, z’en pensez quoi?
Pendant cet intense moment de réflexion, nous faisons une carte de vœux pour la nouvelle année:


Photo-souvenir avant le départ, de gauche à droite : Joseph, Tom, Louis, Male, Adele et deux gros benêts.
Avec eux, nous réalisons la plus grande chaine d’hospitalité déroulée depuis notre voyage.
Une incroyable succession de contacts a ondulé par mails, téléphone, facebook, jusqu’à nous. Elle a rebondi depuis le pote Lyonnais Mathias, est passé par la cyclovore Alvine, a tressauté vers Pierre et Estelle, deux médecins qui ont bourlingué entre autre au Cameroun et en Ouganda, qui nous ont mis en relation avec Edouard du Congo, puis Aline et Samuel médecins en Zambie, qui ont renvoyé la balle à Juliette et Damien, toujours en Zambie, qui balancent la patate aux « Oliviers » de Nairobi, c’est eux.
C’est cela le voyage a vélo. L’imprévu et l’inattendu sont tellement partout que ça en devient juste.. commun.
Après nos quinze jours d’arrêt et nos quinze kilos d’excès alimentaires, nous re-enfourchons les bêtes. Direction le nord et l’ouest du Kenya, dans une région plus sauvage et aride.


Mais avant ces grands moments d’ascèse qui nous attendent, un dernier petit tour au supermarché, pour un dernier plongeon dans le mode de l’opulence.
Illustration avec le rayon papier-toilette. Qui a dit que l’Afrique est un pays pauvre ?? C’est juste que tout le PQ est concentré au même endroit !


Elle en fait tout un foin!


Cap au nord, donc, et nous quittons cette énorme agglomération qu’est Nairobi pour renouer avec nos bons vieux itinéraires faits de petites routes, de gentilles familles, de bush secs et de plats de riz.
En compagnie de notre ami Stuart, nous avons l’impression de découvrir le Kenya et ses habitants seulement maintenant, une fois passée la capitale.


Le paysage a changé. Des arbres, quasi-inexistants jusqu’à présent, s’élèvent sur un matelas d’herbe fraîche. Si vous êtes attentifs, vous verrez le tandem de Stuart, le cycliste anglais rencontré au Malawi, avec qui on a pris la route depuis Nairobi pour quelques jours.
On retrouve notre cyclo-compagnon, mais pas pour longtemps. Lui a fait plus de kilomètres que nous en moins de temps, et surtout, il fait exclusivement de la nationale. On l’adore mais on ne voyage ni au même rythme ni aux même endroits. Que voit-il de l’Afrique ? Des stations-essences, du goudron, des centre-ville, des camions, des guesthouses… A chaque retrouvailles, il nous dit « j’aurai du aller avec vous, ça avait l’air chouette », mais il a d’autre rendez-vous qui l’attire vers les grosses villes. Dommage, il ne touchera pas la même Afrique tribale qui arrive pour nous.

Cette sœur super souriante est curieuse, et nous aussi. Sur ces flancs de montagne, la nature est particulièrement généreuse, climat équatorial et terre fertile du rift oblige. Plantations de thés, de bananes, de manguiers, qui iront habiter les marchés de Nairobi.
« Nous ne pourrions pas faire cela », nous dit cette femme qui vient de poser sont lourd fardeau pour s’interroger de nous voir ici. Si haut, si perdu, sur sa montagne. Bien sûr que vous pourriez le faire! Sauf que vous, vous revenez chaque soir au point de départ.
Lui dire que nous allons au Caire la scotche. Enfin, la cloue, car ils n’ont pas de scotch ici.

Ce qui nous frappe à travers notre traversée, ce sont les inégalités vis-à-vis de l’accès aux ressources, à l’éducation, à la santé. Que tu sois dans les vallées, les montagnes, proche de la mer, sur le rift fertile… le climat et les conditions sont radicalement différents. Certaines tribus vivent dans l’opulence des fruits et légumes, et d’autres dans le dénuement et la privation. Notre expérience est trop courte dans ce pays pour comprendre comment ces peuples supportent les difficultés depuis des générations sans faire évoluer leurs pratiques ou leurs modes de vie. Pour nous autres occidentaux en perpétuelle rechercher du moindre effort, c’est perturbant. Nous osons tout de même penser que la pauvreté n’est pas une fatalité. Nous avons la certitude que la culture, l’héritage et l’intelligence des politiques sont la clef de l’épanouissement de l’Afrique. Le Nord aride du Kenya fait appel à l’aide internationale car il a faim., pourtant nous dormons ce soir au cœur d’une région agricole très dynamique animée de commerces, d’écoles et de centres de santé.

La Terre prend la forme de plis en accordéon qui font valser le cycliste d’un mont à l’autre. Au contraire des savanes, ces protubérances montagneuses constituent des zones bien arrosées. Les Kényans y cultivent du thé, du café, du maïs, la canne à sucre…


Le Mont Kenya et ses neiges éternelles en ligne de mire! C’est un gigantesque volcan éteint, second plus haut sommet après le Kilimandjaro. Pas aussi connu, il est quand même un des sommets les plus hauts d’Afrique. En tout cas c’est au moins le plus haut du Kenya (puisque le Kili est en Tanzanie, hi hi poil au…).
Il nous suit en fond, toujours devant nous un peu à droite…


Qu’il est bon ce café Kényan ! Mais à chaque gorgée, ayons une pensée pour les producteurs, car d’après Oxfam (un rassemblement d’ONG sur le commerce équitable), les caféiculteurs sont parmi les ouvriers les plus exploités de la planète. La production tellement excédentaire oblige les producteurs à vendre quelque soit le prix. Mais quelques combats de Oxfam semblent porter leurs fruits, et beaucoup se tournent vers le commerce équitable, qui même s’il n’est pas exempt de critiques, est, s’il est bien mené, une amélioration pour les producteurs et les paysans Kényans.

Un marathonien qui s’entraine… nous côtoyons une région où ils sont nombreux à se perfectionner dans ce sport. Faut dire qu’on crapahute à deux mille mètres d’altitude…


Au loin, un peu avant notre arrivée a Nyeri, l’explosion d’un petit magasin qui vendait… des bouteilles de gaz.



L’Arabie, bientôt….


Coup de cœur de l’estomac ici a Nyeri : le mokimo (c’est la pâte verte). Enfin des légumes ! Enfin un truc vert dont la cuisson a laissé au moins quelques vitamines vivantes. Une rareté, d’ailleurs c’est la dernière fois que nous mangerons aussi bien au Kenya, la suite ne sera que chapatis et haricots.


Ro ba tiens voilà justement les infos chez nos hôtes du soir, a Nyeri. Ils parlent des bouteilles de gaz qui ont explosées cet aprèm.
Jérémie et Claire toujours au cœur de l’actu !


Allez, l’occasion d’aborder un sujet délicat… la sexualité ! Une super famille Kikuyu (Agnès, Clara, Mary) trois filles modernes, et… un « accident de bébé » arrive à l’une des filles. Elle nous dit simplement qu’elle n’est pas mariée et que le bébé porte son nom à elle. Personne n’évoque de papa, on a bien compris.
Les africains que nous rencontrons qui sont sur la voie de l’occidentalisation se montrent toujours très attachés à la tradition du mariage. Faut dire que la religion encadre aussi ça de très près, on ne batifole pas. Les commérages, le manque d’intimité, la promiscuité dans la famille fait que tout le monde sait vite que ça fait deux fois que tu rentres de l’école avec tel garçon ou telle fille. La conséquence, c’est que tu passes de « fille » à « femme », de « garçon » à « papa » sans transition, sans essai. Les relations garçon/fille n’offrent qu’une seule issue possible, et une seule chance.
« En Europe, on le voit dans les films, vous avez la chance de vous aimer. Ici, des qu’on parle à un garçon, c’est qu’on va se marier. Alors on fait ça dans les bananiers, sans trop se connaitre ». Trop de pression, pas assez de liberté, alors tout ça se vit à la sauvette (c’est pas nous qui avons invente le coup des bananiers, promis !).
Maintenant Mary alterne travail et études d’hôtellerie et de management. Elle nous explique qu’elle est inquiète malgré ses compétences, car elle n’a pas de sous pour soudoyer un patron et donc obtenir un poste.
Leur papa arrive plus tard. Il est instit’ et très critique sur le système Kényan. Il affirme qu’il y a énormément de perte de temps et de moyens à copier des systèmes scolaires étrangers inadaptés, plutôt que de réfléchir sur l’amélioration du système actuel.
Dans ses classes, il donne des cours de détection de la malaria, fait de la prévention de la tuberculose et du VIH, et dispense même des leçons sur les plantes médicinales et les techniques agricoles et pastorales.
Nous sommes souvent questionnés sur notre statut. Pas d’enfants ? Les femmes sont mi-étonnées mi-envieuses.

