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(Écrit à la bourre le 18 Mars à Louxor–Egypte)

- Salam aleikoum !
- Maleykum salam.

Retour en pays musulman,  voyage à l’envers, bouclage de la boucle, le Sahara de nouveau, le Soudan, le plus grand pays d’Afrique.

Si l’hospitalité est un art, alors les Soudanais sont incontestablement les plus talentueux !
Doté d’un cœur africain et d’un cerveau oriental, le Soudan est le pays des bonnes manières. Chaque rencontre est une leçon d’hospitalité.

Au fil du Nil, ligne de vie, main verte tendue entre la méditerranée fertile et le sahel austère, nous avons été accueillis comme des rois par les habitants de la Nubie, cette région désertique où les maisons sont construites en sable. Laissez nous vous raconter nos soirées à la lueur vibrante de la lampe à pétrole, assis autour du grand plateau-repas pour  partager le « foul », ou le silence des nuits dans le désert, à l’ombre douce d’une nuit étoilée.

Dans la quiétude des palmeraies, entre nonchalance africaine et calme oriental, nous avons tout de même appuyé sur les pédales : 88 Km en moyenne par jour de vélo, 1125 Km pulvérisés en 13 jours. Avec le vent de face s’il vous plait madame.
On vous rassure s’il est besoin, malgré le goût amer laisse au Soudan du sud, que le plaisir de voyager est toujours intact.

Le matériel accuse à l’approche des 20 000 Km, alors on colle, bricole et rafistole afin de faire durer notre plaisir… et le vôtre.

Installez vous confortablement sur notre porte bagage, entre les dattes et le foul… pour un nouvel épisode de “Jérémie et Claire vous montrent comment c’est super l’Afrique”

Merci divinement à Fred, Lili et David qui mettent en ligne nos articles  ici: http://voyage.jeremiebt.com/

Pour savoir ou nous sommes, la carte d’ »Hubert Earth » est là: http://voyage.jeremiebt.com/carte.htm

A très vite pour de nouvelles cycos-nouvelles, Yallah! (En avant !)

Jerhemy ibn Kler , YALLAHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !!!!

PS 1: Si vous ne voulez plus recevoir d’emails, écrivez nous. « Tu m’enivres » vaut mieux que « Tu m’énerves ;)

PS 2: Pensez aussi à nous donner des nouvelles de vous… et n’oubliez pas que sur les pages vous pouvez laisser tout en bas des commentaires que nous lirons goulûment !

PS 3: Si le temps entre deux reportages vous semble décidément trop long, des nouvelles fraîches sont régulièrement postées en première page de notre site.

PS 4: On cherche un éditeur pour publier à notre retour un recueil de textes, d’illustrations, et de montages sonores glanés durant notre voyage. Si vous en connaissez, pensez à nous.

PS 5: Kikadikoi?: « J’ai mange trop de dattes, il va y avoir des dommages collatéraux.

PS 6: Notre appareil ayant rendu l’âme, les photos à partir de Omdurman sont celles prises avec l’appareil de Stuart, cyclo-voyageur anglais qui partage la route avec nous.

PS 7: Merci à Michèle et Madame B pour avoir relu notre manuscrit écrit sur un clavier arabe, avec un logiciel qui écrit de droite à gauche…


Chers lecteurs. Tout d’abord on vous invite à vous mettre un peu dans l’ambiance en cliquant sur les petits « play » ci-dessous. Il s’agit d’enregistrements glanés le long de nos rencontres au Soudan du nord

Nous voici en pays musulman ! Petite ambiance prise de l’intérieur du bus qui nous emmène au souk. Attention ici on ne déconne pas avec l’islam

À Khartoum au Soudan, nous assistons à un grand rassemblement de musulmans soufis. Ils chantent et prient ensemble, des derviches dansent en tournant, attendant la transe.