Dans un grand déchainement de vent de face, nous quittons Nyeri, direction le nord toujours, vers la ville de Nanyuki. Et voila-ti pas qu’en chemin deux surprises (de taille, attention) nous attendent :


Vous pensez qu’on laisserait passer ça ? Nous avons pilé tous les deux dans la descente. Une demi-heure de dégustation plus tard, nous repartons lestes d’un bon kilo et demi de gouda et d’un bleu local.
D’après la liste de fromages que cette petite entreprise fabrique, nous avons expliqué a ces fromagers de l’extrême lesquels sont français, suisses, hollandais… Ils ne savaient même pas, ils appliquent seulement une recette qui va donner du “bleu”, du “gruyère”, ou encore du “pont du salut”…


Et voila que deux cent mètres après le fromage, on nous dit que nous passons l’équateur, cette ligne symbolique qui nous fait basculer vers le nord. C’en est trop pour nous. Arrêt, et photo (et pause fromage).
Nous sommes tout petits, tout blancs, au milieu, exactement.

Passé l’équateur, on regarde si le tourbillon du lavabo tourne dans le sens inverse de celui d’hier. Bon, on doit pas être de bons expérimentateurs, on ne constate pas grand chose.
Il s’en passe des choses sur l’équateur!
Désormais, nos ombres sont derrières nous. Et oui, dans l’hémisphère sud, le soleil est au nord !
De plus, la queue de la grande ours devrait faire son apparition la nuit dans le ciel.
Par contre, le vent de face est toujours là.


Démocratique, s’ils le disent…


Voila Nanyuki. Deux petits jours de repos chez une charmante couchsurfeuse kenyanne et nous repartons. Cette fois, nous quittons la zone “civilisée”, nous savons que nous nous engageons dans des contrées un peu plus désertiques, peuplées d’animaux sauvages et d’ethnies locales, chouette ! En fait, nous ne savons rien du tout gros benêts que nous sommes, et les dix jours qui arrivent vont nous réserver de sacrées surprises.
En route pour un épisode de “Claire et Jérémie n’ont peur de rien”

LA OU IL NE FALLAIT PAS ALLER…

Le trajet en vélo nous contraint à traverser des zones hors des itinéraires classiques. Nous sommes « forcés », pour relier deux villes, de prendre l’itinéraire le plus cyclable, le plus court, le plus plat… et pas forcement le plus touristique.
Mais cette fois on change. On s’envoie volontairement mille kilomètres de plus au compteur, on se décide à passer par une route secondaire à propos de laquelle nous avons fort peu d’informations, à part un mec qui nous a dit « par là, ça devrait passer, et c’est très joli».
On ne veut plus de camions, de goudron, de villages de routiers.
Sur la carte, on voit une ligne qui prend plein est vers la côte.
Let’s go.


Imaginez (ou plutôt regardez la photo) une forêt d’arbustes à perte de vue, tout juste entaillée par une longue ligne droite de bitume. Des dos de dromadaire prennent le soleil. Deux couleurs : le rouge des pistes en latérite et le vert de la forêt. Difficile d’imaginer la présence de villages au cœur de cet océan vert, pas de référence pour ‘une étendue « non construite » aussi vaste.


Sans le savoir, nous allons traverser la région la plus « tribale » et traditionnelle de notre voyage. Durant plusieurs jours, ce sera un carnaval de parures, de drapés, de perles et de bijoux qui défileront devant nos yeux.
Sur cette photo, deux jeunes Samburus. Très proche des Massais, les Samburus pratiquent la même langue grâce à leurs ancêtres communs.
Ces morans (en gros adolescent entre deux rites de passage) se rasent la tête et portent des tenues plus courtes que les adultes, et une coiffe.
Chez toutes ces ethnies, l’âge est un critère social. Les tranches d’âge sont séparées par des rituels très importants, comme la circoncision des garçons qui les élève au rang d’adultes, le mariage qui rend autonome en quittant le clan pour fonder un foyer et gérer son bétail, le fait d’être parent… jusqu’à acquérir le statut d’ancien vénérable, vers l’âge de 30 ans.


Ça commence plutôt bien : petit chemin magnifique qui serpent entre les zèbres et les gazelles sur fond de Mont Kenya, des traces de caca, quelques empreintes de trucs et un ciel magnifique.


Attention, passage de buffles, de (dos) d’ânes et de petits n’enfants noirs.


Sans qu’on s’en rende compte, tout a changé. Plus de propriétés, plus de barbelés, plus de paturages, plus de champs. Liberte !


J’ai vu bouger, sisisi j’te dit!


Ce gros cactus est un « Candélabre ».

LE VELO CHANGE L’HOMME, PAS LE ZEBRE.


Des ZÈBRES !!!! Ce sont nos premiers zèbres sauvages ! En quelques secondes, tout prend un sens. Le voyage, le vélo, cet itinéraire. On en a déjà vu des dizaines dans des parcs, des zèbres et des antilopes, à travers une vitre de minibus. Ce zèbre est pourtant le même qu’un autre zèbre. Mais le vélo embellit tout, lorsque la voiture falsifie tout. Le vélo change l’homme, pas le zèbre (ça, ça va devenir une citation mondialement connue, je vous le dit). Comme un écran de télévision, on a beau baisser la vitre d’une voiture, la mécanique « chosifie » le monde.
Ce qui est vrai pour les zèbres l’est pour la nature, les hommes…

«Ânes rayés » est la traduction littérale de mot Swahili pour « zèbre ». Ils ont le sang chaud. Tout calmes, ils bondissent dans une direction aléatoire dès qu’ils nous aperçoivent en soulevant un nuage de poussière. Ils stoppent pour nous regarder plus loin, en groupe, puis repartent comme des fous. « Drôles de zèbres » doivent-ils se dire en nous regardant.


Pour une fois on remercie le vent de face qui fait que nous pouvons approcher les animaux d’assez près pour les observer.
On a essayé de vous ramener une photo des diks-diks, la plus petite antilope d’Afrique, de la taille d’un petit chien, 30 cm au garrot, mais très craintif et plus rapide que le dégainage de notre appareil photo. Chose remarquable, ils vivent en couple, et quand l’un des deux meurt, l’autre se laisse mourir…


Voila de quoi nous exciter un peu : branches écrasées sur la route, crottes fraîches, les éléphants sont passés il y a pas longtemps. On scrute l’horizon mais on ne repère rien de pachydermique.

… et une impressionnante démonstration de la force de ces bêtes, avec cet arbre tout défoncé. Mais ça nous le savons : notre couchsurfeuse de Nanyuki qui travaille dans une réserve pas loin nous avait prévenus que les éléphants et les buffles habitent le coin. Prudents, nous avançons tout de même.


Une école? Ici ?!???


Nous nous arrêtons tranquillement pour pique-niquer lorsqu’une blanche mal-lunée dans son 4×4 nous interpelle : nous n’avons pas l’autorisation d’être ici, c’est un lieu privé (encore faudrait-il le savoir madame) et il y a des animaux dangereux. Allons bon, on va encore nous faire le coup des blancs qui ne peuvent pas mettre un pied dans le Kenya sans une escorte armée. Nous croisons des Kényans à pied, il y a même une petite école !
On décide de poursuivre notre route en faisant attention, en regardant bien partout.


On ne s’inquiète pas, on trace, on s’enfonce sous l’émerveillement des animaux, on voit un village sur la carte, on pense y établir notre campement pour la nuit. On y arrive vers 15 h. Erreur, c’est juste le nom de l’intersection. Oups…
Le village suivant est a vue de nez a quarante ou quarante cinq kilomètres plus loin. Il ne nous reste que trois heures avant le coucher du soleil. Pas le choix, on doit foncer, tracer avec les dents en espérant ne pas crever (au sens pneumatique du terme). Commence un contre la montre avec le soleil, pour ne pas dormir au milieu des prédateurs.
Là, une voiture nous rattrape, tenant le même discours que la dame. Ce sont des rangers, ils décident de nous escorter, puis en ont marre au bout de cinq kilomètres à rouler en seconde.


Une moto vient les relayer, qui nous lâche elle aussi au bout de dix kilomètres, une autre nous rejoint, et petit à petit la fin de journée arrive sans que nous ayons vu de village ou de maison où poser la tente.

Ça sent la boulette, on fait pas trop les fiers. Les paysages sont toujours aussi magnifiques, on espère croiser des cases, mais rien. Les heures défilent. On a fait soixante quinze kilomètres dans les cailloux, il en reste vingt cinq, on va arriver de nuit, pas top.


Mais il y a une étoile pour les voyageurs… cinq kilomètres plus loin, une maison ! Ouf. Il est 18h40, nous avons quatre vingts kilomètres de piste enragée dans les jambes, le soleil tombe derrière la montagne.


C’est ainsi que nous arrivons chez Claudia, qui a eu la bonne idée de s’installer au bord de la route. Complètement isolée au milieu du bush, elle tient ce « ranch » avec son mari et des travailleurs Kenyan. Elle-même est Kenyane blanche, son père est allemand et sa mère est… massai !
Cette zone est en fait le “ranch” de son mari.
En effet, le plateau de Laikipia fait l’objet d’un programme de protection de l’environnement en dehors des parcs nationaux. La zone est divisée en ranchs gigantesques gérés par… des familles de blancs héritiers de l’époque coloniale. La fertilité des sols les a fait s’installer ici, au détriment des populations locales, comme les Kikuyus, déplacés sur les flancs du Mont Kenya.
C’est chez une de ces familles que nous logeons ce soir.

Super contente de nous accueillir chez elle, nous entrons dans son petit monde qui fleure un mélange de colonialisme et de petite maison dans la prairie. Son salon est un véritable musée repli de peaux de crocodiles, de trophée de chasses, de crânes d’éléphants, d’œufs d’autruches, de tapis en poil de fauve… Son grand-père est arrivé ici à cheval depuis l’Afrique du Sud. Chaque crâne du salon, chaque peau d’animal, chaque lance, chaque objet ou photo a une histoire.
La demeure a 100 ans.


Par exemple, ce pied d’éléphant convertit en tabouret a un loquet secret, qui servait au grand père a entretenir tranquillement son alcoolisme.

Avec trente travailleurs, Ivan son mari gère le ranch, fait de la conservation, lutte contre le braconnage, contrôle les naissances, régule tout ça pour le gouvernement.… Leurs enfants vivent a quatre vingt kilomètres d’ici, chez la mère grand, pour pouvoir aller à l’école.


On se croirait soixante ans en arrière, dans Out of Africa, avec des proprios blancs qui dispensent le travail aux populations locales. Garde chasse, gardiens, nourrices, servantes vivent dans des cases aux abords de la propriété. Une relation réciproquement bénéfique nous assure… le proprio.


Bien que le ranch soit protégé des animaux sauvages par des clôtures électrifiées, nous voyons tourner dans la nuit des rangers armés, prêts à dégommer la hyène ou le lion qui viendrait s’attaquer au bétail. Oui car nous apprenons qu’il y a des lions dans ce secteur, et c’est tout naturellement que Claudia nous invite à venir faire coucou aux deux fauves qu’elle a recueillis dans son jardin.

On vous présente Simba et Nala.



On ne peut plus vraiment parler de bébé, bien que ces deux colosses à poils aient seulement deux ans. Des employés sont obligés de refaire l’enclos qui devient un peu “léger”…
Claudia nous informe que la lionne étant en chaleur, elle attire la nuit les lions des environs qui investissent le jardin dans un boucan pas possible. Nous planterons tout de même la tente, mais un peu plus loin. Pas fous.


Un bisou a Claudia et nous voila repartis, guidés par Zion, un des employés du ranch.
La suite ressemble à un scenario de jeu vidéo :
Le pont qui enjambe la rivière à quelques kilomètres est détruit ! Il faut prendre un autre chemin. Malheureusement, quelqu’un a informé ce matin le ranch que les éléphants ont été aperçus sur la route. Il faut renoncer, et chercher le raccourci pour contourner les éléphants ! Seul Zion et son vélo-magique sont capables de trouver le raccourci qui passe par la rivière.
*Zion et son vélo-magique ont rejoint l’équipe*




Facile de ne pas se perdre dans la brousse.


Hélas, quelqu’un a jeté un sort a Zion pour nous ralentir.



Nos vélos reprennent leur course et rebondissent sur la piste caillouteuse.

Aaaargh sclunnnng scratch !
*Zion et son vélo-magique ont quitté l’équipe*
Ayant encore quarante kilomètres à parcourir avant notre étape de nuit et sachant qu’il est déjà midi, qu’on a pas mangé, que la chaine de Zion est définitivement brisée, nous sommes obligés de le laisser ici. Il continuera à pied et nous rejoindra dans huit kilomètres, lors de notre pause déjeuner.


Desséchés et affamés, nous arrivons dans ce mini-village ou nous ne trouverons que… chapatis-haricots. Ouch ! Pas facile quand t’as déjà bien chaud…


Ici, deux mondes se regardent passer. C’est la fin de la brousse. Ce goudron, c’est la ligne de démarcation entre le Kenya des villes et le Kenya des champs.

Pour ceux qui viennent de là où on vient, cette porte, ce bout de piste, est le début de toutes les fabulations. Que se passe-t-il si je monte dans ce camion qui attend ? Il y en a toujours un prêt à partir, venu chercher des passagers qui veulent aller « à la ville », après avoir déposé des sacs de grains venus s’échouer ici pour être vendus.


Ne vous y fiez pas, ils parlent un très bon anglais.
Ne vous y fiez pas, quand l’appareil n’est pas braqué sur eux ils sont souriants.
Nous croisons de plus en plus de ces Kenyans à la réputation fascinante que sont les Samburus. Enveloppés dans leur couverture colorée, ils vont et viennent le bâton à la main et le coutelas à la ceinture, parés de bijoux. Ils nous fascinent par leur beauté et nous impressionnent par leur prestance qui a forgé leur réputation de peuple fier.
Cousins des massais, ils sont toujours super chatoyant dans les guides, comme sortis d’une machine à laver. Pas crédible se disait on en les admirant sur les brochures touristiques. Et bien si! En vrai c’est pareil. De véritables Jedi de l’Afrique



C’est pas dangereux, c’est juste un sprite, pas une bière.
Ce soldat a une permission. Il est partit surveiller les frontières du nord à cause du conflit avec le groupe islamique Somalien Al-Shabbab.


Claudia nous a donne le nom du prochain ranch ou nous pourrons nous arrêter dormir, il n’y en a qu’un et il n’est pas tout près. On trace dans la piste, la terre, et les cailloux, dévorant des yeux au passage les habitants parés d’étranges atours.
Pas une trompe d’éléphant en vue, c’en est presque décevant ! Heureusement les colliers, bracelets, coiffures des africains d’ici retiennent toute notre attention.


Quelle chance d’être en vélo! On peut s’arrêter sur le bord de la route, papoter. Ils sont aussi curieux que nous. Nous passons de longues minutes à rire ensemble en leur montrant les clichés d’eux même, et en leur expliquant que nous n’en faisons pas un business, mais que c’est pour le partage avec nos amis et famille restés en France.
Ce Samburu n’était pas seul, mais avec son grand frère. Un berger magnifique, avec une immense coiffe de plumes peintes, de tresses, de perles et de piercings. Mais hélas, nous n’avons eut l’autorisation de prendre une photo.


On passe sans s’en rendre compte sur une sorte de démarcation entre agriculteurs et éleveurs. Terrasses contre pâturages. Champs contre bush.



Immenses colliers de perles, jupes et vêtements de cuir peint, coiffures tresses ou tonsures… nous sommes sous le charme de cette fille Samburu.

En voilà une preuve qu’il fait chaud !!

Et voilà une autre preuve qu’il fait chaud…


Ces deux petits bouts sont Turkana. Habituellement plus au nord (autour du lac Turkana justement), beaucoup se déplacent vers le sud avec leurs troupeaux en saison sèche, vers des vallées plus fertiles.
Les Turkanas sont un peuple nomade que le monde moderne ne semble pas avoir contaminé. Chameaux, moutons, chèvres… sont leur quotidien. Lait, viande, sont consommés ou échangés. Les jeunes hommes commencent généralement avec une chèvre ou un mouton, et doivent former leur troupeau seul pour payer les dotes envers la famille de leurs futures épouses. La polygamie est donc une preuve de richesse. Même s’ils habitent dans une zone fertile, et au bord du lac Turkana, la pêche et l’agriculture sont encore des activités marginales.


Nos petits bergers qui touchent à tout gentiment, la sonnette, la boussole, les vitesses, le… le miroir ! Stupeur et rire de voir sa bobine dans ce petit truc rond.



Et rebelotte ! Le coup de l’escorte ! Nous avons beau être presque arrives au ranch de Mugie dont nous avait parlé Claudia, mais ces rangers ne nous lâchent pas et roulent au pas derrière nous, armés jusqu’aux dents. Ce sont les employés du ranch qui nous ont accueillis avec beaucoup de sympathie, nous ont installés dans un chouette coin, nous ont donné de l’eau a volonté, ont papoté avec nous… Ils nous gardent la nuit en même temps que le troupeau de deux cents chèvres dans un enclos près duquel on a planté la tente. Dans la nuit nous avons entendus les hyènes attirées par le bétail, et les éléphants autour du ranch, les gardiens armés de fusils ont tournés toute la nuit…


Et nous reprenons notre chemin au petit matin, en longeant plein de petits villages. Nous aimerions nous arrêter dans tous.



Quelques massais font paitre leurs bêtes. Tous sont drapés de rouge comme une garde prétorienne. Malgré la barrière de la langue, ils sont curieux et viennent tout de suite nous voir. Ça change des massais d’exposition de Zanzibar !
Très fiers, ils restent durs et fermes, et s’en reviennent comme ils sont partis. Pfiou, dans la brousse.



Des recherches récentes sont venues bouleverser les théories comme quoi le berceau de l’humanité serait en Éthiopie. En 2001 une équipe Franco-Kenyanne a exhumé des corps pré-humains de primates maitrisant la bipédie, et dont les mâchoires omnivores les rapprochent plus de l’homme encore que la fameuse Lucy Ethiopienne.
Lucy a été datée a trois millions d’années, et ces cinq corps révélés sur le Rift… six !!!!
A-t-on un nouvel ancêtre ? Le débat est encore ouvert…Certes, il n’y a pas eu de premier homme. Ni de premier voyage. Mais les plus anciens ont étés trouvés le long du rift, pas loin de là où nous sommes. Ce constat nous amène à réfléchir sur le processus d’expansion et l’humanisation du monde.


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Sous l’arbre, le conseil des hommes. Chaque responsable de famille peut y participer. Les discussions « officielles » se distinguent du fait que les participants ont tous un bâton, un sceptre, une arme, transmise par les parents aux enfants à leur mort. On parle de l’eau, de la route, des écoles, du bétail, on règle les conflits…


Nous sommes presque arrivés au lac Baringo. La route depuis plusieurs dizaines de kilomètres ne fait que descendre, ce qui a la fois soulage nos jambes fatiguées par le mauvais état de la piste, et nous ruine les vertèbres. Nous nous arrêtons régulièrement pour décrisper nos mains, un gros réglage de freins s’impose !