Notre traversé du Soudan du Nord en chiffres :

Du 15 février au 6 mars 2012
1145 km (18 645 depuis le départ)
22 jours dont 13 en pédalant
Une moyenne de 88 km par jour pédalé

BONS BAISERS DE KHARTOUM


Voilà notre arrivée à Khartoum, carrefour des Afriques. Les arabes avaient baptisé l’endroit « El Khurtoum », la trompe de l’éléphant, à cause de la forme d’une presqu’île qui évolue selon les crues et décrues.
A Khartoum, nous changeons d’Afrique et passons de l’autre côté de notre voyage. Nous ne venons plus de France, nous y allons !
Fraîchement débarqués de l’avion qui nous a fait sauter par-dessus les confits de la frontière Sud Soudan / Soudan, nous prenons le monde arabe en pleine figure, perdus dans ce nouveau pays dont nous ne savons pas grand chose hormis ce que nous assène la télé française. Nous nous rendrons vite compte de la mauvaise image que les médias véhiculent autour de cette culture, et de la « peur » qu’ils semblent vouloir imprimer avec tant d’acharnement dans les esprits.
A notre grand plaisir, nous rencontrons un tout autre Soudan que celui des clichés colportés : on s’attend à un pays en guerre, c’est le peuple le plus calme et le pays sans doute le plus sûr de toute notre traversée. Nous attendions une police répressive et une dictature militaire, nous sommes face à la même politesse et aux mêmes attentions de la part des forces de l’ordre, des mamans, des passants, tous visiblement très heureux de nous rencontrer. Mieux, de nous accueillir. À la place du fanatisme religieux décrié dans les journaux en Europe, nous apprécions un islam ouvert, philosophique, tolérant (tant qu’on ne touche par à l’image du prophète, tout va bien). Un peuple sage à l’image d’un vieux vénérable. Les Soudanais sont bien dans leurs pompes, et ça se sent.


C’est là.


L’Islam est omniprésent. Il n’est pas un choix, il EST. C’est tout. Dans la vie, dans les gens, dans les vêtements, dans le thé, les paroles, les voiles, les coiffes…


Khartoum est bien organisée. Les grand Bretons y ont conçu de larges avenues et des passages sur les berges. Il y a des trottoirs pour marcher, des poubelles « pour une ville propre », des fleurs plantées dans des pots, des boutiques spécialisées… Le choc pour nous qui, il y a quelques heures encore, étions encore dans le chaos, la poussière, la chaleur de Juba. Un petit bond en avion, et nous perdons définitivement un bout d’Afrique ! Nous sommes ici à la jonction du Nil bleu et du Nil blanc. Ces deux fleuves d’origine africaine se rejoignent à Khartoum pour partir en pays arabe. Le Soudan se révèle être un peu à l’image de la Mauritanie, partagé entre le monde africain et le monde arabe. Pays jadis trop grand, les pieds en Afrique et la tête en orient, à la situation difficile, souvent émaillée de guerres.


Les arabes appelaient cette terre « Bilad-as-Sudan », le « bled des noirs ».
Nous sommes sous le charme de cette peau sombre.
Ahmoud, quatre vingt neuf ans, est un ami du père de Stuart (notre ami Stuart et son tandem !). Il a vécu entre l’Angleterre et le Soudan, et nous montre fièrement une photo de lui et de la reine on-ne-sait-plus-laquelle. En pleine forme, avec beaucoup d’humour, il surf sur Internet, dialogue avec ses petits fils en Europe avec skype, et est aux petits soins avec nous.


La gentillesse et la bienveillance des Soudanais nous frappent en plein cœur. Là où l’Afrique « d’un peu plus bas » nous avait semblé parfois oppressante par le nombre ou l’agitation suscitée par notre présence, les Soudanais font preuve d’une incroyable « peace attitude », qualité que nous apprécions particulièrement…
Pourquoi tant d’attentions à notre égard ?
« Mektoub ! » Nous répond-on. C’est écrit !
Dans l’Islam, les destins des hommes sont liés par une toile tissée par Dieu. Ce qui doit arriver arrive. C’est le destin. Mektoub !
Nous ne comptons plus les délicates attentions qui nous sont  adressées. Si la veille un caillou a gêné notre vélo sur le chemin qui accède à la maison, une main bienveillante l’aura retiré le lendemain matin. Il en est ainsi pour mille petites choses. Tout semble toujours être prêt, comme si nous étions attendus.
Nous représentons un événement dans ces familles, tout comme eux le sont dans notre voyage. Alors on savoure tous ensemble ces moments.
Comme le Maroc ou la Mauritanie : Mektoub.
Ici, l’étranger est un ami, un invité, et l’accueillir est un devoir. Partout, tout le temps. Cependant, là où l’hospitalité Soudanaise nous semble dépasser la simple « obligation islamique », c’est qu’elle se fait dans la discrétion. Au Maroc, le soin qu’une famille nous portait était beaucoup plus « publique ». Plus il y avait de gens pour témoigner d’un bon acte, mieux c’était. Ne nous trompons pas, nous apprécions énormément cette hospitalité, même si elle est appuyée par une obligation religieuse. Mais nous sentons les Soudanais bien mieux dans leurs baskets. Nous avons évoqué plusieurs fois dans nos reportages la « crise » identitaire qui frappe l’Afrique, nous n’avons pas l’impression que ce soit le cas ici. Rien à prouver ou à imposer, serein vis à vis de ce qu’ils sont. Voila les meilleures conditions pour offrir, et pour recevoir.
Concluons ainsi notre analyse sociologique à deux pounds :
Ne serait-ce pas cette attitude qui aurait permis à la culture Nubienne de perdurer à travers les siècles?
On en vient à se demander si  les missionnaires qui ont transformé l’Afrique noire animiste en chrétienté de second plan, n’auraient pas favorisé cette crise identitaire ?