LE RIFT, dans les plis de la terre.

Nous retrouvons par ici le fameux Rift Africain que nous avions quitté au Malawi.
Pensée pour notre ami Guy, qui nous a écrit ceci:
 » Si jamais vous passez par la rift vallée ayez une petite pensée pour moi, le géologue qui en a parlé pendant des années à ses élèves sans jamais la voir réellement sauf avec les images extraordinaires d’Haroun Tazieff! C’est la naissance du plancher océanique et l’un des seuls endroits au monde à être visible car pas d’eau (tout au moins pas encore!) Bon courage pour la suite en vous souhaitant pas trop de contraintes administratives! Guy »
Ils en savent des trucs ces profs!


Il y a 8 millions d’année, l’Afrique, sous le jeu des plaques tectoniques, faillit se déchirer en deux. Elle ploya, se déforma, mais ne céda pas. Le continent conserve une cicatrice qui va de l’Ethiopie au Malawi, ponctuée de lacs salés, de geysers, de volcans endormis, de sols fertiles de sédiments volcaniques, des sols alcalins pour les plantations, d’étendues d’eau douce… Conditions idéales (paradisiaques ?) pour que la faune et la flore soit d’une richesse et d’une densité rare.
Le Rift Africain est aussi, rappelons le, le berceau de l’humanité. Beaux panoramas en perspectives (et belles montées pour nos vélos).


Il n’y a aucune indication et on hésite régulièrement sur le chemin à prendre. On scrute les montagnes, la boussole, et on essaye de deviner notre itinéraire en comparant notre carte et notre panorama. C’est l’avantage d’être en hauteur. Au bout du doigt, sûrement le village ou on doit aller. Estimation, douze kilomètres, dans une heure.


Souriante sur la route, sérieuse comme sur le pied de guerre devant l’objectif.


C’est ça, le chapati-haricot. Mais là, en plus, il y a du maïs avec. A défaut de satisfaire le palais, ce plat est d’un excellent rapport quantité/prix.


En attendant sous un arbre que la température baisse, nous nous lançons dans une explication de notre voyage pour ces villageois curieux. Les photos des membres de nos familles les intéressent toujours autant. C’est important pour eux de savoir d’où l’on vient, de nous rattacher à des parents. Ils s’émerveillent du moindre détail de la photo, comme la nappe sur une table, la neige… A chaque fois que la photo du grand père de Jérémie apparait, ils demandent s’il est toujours vivant. La réponse a changé durant le voyage.
Ils sont souvent surpris de savoir qu’on peut vivre jusqu’à 78 ans chez nous.
C’est le prix le plus dur à payer durant notre absence. Apprendre des naissances ou des disparitions par email. Ne pas vivre la séparation avec ceux que l’on aime. Ne pas voir grandir un enfant ou dire au revoir à des parents qui s’éteignent. Ne pas partager ces joies et peines en famille ou amis.


Autour du lac Baringo, nous pénétrons en région « Pokot ».
L’habit ne fait pas plus le moine que le collier de perle fait la Pokot.
Les pokots pourraient être pris pour des Massai. Mais ils ne sont pas plus Massai que les Turkanas sont Samburus.
Certes ils partagent des bouts de langue communes, des ancêtres communs, des traditions vestimentaires proches, mais…. aussi des terres et des pâturages. Le vol de bétail et la main mise sur les points d’eau crée donc des tensions entre tribus que nous vous re-raconterons plus tard.
Nous, nous passons en saison sèche, c’est donc une « trêve ».
Bijoux, clous dans les lèvres, oreilles trouées pourraient induire en erreur, mais de ce qu’on a pu en voir, les Pokots arborent volontiers tonsures et petites tresses qui sont en fait des dreadlocks. C’est LE détail qui nous informe, ainsi que l’organisation de leur habitat.
Ils vivent de manière isolée, et non en village comme les Turkanas ou les Massais. Il nous est en effet très difficile de voir depuis la route leurs demeures cachées dans les arbres. Et pourtant, ils sont à quelques mètres de nous. Nous arrivons à les apercevoir uniquement lorsque l’on voit s’éloigner de la route, à travers la brousse, un groupe de personne qui suit un sentier qui nous aurait été impossible de voir sans cela. Quand la nuit tombe, on s’accoste sur le bord de la route, en espérant se faire guider pour planter la tente au pied de leurs cases.


Petit pet au casque, mais bien gentille ;)


Mais eux aussi sont heureux de satisfaire leur curiosité. C’est quoi « un blanc » !??!
Elles nous ont littéralement sautés dessus ! Après une séance de triturage de peau ponctuée par leurs hurlements de rires incrédules, elles acceptent quelques photos. (enregistrement 2)
Tout ce que nous avons les émerveille : des vélos à vitesses, un rétroviseur, un appareil photo numérique… comme réciproquement nous fascinent leur apparat.

LAC BARINGO, COLS, POKOT’S AREA


Ce matin là, nous sommes partis le ventre vide. Nous comptons cuisiner un truc avec l’eau du lac Baringo puisque notre route est sensée le longer. Hélas, on n’a pu trouver que cette bouteille, l’accès a la berge du lac est impossible depuis la route. Un rêve s’écroule. On a soif, faut pousser.
On a un vrai souci d’eau ici. Soit elle est trop terreuse, et on en a pour deux heures a filtrer/nettoyer, soit elle est trop salée, et donc dégueulasse.

Au revoir le lac Baringo. La chaleur est accablante, la piste assez difficile, mais la ville de Loruk en bordure du lac Baringo n’est plus très loin. On a faim, il est midi, on n’a pas d’eau, on n’a pas petit déjeuné.


Et nous voila à Loruk, ou nous attend un chapati-haricot, et une nouvelle paire de chaussure pour Jeremie. C’est du pneu. Pour essayer (en deux jours, ampoules, douleur musculaire, écorchures… n’est pas Massai qui veut).


Ici il y a plusieurs siècles la région était décimée par les guerres tribales, les caravanes d’esclaves passaient exactement sur la route ou nous sommes, les expéditions anglaises recherchaient les sources stratégiques du Nil, les cannibales faisaient régner la terreur. Nous ne traversons pas la même Afrique. La notre est parsemée de coups de cœur et de coups de mains, de sourires et d’encouragements. Et dans trois cents ans ?
En route pour Nginyang, ou nous attend une aventure Jeremienne des plus incroyable.


Presque durant une heure, sans échange de mot, nous vivons de joyeux moments avec ces deux bambins. Ils s’approchent petit à petit, timides, mettant une demi heure au moins pour faire cinq mètres. Jérémie lit, leur sourit, mais pas trop, et tient à faire respecter la sieste de Claire.


Tout doucement et dans le calme, ils viennent comme des écureuils, centimètre par centimètre, voir à quoi ressemble un blanc. Ils passent vingt bonnes minutes à feuilleter ces quelques images… heureux qu’ils sont de voir les dessins de girafe ou d’éléphant de notre petit guide, Nous réapprenons à aimer leur candeur d’enfant qui génère un sincère émerveillement pour toute chose. Grâce à eux, nous repartons en chantant. Cette joie de vivre ne nous quitte pas de plusieurs jours !



En chemin, nous croisons un curieux chasseur.
« Quoi ? Vous allez en Ouganda ? » s’exclame-t-il, alors que le fait de savoir que nous avons fait dix sept mille kilomètres et traversé dix sept pays pour venir ici l’ont laissé froid. Il nous reste trois mille, peut être quatre mille kilomètres à faire, et comme lui, nous sommes dépassés par ce que ça représente. Tout cela est théorique. L’Égypte, peut être, un jour…


Il part dans la brousse pour nourrir sa famille. Pointe en pare-choc de voiture.


Plumes fixées avec des nerfs de bœufs.


Et toujours ce petit tabouret que tout le monde arbore à la ceinture.


Voila le triste quotidien de notre caisse de bouffe : une explosion de bananes et de miettes de pain, toutes les boites ouvertes par les secousses de la route. C’est la révolution sur la roue avant.
Claire pousse l’expérience : elle range bien sa sacoche de guidon avec les petites choses pas importantes en dessous, au milieu la crème solaire puis le walkman, et au final par dessus son petit sac a main. En dix minutes, le paquet d’objet a suffisamment sauté dans la sacoche pour avoir effectué une magnifique rotation de 180 degrés.


Avant la tombée de la nuit, ces filles reviennent de l’école et nous présentent au grand frère: Dyke.
C’est l’aîné d’une famille de douze enfants, avec une maman timide comme une petite souris, que nous verrons peu.
Neuf enfants sont les siens, elle en a recueilli un d’une famille voisine dont le père a été tué lors d’un conflit de bétail entre pokots et Turkanas. Elle prend aussi soin de deux enfants de plus, ceux de la seconde femme de son mari, décédée du Sida.
Le père est absent, il se pointe uniquement pour prendre de temps en temps une chèvre pour la vendre et payer son alcool. Il vit avec une quatrième femme, dans une ville plus loin.
Triste situation, et pourtant tout ce petit monde semble heureux, souriant.
Certaines filles vont à l’école, d’autres s’occupent des animaux.
Dyke, dans un très bon anglais, nous dit qu’il veut juste trois enfants et une seule femme.


Nous parlons toute la soirée de politique, de culture, de société. Il s’est forgé une image mirobolante de notre Europe. Il apprend avec stupéfaction que nous connaissons aussi le Sida. Nous n’avons pas de remède miracle face à lui, autre que le fameux ABCD : Abstinence, Be faithfull, Condom, or Death. Il est surprit de savoir que nous aussi avons des vaches et des champs, que la France n’est pas une ville de soixante millions d’habitants, qu’Internet n’est pas plus rapide qu’à Nairobi, que nous avons les mêmes ordinateurs et téléphones que lui, que nous n’avons pas cent ans d’avance sur la technologie.
Il a une « bientôt fiancée », son amie d’enfance depuis neuf ans. Sa maman le sait, mais pas celle de la ville. Il a vingt ans et espère se marier avec elle dans un an. Ils se voient en cachette chez le grand frère.

Pour protéger les troupeaux des prédateurs, ils fabriquent des « manyattas » avec des épineux. Pour comprendre tous ces peuples, il faut savoir que tout repose sur le bétail. Signe de richesse, preuve de mariage, monnaie d’échange, sujet de conversation, raisons de se battre…
Tout cela se passe au XXIème siècle.
Nous sommes donc inquiets pour ces petites filles qui gardent cette nuit le bétail. Car dans leurs traditions, Samburus et Pokots doivent offrir (et donc voler aux autres tribus) du bétail pour se marier. Des fois ça se passe mal, il y a des morts.
« Mais après un vol, quand tu rentres au village, et tu as toutes les filles du village pour toi ! » nous dit Dyke.
Mais en ce moment c’est la trêve. Pas de risques pour les sœurs.


Et toujours ces jolies petites locks Pokot.


Avant de partir, Dyke lance « Jérémie, tu habites à Lyon, et tu as trente et un ans, hein ? »
Surpris, on lui demande une explication…
« Je t’ai trouvé sur facebook! » (il nous tend son portable).
HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!!!





Nous arrivons a Nginyang ! Suivez le doigt.
C’est ici que notre route croise celle du fameux couple Poussin, qui raconte dans le livre Afrika Trek leur périple, de quatorze mille kilomètres, à pied, de Cap Town jusqu’en Israël.

LA JOURNEE CATASTROPHE

Il y a des jours comme ça, où tu veux rester dans ton lit.
Par où commencer ?
Chronologiquement.

Alors que nous voulions pousser un peu le rythme, nous décollons un peu tard dans la matinée, effet « Dyke » oblige.
A quatre kilomètres de sa maison, on passe une heure et demie à filtrer six litres d’une eau marron qui venait de la rivière (alors qu’il y avait de l’eau claire cent mètres plus loin mais personne ne nous l’a dit, par contre tout le village a défilé pour nous voir filtrer et nettoyer quarante fois le filtre).
Il est 10h30, on a fait quatre kilomètres, il fait déjà au moins trente degrés.
C’est que le début (et ça va continuer…)


Fini de filtrer, on enfourche les becanes.
PFFfffffff, crevaison.
Vingt minutes plus tard, on reprend la route, décidés à forcer sur la pédale pour faire nos cinquante kilomètres du jour.
Si on savait…
Jérémie est un homme qui provoque les évènements, qui décide, pas du genre à plier quand ça résiste en face. C’est ainsi que deux mètres plus loin, il jette son vélo à terre de rage, la roue arrière encore plate ! Erreur de débutant, la chambre a été percée lorsque Jérémie a réparé la précédente crevaison en appuyant avec l’outil.
Vingt minutes de réparation dans la poussière, et des six litres filtrés n’en reste que…quatre et demi.
On repart, cinq cent mètres plus loin, PFFFfffffff, double crevaison type « morsure de serpent ».
Ça commence a chauffer… C’est dans la joie et la bonne humeur que nous décidons de manger dans ce village de Nginyang, sept kilomètres après le départ.
Une super matinée… Nous ne sommes pas au bout de nos peines.

Passablement énervés, nous voulons juste manger rapide, efficace. On a pas la force ni l’envie de causer, interroger, répondre, raconter, partager. Alors après avoir réussi a commander une assiette de haricot-chapati dans l’unique hôtel de Nginyang, on plonge notre regard dans notre assiette, comme deux autruches fatiguées.
Fallait bien une option “panoramique” sur l’appareil pour vous montrer la popularité de nos repas. Ça chuchote, ça commente, c’est le spectacle.
Le diner du Roi.
Ils sont tous là à nous mater en train de mâcher et porter la cuillère à la bouche. La salle était vide et tranquille quand nous sommes entrés, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, une dizaine de personnes vient s’installer au cœur de l’actualité, une bière à la main. Nous sommes à la limite de l’antipathie. Allez, disons-le, aimable comme des portes de prison. On a l’habitude de ce manque d’intimité et c’est toujours un moment où nous expliquons avec plaisir notre voyage, mais aujourd’hui, vraiment, c’est pas le moment !
Au dessert (c’est-à-dire avec une banane), Jérémie explique brièvement le voyage aux curieux, et s’excuse devant tous de ne pas être très sociable, on trouve des excuses de fatigue, tout ça.
Ces quelques minutes nécessaire de sociabilité se sont avérées utiles. Nous verrons comment plus tard.

Le repas avale, on enfourche les vélos sous la plus haute chaleur. On maudit les éléments, les événements, qui menacent de nous foutre en l’air une journée de vélo. On espère que ce qui reste de la journée sera récupérée par de superbes rencontres que nous aurions ratées si on avait pédalé sans heurts depuis le matin, bref, ON ESSAIE DE TROUVER UNE RAISON à cette succession de bugs matinaux.
On sait qu’à partir de ce moment, il nous reste quarante kilomètres avant le prochain village, avant d’en finir avec cette journée nulle. En pédalage forcé, même pas peur, on se lance dans une course contre la montre.

Cette photo est moche, mais aura BEAUCOUP d’importance par la suite.






Un baobab en fleur !


Claire s’exclame « JEREMIIIIIE !!!!!! Ta sacoche arrière ! T’as plus ta sacoche arrière! »
Tout défile en une seconde. Son contenu, les aquarelles, s’est-elle décrochée du vélo, est-elle restée a Nginyang ? Faut dire que ça fait plusieurs jours que nous roulons sur une infâme caillasse, il est fort possible qu’elle soit tombée et que nous ne l’ayons pas vue.
Nous sommes à quatre kilomètres de Nginyang, où nous avons mangé. Les dernières photos prises nous confirment que la sacoche a disparu après Nginyang
Nous refaisons comme des robots quatre fois les aller et retour (vingt kilomètres quand même) : rien. On interroge les passants, et sur les conseils d’un garçon du village, on promet une récompense à qui la retrouve. Ça cause en swahili, ça rassure, tout le monde dit qu’il n’y a que des pokots ici, donc aucun voleur.
Rien ne rassure pour autant Jérémie :
« Comme il n’y a rien d’important dedans pour eux (slips, chaussettes, vielles chaussures et… des aquarelles), je fais savoir en comptant sur le bouche a oreille que je reste dans les environs. Si quelqu’un l’a trouvée, il saura ou venir la rendre.
Quelqu’un a forcement cette sacoche !
Un gars chouette qui était là à table m’invite à grimper sur sa moto, pour faire le tour des huttes isolées en dehors du village le long du chemin. Un enfant, peut être, l’aurait ramassée.
S’ensuit une incroyable immersion dans la brousse profonde, au milieu des cases isolées et de la nudité des hommes. Immersion ethnique au rendez-vous. Mauvais moment pour des photos, désolé.
Heureusement que notre chauffeur parle le dialecte…
Mais toujours pas de sacoche.
Au bout de plus d’une heure de recherches infructueuses, le garçon tente un dernier coup, en m’emmenant voir une maison très isolée. On ne peut pas y aller en moto. Dix minutes de marche par sentier, on arrive.. ici.


Des enfants, seuls (l’adulte c’est le motard, et la fille on l’a prise en route pour la ramener au village).
Ayant partagé avec le conducteur ma retenue de ne pas avoir pris en photo les autres familles emperlées que nous avons rencontrées, il me demande si je veux prendre les gamins en photo. Pourquoi pas.


Puis me propose de visiter l’intérieur de la maison. Je refuse, il insiste, la curiosité l’emporte.



Et la ! MON T-SHIRT !!!! Posé sur le lit au milieu d’un tas de bordel : le T-shirt vert « cours forest » que vous voyez depuis dix sept reportages.
J’ai failli le rater, c’est en vérifiant la luminosité du cliché pris en intérieur que je le voit sur l’écran de l’appareil.
Où est le reste du sac ? Branle bas de combat. On demande en kiswahili ce qu’il s’est passé, les enfants expliquent que la maman est en effet partit dans la brousse avec un sac. On regagne la mob, on fonce.
Et là, on rentre encore dans un autre monde…

La maman est plus loin, en compagnie du marabout du village, une de mes chaussette sale à la main. Concentrés sur la chaussette, ils tentent de retrouver avec l’aide des esprits le propriétaire de ces objets étranges, qu’un des enfants a ramenés de la route…
« Les dieux sont tombés sur la tête », vous reconnaissez ?…

La sacoche retrouvée, tout le village semble soulagé ! Ça chante et applaudit au retour triomphal de la sacoche.
Pour nous, il est bien trop tard pour continuer cette journée en vélo, toutes ces émotions nous ont fatigués (on n’a pourtant fait que sept kilomètres sur la carte depuis ce matin, on vous le rappelle). Il faut refaire le plein de tout, d’eau, d’énergie, et partir le lendemain les batteries chargées.