Ambiance Khartoumiesque.

Au Soudan on mange du « foul » : un plat de haricots ou de fèves servi avec ces petits pains ronds et plats. Nous retrouvons une manière de manger que nous avions oubliée, à piocher ses bouchées avec son morceau de pain dans le plat commun. On adore ça… les premières fois ! Jérémie a compté qu’on a mangé quarante trois fouls en vingt et un jours. Soit deux fois par jour, souvent le midi et le soir,  parfois au petit déjeuner.






Partout le thé coule à flot, quand ce n’est pas du café moulu sur place, parfumé au gingembre et au clou de girofle. Quelle saveur… Des petites dames sont postées partout en ville, tenant un mini-comptoir envahi de boîtes d’épices, de thé, de sucre et de petits verres. Le thé coûte une pièce. On s’assoit sur des mini-tabourets, autour de la dame, et on déguste en papotant. Un rêve de dinette !


Ces voiles sont gracieux, colorés et féminins. Les femmes déboulent par deux ou trois, comme des bonbons, à l’ombre de l’angle d’une rue, le vêtement gonflé par les bourrasques. Quelle élégance, quel raffinement. Rose flashy, bleu électrique, arc en ciel… Elles nous observent du coin de l’œil et s’esquivent en gloussant, lorsqu’on les regarde à notre tour.
Avec un jugement hâtif, on peut voir en ces femmes des victimes de la mode, comme à Paris. Voir comment la superposition de transparence et de couleur concentre le regard en quelques bouts de peau pourtant invisible. Visages soigneusement maquillés, formes moulées, couleurs calculées. Tout est dans le détail et l’accessoire.
Ici aussi les jupes des filles font tourner la tête des hommes. Érotisme intentionnel, parure de fantasmes.
Elégance à l’état pur.

Ce qui est sûr, par contre, c’est que Claire n’est pas DU TOUT élégante aux yeux des Soudanais, soucieux de protéger le corps de la femme. Alors c’est toute la garde robe qu’il faut revoir à Khartoum : on oublie le débardeur un peu lâche, on remet des sous-tifs, on prévoit un « couvre-fesses » d’urgence pour la descente de vélo… Au passage, un gros gros merci à Isabelle pour ses conseils-look et pour les vêtements !


Les hommes ne sont pas en reste. Nous croisons nos premières djellabas blanches autour de visages souriants surmontés du traditionnel Keffieh.



Un beau bâtiment offert par Kadhafi.

CÉRÉMONIE SOUFIE  A OMDURMAN: les hippies de l’Islam.

Sur la rive proche de Khartoum : Omdurman, l’ancienne capitale du Soudan.
La « bataille de Omdurman » est ultra célèbre. Ne vous inquiétez pas, nous ne la connaissions pas non plus. Stuart lui connaissait, c’est un rosbeef. En 1898, les Britanniques assurant ici leur domination sur le Soudan. Winston Churchill, alors officier de cavalerie, participa à la célèbre charge du 21e régiment de lanciers Britannique, une des dernières de l’histoire militaire britannique. À son retour en Angleterre, il publiera un récit du combat qui sera grandement apprécié.