Dyke, notre motard providentiel, est un de ces envoyés du ciel qui nous rendent visite de temps en temps. Pousses au hasard sur notre route par de bons génies.
Tout naturellement il nous propose de passer la nuit chez lui. Nous apprenons qu’il n’est autre que… le frère de Dyke, celui qui nous a hébergé la veille (ils ont le même prénom en plus). Il pouvait pas nous le dire avant ? Alors qu’on a passé la veille chez son frère, et tout l’après midi ensemble.
On sait tout de nous. Il me dit même « C’est toi qui a acheté les sandales en pneu, hier à Loruk ? » Comment le sait-il, c’est à soixante kilomètres d’ici!
L’Afrique nous étonnera toujours.


Dyke nous présente sa femme, qu’il a acheté quarante cinq chèvres, quinze vaches et sept chameaux. Il en reste trois à payer, ils ont fait crédit. La dote sert à compenser les familles de la perte d’une bonne ménagère, ça se « monnaie » donc.
Elle a dix huit ans et est enceinte de leur premier enfant. Il tient cette petite boutique, on nous apprend tout sur la gestion, le choix des produits, leur origine et leur acheminement, les tarifs appliqués, tout ça. On a trouvé ça super intéressant, mais vous ça va vous saouler, alors on s’en tient là ;)

Dyke incarne le paradoxe d’une société traditionnelle aveuglée par les paillettes du « modernisme ».
Sur les murs, des posters fluos de Jésus, de Marie, et des poèmes kitchs sur l’amour éternel, tout made in China.
Il a un lecteur DVD tout neuf, qu’il est fier de nous montrer en mettant Rocky III. Puis il nous lance, les yeux brillants :
« Vous les blancs, vous avez tous des vies de fou ! Vous en vélo, lui champion du monde de boxe… »
On tombe des nues, il est premier degré ou quoi ?! S’ensuit une longue discussion pour lui expliquer que Rocky n’existe pas, que c’est une histoire inventée, tout comme celle des films de Jean Claude Van Damme et de Chuck Norris qu’il a aussi.
Un mythe s’effondre pour lui, il met vingt minutes à réaliser.
Dyke va chercher un DVD sur Ousama ben Laden, des extraits de reportages TVs. On lui explique que ça, par contre, c’est vrai.
Mais il est déboussolé, juxtapose la jacquette de Oussama Ben Laden et celle de Rocky, et nous demande: « Comment savez vous que lui c’est vrai, mais pas lui » ?
Et bien…. heu…. comme il n’y a rien d’indiqué sur la jaquette, heu.. il faut le savoir quoi.
Pas simple.
Les filles en France fument, il n’en revient pas non plus.

Vers la fin de la soirée, il nous confie :
« Vous savez, nous ici en Afrique on a quelque chose, ça s’appelle AIDS (le sida) ». Rebelotte, nous expliquons qu’en Europe et dans le monde entier, il y a le Sida, il est sceptique. Alors nous poussons plus loin la conversation, parlons de protection, de sexualité, de mœurs… Lui et sa petite femme rigolent au début, un peu gênés du sujet, puis les questions se pressent. Autant de sujet tabous pour eux qui véhiculent un tas d’idées fausses sur des sujets graves.


Nous c’est de ça qu’on ne revient pas.

Nous dormons dans sa réserve, et sous la moustiquaire. Entendre le BZZZZZZZZZZZZZZ des moustiques en dehors de la moustiquaire, c’est jouissif.
On cogite.
On se demande pourquoi le sort nous a retenu dans ce village après tant de péripéties. Certes, cette soirée avec Dyke était vraiment bien. Mais nos anges gardiens farceurs ne nous ont pas tout dit. Rendez-vous… demain.


Les Pokots portent très souvent un petit chapeau vert avec une plume. Cette mode est récente, propre aux pokots, et nous prouve que c’est une culture vivante.


9h15.
C’est l’heure de partir, pour de bon cette fois.


Nos poubelles depuis Nairobi brûlent dans le jardin de Dyke.

Au petit matin, le « coin des hommes » est occupé. Plusieurs se lavent dans la rivière, on les voit sur la photo en petit au loin. Ils indiquent par leurs vêtements éparpillés que les filles ne peuvent pas venir. Ils chantent aussi. Les filles font pareil, cinq cent mètres plus loin.




Eux aussi, le petit tabouret en permanence sous le bras.


La calotte sur le crâne est faite en terre.


Ce ne sont pas des prisonniers mais des écoliers.
Partout, des enfants en tenue bleue sont sur le chemin de l’école. Ceux qui repartent le matin croisent ceux qui viennent l’après midi. Voilà la combine du gouvernement pour gonfler les statistiques. Que ferons ces moities d’écolier?

DIE HARD 12, l’explication de pourquoi hier il nous fallait rester à Nginyang !

Nous comprenons bien vite que notre épreuve du jour sera la montagne. Partie inférieure de sable, supérieure de pierre.


Cette route que nous prenons sera INCONTESTABLEMENT la plus rude de toute notre virée cycliste ! Nous savons que nous avons un petit col a passer, et que la route n’est pas bonne, mais tout de même… après une dizaine de kilomètres à serpenter et à monter progressivement, la pente et les cailloux ne nous permettent plus de pédaler, nous poussons nos vélos sous le soleil dans un abominable pierrier. Une voiture nous dépasse en nous souhaitant bon courage, nous avons l’impression de remonter le lit d’un torrent à sec tellement il y a de pierres. La côte n’en finit plus, nous poussons nos vélos a deux pour nous aider, nous sentons par l’air frais que nous montons bien bien haut… mais le manque d’eau ne nous permet pas de faire de pause-repas, il faut d’abord arriver a un village.


Claire s’intrigue de ces traces de pneu discontinues sur le sol. Quel véhicule peut laisser de telles traces? Puis elle pouffe de rire, ce sont des empreintes de sandale en pneu !


Kito Pass. Splendide.


Nos cuisses chauffent malgré notre accoutumance à l’effort. On profite des pauses pour apprécier le paysage, on boit pour éviter les crampes, et heureusement l’humeur est bonne (manquerait plus qu’en plus on s’engueule).
Jérémie peine particulièrement ce jour là. Il ne le sait pas encore, mais son corps se bat et à autre chose à faire que de faire du vélo.


Plus loin un gamin se carapate, effrayé à notre vue, laissant ses vaches en plan.

Arbre raz, pas d’ombres providentielle, on entend sûrement nos râles jusqu’au fond de la vallée. La tête penchée vers le sol, on rempli les lunettes de gouttes de sueur tombées à l’aplomb du front.

Le Kenya traverse sa saison la plus chaude, juste après les pluies. La peau se tanne, on a de la corne aux paumes, aux fesses au niveau de l’os touchant la selle, le dessous des pieds en peau de croco, africa proof. Mais pas encore assez, apparemment : ampoules, écorchures, coupures, les pieds de Jérèm’ sont trop doux pour ses chaussures de guerrier.


Les effets de la hauteur se font sentir, le grand air, la faim, la soif, la fatigue, nos gestes deviennent moins sur. Il faut rester concentré et appliqué, et attentif aux pièges de la route.
Il est 13h. Claire demande le nombre de kilomètres parcourus. Réponse : seize.
Magnifique.
Seize petits kilomètres en quatre heures, il en reste vingt neuf à avaler avant la nuit, on fait le bilan de notre eau. On planifie, on rationne. Les muscles le sentent. On décide de sauter notre repas. En fait, on n’a pas faim, le cerveau s’est mis en mode « économie ».


Des cairns nous montrent le chemin.
Minute après minute, grandit le spectre de la soif. Il se tapit dans nos pensées jusqu’à prendre toute la place. C’est une obsession. Nos conversations se font plus rares. On ne regarde plus le paysage. Rien n’a d’importance. Nous savons que nous boirons ce soir, bientôt, mais la soif à raison de la raison.
(wha c’est beau ce qu’on écrit, non ? Vous aussi derrière votre écran vous avez soif ?)

Voilà un village sur la carte. Bientôt, et seulement si tu arrives à décoder cette pierre…
Rien de tout cela n’est sur notre carte Michelin. Une fois de plus, cette dernière est totalement fantaisiste une fois sortie des routes goudronnées. La plupart des noms sont faux, des villes sont oubliées au profit d’autres ridicules, des noms de village sont donnés à des intersections désertes… Pire, leur position est systématiquement erronée. Nous devons faire cinquante kilomètres alors que la carte en indique vingt cinq. La marge d’erreur est immense, comme aujourd’hui. Seuls les reliefs nous permettent de nous situer, de reconnaitre les montagnes, les vallées, et d’estimer le distances.
On arrive en haut du col. Pas de foule en délire pour nous acclamer. Juste Francis. Un enfant/berger épaté, qui nous donne la bonne direction à la fourche. En attendant Claire, Jérém’ explique le voyage et l’interroge sur l’utilité d’avoir deux bâtons. Il n’y en a aucune, il en offre un a Jerem. Chouette! Un vrai bâton de Massai, un bâton de berger (pas du saucisson).