Bref, nous nous rendons à Omdurman un vendredi, non pas pour parler histoire, mais pour assister à la fameuse cérémonie Soufie d’Hamad An- Nil. Au Cœur d’un vaste cimetière, un groupe de mausolée est le point de rassemblement d’une foule hétéroclite de danseurs en costumes et de spectateurs. Le rituel a lieu tous les vendredis, « jour de sacrifice ». Le  » dhikr »  ils appellent ça ici.
Tambours et cymbales donnent le rythme. La foule forme un large cercle, comme une arène, ou des hommes  en robes extravagantes font l’animation. Tout le monde bat des mains et des pieds en rythme, qui va s’accélérant. Le jeu de coude est aussi très important, un peu comme une « danse des canards » sur de la musique techno dans une rave. Un peu comme si tu faisais de la corde à sauter…. Mais sans corde, et très vite.













Plus il y a de patchworks et de gris-gris, plus l’homme semble être important. Lui c’est le « cheik ». Ceci pose problème à d’autres mouvements de l’Islam qui considèrent ces pratiques comme hérétiques. Car il ne doit pas y avoir d’intermédiaires entre les hommes et Dieu, et donc pas d’hommes qui peuvent entretenir de discussions privilégiées avec « lui ».







Et les derviches tournent, tournent, tournent.



Les yeux sont rougis par l’utilisation de haschisch. Soupape hebdomadaire et communion avec Dieu.
Les yeux se révulsent, on prépare la montée en régime. La-Ilaha-Illa-Allah! Sont répétés en boucle pendant des heures… Souffle, hyperventilation, sueur: Une phrase qui permet de rentrer en transe.
Le nom Allah répété de manière rythmée est censé purifier l’âme.






MEROE, VESTIGE FUNERAIRE POINTU

Un petit coup de bus, et nous allons visiter quelques cailloux millénaires.
Nous allons rendre un hommage à Méroé.
La mystique Méroé.
La légendaire Méroé.
Celle mentionnée dans tant de livres de philosophes grecques, de voyageurs romains, de poètes arabes…  (Ça c’est pour vous faire croire qu’on a de la culture, mais en fait on l’a lu dans des bouquins). Un petit kilomètre à pied dans les dunes permet de rejoindre l’ensemble de monuments funéraires, expression de la grandeur d’un passé et de la vanité humaine.
Pas un seul touriste,  parking ou écriteau. Nous sommes seuls pour apprécier ces vestiges bâtis par les plus récents pharaons noirs, ceux qui ont poussé les frontières de leur territoire jusqu’en Nubie, quelques siècles avant JC, il y a plus de deux mille ans. Au fait, la Nubie, c’est le nom du territoire au nord de Khartoum, le long du Nil. C’est une zone désertique au passé mouvementé et à l’histoire très riche (tous les territoires ne peuvent pas se vanter d’avoir vu défiler sur leur sol les pharaons, les candaces, les chrétiens et les musulmans).

Peu à peu on se rend compte de leur délabrement.
Se dégage de ces pyramides décapitées une puissante mélancolie.
Elles tiennent bon, à l’épreuve du temps, du vent, des tempêtes et du sable, de l’anéantissement et de l’oubli (whaaaaaaaaaaaaa c’est beau ce qu’on écrit. Ce n’est pas fini).
Plus petites que celles d’Egypte, c’est leur nombre qui fait leur force. Environ deux cent pyramides sont recensées.













MEROE, CITEE ANTIQUE (mais pas en toc) DE NUBIE

A quelques kilomètres des pyramides se trouve l’antique cité de Méroé, capitale d’un royaume qui s’était développé de -2500 à -1500 dans la zone de l’actuel Soudan.
Entre âge d’or et défaite, entre pharaons, dominance chrétienne puis musulmane, la cite de Méroé recouverte en 1822 est très étendue, et les fouilles ont à peine effleuré les vestiges.

La connaissance de cette période « Méroïtique » est parcellaire.
Les rois et reines qui se succèdent, ne sont souvent pour nous qu’un nom dans le décor d’une pyramide.
Apres son insoumission aux campagnes romaines juste avant notre ère, le royaume vit encore deux cents ans, avant de s’éteindre pour des raisons encore mal connues, peut être sous les coups des Éthiopiens.














LES MURMURES DU DÉSERT DE BAYUDA



Nous quittons Khartoum par la ville d’Omdurman. À la fois car c’est notre route, et aussi parce que nous souhaitons éviter de passer par les bidonvilles du sud et de l’ouest qui ont servi de refuge à tous ceux qui ont fuit la guerre avec l’Ouganda et le conflit du Darfour. Nous ne sommes pas dupes quant à la « propreté » du Khartoum où  nous avons séjourné ces cinq jours, il est très facile de ne pas voir la misère au cours d’un voyage, la preuve ! Il suffit de tourner au bon carrefour.
Nous prenons la fameuse « ‘autoroute des sables », cinq cent kilomètres de bitume financés par Oussama Ben Laden au milieu de la poêle à frire, pour faciliter les échanges commerciaux entre Afrique noire et Moyen Orient.
Tant de générosité ça nous bouleverse…

Dès la sortie de la ville, un vent droit et glacial nous siffle au visage. On ne va pas faire comme si on ne savait pas, ça fait des millénaires que l’air froid de méditerranée descend en rasant tout jusqu’en Ouganda. On voulait juste pas trop en parler, histoire de garder le moral… car là, nous en avons pour  une sacrée trotte avec lui, deux mille cent kilomètres, quoi…


« Fadalh ! »
Une invitation pour le thé, ça ne se refuse pas !
L’emplacement des gens dans la tente nous en dit long sur l’organisation sociale de la famille. Habsa, la maman, prépare les breuvages que Seloua, sa fille, sert aux clients. Nous nous mettons à bredouiller quelques mots d’arabe, et sourions quand on constate une parenté avec la langue française ou kiswahili : « Flouz » signifie « argent », Gawa pour « café », Keleb pour « chien »
Ici un « bibsi » est une boisson sucrée type soda, dérivée de la marque « Pepsi », et ainsi de suite.




Nos premières dunes, ici.
Nous sommes dans le Sahel septentrional. Le Sahel, de l’arabe signifiant « côte » ou « frontière », désigne une zone avec un climat et une végétation propre, entre le domaine saharien au nord, et les savanes du sud.


Crevaison. Plein de ressources, Stuart envoie un peu de musique classique dans son petit haut-parleur  pour chasser la mauvaise humeur qui pointe son nez.


On hésite pour le commentaire de celle là:
« Arabicom: Keepin’touch with Allah »
Ou la version touriste de base :
« Wha, elle est chouette la mosquée, mais c’est dommage de l’avoir construite près d’une antenne ?  »





Notre ennemi n’est ni le temps, ni le soleil, ni les camions, ni la police, ni l’armée, ni la nuit. Rien de tout ça. C’est le vent.
Niveau vélo, même si c’est plat, c’est très dur. TRES DUR même.
Ce n’est jamais agréable de se prendre un vent. Encore moins de face.
Les cyclos qui viennent du nord nous disent qu’ils ont eu l’impression de « voler »… les salauds !
Nous on nage à contre-courant. Certes, seuls les poissons morts suivent le courant, mais même pour les anticonformistes que nous sommes, ce n’est valable que jusqu’à un certain point.
Petit cours de physique des fluides:
En cette période l’air chaud de l’équateur appelle l’air frais du nord Méditerranéen. L’effet thermique, on se le prend en pleine poire.


En parlant de vent, même les rochers se foutent de notre gueule !
Tout ici nous donne la direction du vent, de la forme des dunes jusqu’a l’emplacement des portes et des fenêtres des maisons. Le vent façonne la forme des plantes et du relief, influence le déplacement des populations d’insectes volants et la migration des oiseaux. Le vent a inspiré dans les civilisations humaines de nombreuses mythologies ayant influencé le sens de l’histoire. Il a influé sur les transports, voire les guerres, et SUTOUT le moral des voyageurs à vélo.
Alors tu mets ton cerveau sur [off], tu t’enfermes dans ta tête, tu ne parles plus durant des heures, et tu avances les yeux rivés sur le bitume.


En route en formation « hirondelle ».
Heureusement que nous étions trois car nous avons pu nous relayer, à coup de 5 km /5 km /5 km (comprendre cinq kilomètres chacun en tête du peloton, pendant que les deux autres se planquent derrière). Petite pause tous les 15 km, et pause-repas après trois fois de ce roulement. Et on repart en fin d’aprèm pour encore 15 – 20 km, mais pas plus, parce que c’est à ce moment que le vent est le plus fort…


Fadhal! Fadhal!
C’est le bienvenu local, entendu deux cents fois par jour.
Assieds toi, repose toi, que veux-tu manger ? Et boire ? Combien de temps tu restes? Nous résistons souvent à contre cœur. Nous y serions encore si on avait accepte 10% des invitations lancées à notre passage. Car on doit avancer. Le bateau qui part une fois par semaine pour l’Egypte est mercredi prochain. Depuis Khartoum nous devons faire environ 80 Km par jour nous accorder maximum deux pauses de deux jours, et arriver à temps au Lac Nasser.
Mais ce soir là, on accepte. La nuit va tomber.