On prend à gauche, on enquille des montées-descentes qui n’en finissent plus, puis nous plongeons dans la descente, les yeux rivés sur les cailloux, les pieds calés sur les pédales, tension maximum dans les cuisses sur ce bout de route descendante. Quel bonheur après cette dure journée de montée ! Les graviers fusent dans les rayons, les patins gémissent comme des chèvres pendant la traite, nos doigts se crispent sur nos freins mal réglés. NON SOLEIL, tu ne te coucheras pas avant nous ce soir.
Mais la lutte est dure.
Le matin, nous avions le courage de nous épauler l’un l’autre, Jérémie revenait pousser le vélo de Claire. Mais passé 15h, la haute chaleur, le ventre vide, ça change. Le moral commence à s’émiéter, on ne dit rien, on avance. On espère mériter un chouette évènement providentiel grâce à cet effort, comme par exemple arriver dans un paradis ethnique, une tribu inconnue des ethnologues, qui offre des jus de fruits glacés au bord d’un lac magique.
La journée la plus dure cyclistement parlant depuis un an et demi.

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Carpello ! Le village de la carte-caillou !
Complétement exploses, il est 18 h, on a fait trente huit kilomètres dont une bonne partie a pied a pousser le vélo, c’est assez pour aujourd’hui. Nous demandons l’hospitalité au villageois.
Nous dressons la tente dans la famille d’une très très vieille dame aux yeux vitreux, complétement dépassée par notre présence. Son fils est légèrement alcoolisé.

Les lits de rivière nous ont forcés à jouer les montagnes-russes dans les montagnes, ce soir c’est la revanche, le bain !
C’est plus que de l’eau ! C’est… notre maman, du fromage, une fontaine de jouvence, un eden ! Nos hôtes nous ont conduits à la rivière, en quelques secondes, les difficultés de la journée sont envolées.
On nettoie le savon qui sert à tout (main, lessive, vaisselle) et on y trouve des spaghettis, des cheveux, des pelures d’oignon, de la banane… Claire compte 50 piqures de puces sur sa jambe, et a le nez qui saigne à cause de l’effort.
Quelle journée!
Mais nous l’avons, notre raison à cet acharnement de la nature, la veille à Nginyang : l’étape du jour est une épreuve qu’il aurait été impossible d’accomplir en partant à midi la veille. Tout a un sens, on remercie les épine d’acacias et les djinns farceurs qui ont fait tomber la sacoche.
Massage, plâtrée de pâtes, puis on se couche, rincés de soleil et de fatigue, sous une nuit étoilée comme jamais, loin de tout, loin du monde. On médite aux deux journées que nous avons vécues, sous la protection des dromadaires.
Nous ferons tous les deux le même rêve, celui de rentrer en France…

A l’aube, on avale en guise de petit déjeuner vingt kilomètres sur les freins, descente abrupte qui nous amène au prochain village où nous pouvons acheter à manger. Nous avons pu avoir de l’eau auprès de deux garçons qui batifolaient dans la rivière. Tu creuses un trou, tu le laisses se remplir du liquide de jouvence, tu attends que les saletés tombent au fond, et tu te sers.

Juste derrière, le troupeau que garde les enfants fait pipi….

Chemin faisant…


Comme des sapins de Noël, recouverts de colliers, de perles, de coquillages, de bracelets de cuivre…



Trente kilomètres à essayer de rester en selle, les yeux rivés sur le pierrier qui sert de route, et les câbles de freins hypertendus. Arrivés a Tot, nous avons redescendu tout ce que nous avons grimpé la veille ! Nous avons besoin de repos, et ça doit se lire sur nos tronches. La famille qui tient ce petit restaurant avec jardin est tellement géniale qu’on passera toute l’après midi sous l’arbre, ainsi que le soir, puis la nuit. Flora, Elizabeth et la grand mère Tula, toutes de bonne humeur et rieuse, appartiennent à la tribu Marakwet.
Cette tribu, comme tant d’autres, utilise leurs troupeaux comme monnaie d’échange ou comme dot pour épouser une femme. Mais n’être qu’éleveur devient compliqué aujourd’hui, à cause des grandes sécheresses qui déciment les troupeaux faute d’eau et de nourriture. Alors, petit à petit, ils se sédentarisent et commencent à cultiver, ouvrir des petits commerces, ou des restaurant, comme cette famille.
Pas commerçante pour deux sous, ce n’est que le lendemain matin, parce qu’on demande à quoi servent les calebasses qu’on voit dans la cuisine, qu’elle nous informent « Bin… on les vend, c’est pour transporter le lait ou l’eau ».
Destinées aux femmes du village, elles ne se doutaient pas que des touristes peuvent être intéresses par cet artisanat local.
Ici la vocation de l’objet est purement pratique.


Elles sont faite par la mère-grand, elles sont légères et faites avec amour, nous en prendrons une demi-douzaines. Le lait est stocké dans une gourde faite avec la calebasse. La gourde est nettoyée avec une brosse naturelle (une branche d’arbre qui ressemble à un lave-biberons) et du charbon.

L’intérêt pour ces calebasses nous a ouvert l’intérieur de leur maison. La grand-mère Tula est heureuse de nous montrer ses parures réservées aux grandes occasions. Intéressée par nos accordéons, elles nous « offrent » en échange une chanson de leur tribu. (enregistrement 3)

Cette petite fiole, c’est pour le tabac.



Cette ceinture se porte quand on est enceinte.
« Et surtout embrasse bien ta mère ! », lance la grand mère. Elle sait ce que c’est d’avoir longtemps son poussin loin du nid…


Menus réglages pour soulager un peu nos vélos qui se sont faits secouer dans tous les sens sur la piste, petit tour de la visserie, re-re-réglage des freins, et accrochage définitif de la sacoche de Jérémie qui essaie de s’éjecter du vélo à chaque secousse.
C’est le bon moment pour un poème :

O toi chambre à air, qui m’a sorti de tant de misères.
Tu répares sandales, sacoches, porte gourde et même lunettes.
Sans toi je serai de nombreuses fois dans la galère.
Je te dédie ces vers super super chouettes.

VALLEE DE LA KERIO, La Ligne de vie


Nous voilà redescendus dans des contrées plus accueillantes !
Après Tot, nous longeons a présent la vallée de la Kerio (du nom de la riviere), ce qui nous parait être le paradis ! De l’eau à profusion qui coule généreusement des flancs de la montagne sur notre gauche, arrosant tous les manguiers et les champs de la région. Nous franchissons des lits de rivière tous les kilomètres, nous y baignant au passage, on nous offre des mangues et des bananes, le paradis après ces jours de paysages hostiles !


En montagne, on perd facilement les notions d’altitude. Sauf ici, ou la vue panoramique nous permet de lire dans l’avenir, et de contempler notre carte en grandeur nature, nos trois prochains jours de voyage. Quand on demande notre route, les esprits malicieux nous répondent que c’est à deux ou trois collines. Tu montes, tu descends, et le village est là, au fond après la rivière, entre les arbres.


Sous un arbre, dans un village, à l’ombre, l’attroupement se fait autour de nous. Ceux qui parlent le mieux anglais en profitent pour venir papoter. L’un d’eux qui voit Claire loucher vers les étals de mangues disparait et revient quelques minutes plus tard avec un plateau de bananes et de mangues succulentes. « Il faut finir ! » Ils sont comme ça ici.


« What is your tribe ? » Nous demande cette femme, après que nous l’ayons questionnée sur la sienne.
Elle est la femme du chef.
J’avais envie de l’informer de comment ça se passe avec la femme du chef des Français :
« Elle est connue dans toute notre tribu : toutes les femmes parlent d’elle et tous les hommes la voudraient pour eux. Elle le sait, bien sûr, et elle en joue. Comme certaines femmes mal-éduquées ici, elle demande de l’argent pour des photos ! Elle a eu beaucoup de maris différents, qui l’ont répudiée, peut être parce qu’elle n’arrive pas a leur faire d’enfants. Comme elle le dit, la fidélité, c’est nul ! Mais maintenant c’est réglé : le chef est venu et l’a prise pour lui tout seul. Comme maintenant c’est la femme du chef, on la regarde avec respect et on applaudit quand elle chante, même si on n’aime pas. On n’a pas le choix, sinon le chef, il nous défonce à coup de massue »;)

On trouve ça magnifique, tout le monde n’est pas de cet avis.
« Pourquoi les autres filles du village ne portent pas ça ? »
Réponse : “Parce que les autres filles, elles sont civilisées”, nous dit-on.
Amoureux de l’Afrique et de ses traditions, ça va mal.
L’éducation par l’école impose que les filles aient les cheveux ras comme les garçons (comme ça le temps que tu perdais à te coiffer, tu peux maintenant le passer a faire des maths), et l’uniforme est obligatoire. Jusque là ce n’est pas bien méchant, mais le lavage de cerveau qui opère en douce avec l’apprentissage des matières et de l’anglais fait qu’une fois passés par l’école, les enfants ne reviennent jamais vers leurs traditions. C’est mort, c’est “portable-jean-T-shirt-coca et je veux monter un business plus tard” pour tout le monde. L’avenir est dans l’abandon de ta culture, il faut épouser celle du blanc.
Cet amalgame entre “éducation” et “occidentalisation” nous semble fort dommage, mais pour tous ces africains avec qui nous en avons parlé, il n’y a pas d’aménagement possible : l’éducation et la vie traditionnelle sont en opposition, il faut choisir l’un ou l’autre. Les “civilisés” évoquent le port des bijoux et des perles avec une grimace de dégout. En effet, tous ou presque nous disent être content de ce changement. Ils se rapprochent ainsi de leurs fantasmes du monde occidental, et sont surpris que nous, touristes, venions justement les rencontrer pour leurs traditions. Nous sommes témoins impuissants de ce processus d’inculturation orchestré par les gouvernements, qui utilise les écoles (et donc les ONG et l’aide internationale qui les financent en grande partie) pour vider l’Afrique de ses valeurs, croyances et culture. Religion, habitudes alimentaires, vestimentaires, coutumes familiales, maritales, tout y passe, et avec le sourire !
Une perte masquée par de belles paroles sur l’école pour tous, l’école pour éduquer nos citoyens, l’école pour devenir de gentils petits sous produits de la société de consommation.