Les deux hommes nous offrent deux tasses de thé infusé dans du lait tout juste tiré de la chèvre. Ils mettent six cuillères de sucre là où  nous nous contentons d’une seule. Séance de contorsion sur la natte posée sur le sable et sur laquelle nous sommes invités à nous asseoir : la journée à vélo fut rude, nous avons trop mal aux cuisses pour nous mettre en tailleur.
Le vieil homme ne peut répondre à nos questions. On ne parle pas la même langue. Mais sa simple présence répond à tout. Ce soir lui et ses fils nous aménagent un campement accolé à leur maison. Ils arrangent des tapis et des lits en plein air, soufflent un peu sur le thé avant de nous servir, accroupis, souriants. Ils nous apprivoisent. On ne parle pas, on est là, ils sont là, on est bien. On propose nos biscuits, ils acceptent timidement. Le viel homme grignote doucement, les yeux dans le sable. Il doit y lire des choses merveilleuses.

Une vie simple, parfois jusqu’au dénuement, mais qui transcende la chaleur des rapports humains. Le paradoxal espoir de la misère.
Cette famille de Kheirallah est visiblement très pauvre. Peut-on accepter leur hospitalité? Doit-on accepter leur hospitalité?

Répondre positivement à leur « fadhal », c’est les honorer du peu qu’ils ont et qu’ils offrent. Refuser ou apporter nous même le repas serait les humilier.
Nous retrouvons dans ces hommes l’attention et la sagesse des Sahraouis rencontrés au Maroc et en Mauritanie.
Avant le repas du soir, au coucher du soleil, ils se tournent vers la Mecque. Une prière dans le désert, un murmure adressé à leur dieu, un cri d’appel vers cette puissance inconnue. Cette image a une puissance évocatrice très forte.
Dans le désert, tu ne peux être que croyant ou désespéré.


L’agréable caresse du froid du désert dès le soleil éclipsé derrière  les dunes. Tout est redevenu simple dans le désert.


Les rayons du soleil nous réveillent. Nous pouvons ainsi observer le mode de vie de ces gens du désert au quotidien. Ils sont levés depuis une heure, car il y a d’abord les chèvres à traire puis la conduite du troupeau aux pâturages. On prend le déjeuner avec le lait de ces chèvres et du thé, puis à chacun ses occupations. L’eau à rapporter du puits, distant de quelques kilomètres, avec l’aide des ânes, on tresse des cordages pour entraver les bêtes, la provision de bois pour la cuisine, les préparatifs du repas du midi. Les enfants aussi sont mis à contribution dans les tâches journalières. Il y a aussi la fabrication du beurre à l’aide d’une peau de chèvre que l’on agite, la semoule de couscous que l’on tamise, les chameaux que l’on rassemble.
Pas de travail intensif, juste celui nécessaire à la famille. Ils vendront quelques chèvres pour acheter sucre, thé, huile et farine.
Leur vie nous semble dure, elle se résume aux tâches quotidiennes. Pourrions-nous nous contenter de ça ? Sûrement pas, trop habitués à notre confort où il nous suffit de tourner le robinet pour avoir de l’eau, de remplir son caddie pour manger, de téléphoner pour prendre rendez-vous avec son médecin et se soigner. Pour eux, l’eau c’est plusieurs kilomètres à faire, manger c’est un troupeau à surveiller, quant au médecin les moyens leur manquent. Dans les villages quand les liens sont étroits, la solidarité y est de mise, on vit ensemble et on partage tout. Le voisin aussi fait partie de la famille, on se prête des chèvres pour le lait, s’il y a à manger chez l’un, l’autre peut venir, pas d’exclusion, on vit en communauté. La collectivité prime sur l’individu, sinon personne ne mange.
Nous sommes remplis d’admiration devant la capacité humaine à peupler chaque milieu de notre planète, aussi hostile soit-il.
Sont-ils heureux?
Et nous ?


Et eux?
Manchester United lance des ballons de foot et des posters par la fenêtre dans les villages. Que connaissent-ils des 18 000 Km qu’ils feront en 17 jours ?