Qui dit montagnes dit aussi rigoles, baignades dans les torrents, lessives dans les rivières, cuisine près des cascades.
Youkaidi, Youkaida!
Y a pas à dire, quand les gens sont occupés à travailler, à remplir des tâches, bref qu’ils ne sont pas oisifs, notre rapport avec eux change considérablement ! On nous regarde sans convoitise, avec la curiosité naturelle de celui qui se sent bien dans sa culture.


Nous passons la nuit chez Stella.
Le lendemain à l’aube, la maman est déjà levée. D’un bras elle lave un mioche, de l’autre fait cuire de l’eau, touille ici, mélange par là. Ici aussi les bébés rechignent à faire la toilette, se débattent quand on veut leur laver le nez et les oreilles. Chorégraphie matinale mainte fois répétée depuis des siècles.
Les voisins défilent, entrent, saluent, s’assoient. On ne dit pas grand chose, on écoute, on observe, on regarde, on est là. On sert des thés avec du lait de chèvre, on se sourit. Matin calme, rien ne se passe. On est bien.



Herbes et lard pendent au plafond.



Des poules de garde…


Calebasses pour l’eau et le lait.

Graines et farine pour la saison sèche et le troc.


Les « Banda » (hutte locale) sont faites en bouses de vache mélangées à de l’urine. Le toit est d’herbe ou parfois de bâches. La maison est basse et petite, ce qui permet de la réparer facilement (par exemple en cas de pluie).
Les fenêtres sont très étroites car il n’y a pas de carreaux. Ainsi, l’isolation est bonne et le frais reste en journée, et la maison reste chaude la nuit (grâce au feu de la journée). Les lits sont fait de bois sur lesquels sont tendus des peaux de vache. A l’intérieur, on s’éclaire à la bougie ou à la lampe de poche.






De la verdure ! C’est suffisamment rare pour mériter une photo !


Ça y est, nous basculons de l’autre côté du Rift. La loi de la gravité nous attire vers l’Égypte, on a plus qu’à se laisser descendre. Enfin presque.
Au fond de la photo, dans la vallée, on voit un truc, un grand moment que nous attendions avec enthousiasme et ce qui nous reste énergie… LE GOUDRON ! Sur-fatigués par ces journées de piste qui nous bringuebalait dans tous les sens, c’est avec un indescriptible soulagement que nous roulons sur la bande lisse de bitume. On peut même pédaler sans regarder la route ! On contrôle complètement son vélo ! Dingue !
Le souvenir de ce qu’est de pédaler sur une mauvaise piste nous fait encaisser plus facilement ce qui vient devant nous : deux bons petits cols ! Allez courage, le repos n’est plus très loin !
Les jambes sont molles dès le matin. Huit jours sans pause, on ne récupère plus. On a quand même quatre vingts kilomètres à arracher au bitume pour arriver à Kitale ou nous attendent Imani et sa famille.


Le marketing s’acquiert vite ici. Eco-machin, coopérative-truc, bidule-de-femmes….


Kitale, le chaos. Nous renouons avec la société civile. Le versant Ouest de la rift Valley descend en pente douce jusqu’au Lac Victoria. Forêt pluviale, densité de la culture, zone extrêmement peuplée. Le Kenya voit sa population proliférer à des vitesses qu’il n’a jamais connues. En dix ans, celle-ci est passée de vingt neuf a trente neuf millions. Chacun peut imaginer les problèmes à affronter pour se loger, se nourrir, trouver une place à l’école, se soigner. Ici, la plupart des gens se déplacent pour tenter de trouver des réponses à ces besoins les plus primaires.


Imani et sa famille nous accueillent. Beaucoup à dire sur cette incroyable famille … Rencontrée via Couchsurfing, encore et toujours.


La maman se montre incroyablement curieuse de nous et de notre société, et son anglais fluide rend les conversations animées et agréables. Elle “flaire” le danger et les travers de notre société occidentale bien avant ses deux garçons, prône la prudence et la mesure quand elle voit ses deux dadais de fils surexcités parce qu’on leur dit qu’en Europe les femmes sont “free” (confusion entre “libres” et “gratuites”).
Complètement dépassée par les activités de businessman de son fils, elle met un point d’honneur à leur transmettre une solide éducation. C’est là toute son œuvre et elle s’accroche à ses valeurs comme à une bouée de sauvetage, soulagée quand on explique que l’occident est loin d’être comme les africains le croient , comme si quelqu’un lui donnait raison et justifait enfin vingt ans d’éducation chrétienne.


Pour les remercier de toutes leurs attentions pour nous, et pour cultiver encore leur interet pour notre continent et ses incroyrables habitudes, nous leur proposons de leur cuisiner un soir, pour toute la famille (dix personnes), un repas “français”.
Mais là, on s’attaque a un point délicat. Mieux vaut encore parler homosexualité ou niveau de vie, que de s’attaquer aux habitudes alimentaires des africains !
Après quatre heures passés dans une cuisine anti-ergonomique au possible, pliés en deux à découper des trucs sur une table de nain, à cuire au sol, a multiplier les bassines d’eau salés un peu beaucoup passionnement, le repas servi au salon fait un gros flop.
Au menu :
Carottes rapées
Salade de lentilles- oeufs durs – oignons – coriandre
Riz blanc
Ratatouille
Compote de pommes

“Quoi c’est cru ?” heu… oui c’est le principe des carottes rapées…
Rien de très exotique pourtant, tous les produits se trouvent au marché et nous savons qu’ils les consomment. Mais ils les consomment différement… là est tout le problème.
Le riz blanc remporte un franc succès, tout le monde se ressert avec soulagement (“ouf on peut au moins manger quelque chose”), mais la palme du top est remportee par la compote de pomme (encensée par la maman : “je ne savais pas qu’on pouvait cuire les pommes !”) et surtout le paquet de gateaux de supermarché qui va avec : “trop bon, tu les as faits toi-même ??”

Le résumé de ces dix jours d’aventure (petite aide pour les futurs cyclistes qui veulent s’aventurer dans ces contrées reculées) :

- A Nanyuki, prendre la piste nord-ouest direction Colceccio/Kinamba (à 80 km à droite se trouve la première maison de Claudia et Ivan).
- Continuer 16 km difficile jusqu’à Kinamba, puis 38km de piste direction Maralal jusqu’à Mugui (dormez ici chez Mr Clauze à l’intersection, ou bien à 500 m plus loin à gauche dans un village traditionnel Pokot. Immersion tribale assurée)
- A Mugui, prendre Nord Ouest direction Tangulbei a 48 km puis encore 7km jusqu’au village traditionnel Kadokai.
- Puis 31 km à Loruk le long du lac Bogoria, et 28 Km nord direction Ngingyang (y dormir car la journée suivante sera difficile).
- Partir de Ngingyang chargé d’eau, de nourriture, et préparez vous à 38 Km de piste caillouteuse en forts dénivelés, au milieu du vide sidéral (nuit a Maron ou Carpello).
- Villages régulièrement jusqu’à Tot, à 61 km.
- Vallée de Kerio vers le nord, sublime, pour rejoindre le goudron.
- Reste 105 km pour rejoindre Kitale. Ca monte sur la première moitier jusqu’à un passage très pentu de 5 km (on a mis 3 heures pour le faire) et on déboule sur les 50 km sont en constante descente faite en 1h30 jusqu’à Kitale, un délice.

Si vous avez ratés des photos :


Un masai et ses têtes de bétail.


Soleil couchant sur le Kilimandjaro.





Mombasa vue d’un balcon, pour finir.


Des travaux comme on peut en voir seulement en Afrique: personne n’a attendu que le goudron sèche avant d’utiliser la route. Les camions on creusés des tranchées, le goudron fait comme des vagues sèches.


L’activité augmente à notre approche de la frontière Ougandaise. Des voitures chargées de tout commencent à nous doubler, les lopins de terre ammenagés sont sillonés par les cultivateurs, nous sommes de retour à la civilisation dite « moderne ». Mais notre esprit, lui est resté dans les montagnes.


Trois kilometres de camions arrêtés, des vendeurs de plein de trucs, on approche de la frontiere ! Et derrière, l’Ouganda.

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