Partout nous trouvons des jarres en terre mi-cuite installées dans des structures au dessus du sol. Juste assez poreuses pour rafraichir l’eau par évaporation, à la disposition des passants, dans les rues, dans chaque village, au bord des routes, dans le désert… pour la boisson ou les ablutions avant la prière musulmane.
Par un incroyable procédé qui doit être millénaire, l’eau reste fraîche en plein cagnard. Et l’eau est propre ça va sans dire ! C’est tellement important que les Soudanais y font très attention. C’est l’eau du Nil bien entendu, mais les Soudanais la boivent telle qu’elle.  Ces jarres  sont à elles seules l’allégorie du pays, expression de la délicatesse et de la sagesse Soudanaise.
Parfois, elles sont seules au bord de la route au milieu de 200 km de rien. Elles nous attendent. Elles restent un mystère pour nous. Toujours pleines, on n’a jamais vu une personne les remplir. Quelle classe !


Les ombres s’étirent au fur et à mesure que le soleil poursuit sa course dans le ciel.
La vie s’accroche où elle peut. De maigres troupeaux de maigres chameaux broutent les quelques touffes qui survivent au vent et à la sécheresse. Paysage uniforme rythmé par quelques maisons de terre qui abritent les familles qui ont décidé de venir habiter ici.


Sous le soleil rude et cru, impossible de trouver de l’ombre. Les arbres maigres n’ont pas de feuilles, nous improvisons donc une tente de fortune, suffisamment large pour faire une sieste dessous.
Quand on se remet en selle après une pause, le cuir de nos selles brûle, on doit s’y prendre à plusieurs reprises pour ne pas se brûler.

Ces arbustes, vivant uniquement des quelques gouttes qui tombent par an. En bas de la pente ils recueillent l’eau qui ruisselle chaque année au même endroit. Ils sont là, assoiffés mais patients.



Anéantis par le souffle du vent, nous tombons dans une profonde léthargie à l’ombre d’une ruine de terre.
Nous apprendrons qu’il y a cinq ans, il a plu. Et que pleins de maisons ont étés détruites.



Rien pour accrocher le regard, nous pourrions être partout. Dans le désert Adrar de Mauritanie, dans les plateaux d’Irak, dans l’Air du Niger. Nous traversons le désert de Bayuda…
Une beauté sèche et pure, franche et impitoyable.
Nous collons à la selle, nous buvons de l’eau chaude au goût du plastique.


Nos pauses se font dans les haltes à camions. Nous avons l’habitude et nous appréhendons généralement ces endroits, où le regard des gens est aussi dur que le destin qui les a cloués là. Mais nous sommes au Soudan, et nous sommes accueillis comme des frères.



Quand on vous dit que l’hospitalité est ici une tradition ancestrale, jugez plutôt.
Dans tous les « arrêts » de routiers comme celui ci que nous avons fait et qui parsèment le désert, il y a des banquettes disponibles. Alors qu’un hôtel, même miteux et pas cher, serait un business juteux, ici les gens dorment gratuitement de la manière la plus naturelle qui soit. Les lits de cordes sont empilés dans un coin, tu vas t’en chercher un, tu trouves un coin tranquille et tu t’allonges. C’est gratuit, c’est là, pour tout le monde. Le voyage et l’accueil ici soutiennent des valeurs fortes. Entre nomades, on se comprend.



Il y a comme un petit air de méditerranée…
Lors d’un voyage sans véhicule motorisé, nous avons tout de même besoin de carburant : la nourriture. C’est grâce à elle que notre corps assurera ses fonctions, luttera contre les éléments, puisera l’énergie pour nous faire avancer, nous et les affaires que nous transportons. Dans ces conditions, il est clair que les besoins sont bien plus importants que lorsqu’on mène une vie sédentaire. Nous essayons donc d’identifier les aliments qui sont bien appropriés: légers et caloriques.
Des fois, on se plante, on se laisse aller, on oublie. Jus de fruits, sucre, gâteaux, crêpes, confiture et dattes, ça ne nourrit pas son homme. Deux jours de sucre rapide, et on est mort… On est à plat, les jambes n’avancent plus. Alors on se fait des pâtes le soir, et du porridge aux céréales le matin (merci Stuart).


Une célèbre contrepèterie arabe qui parle de dattes :
هم غ ش مث ؤاخهء يشىس مش يشفثز




JEBEL BARKAL, antre du dieu Amon.


Non mais regardez-nous ces têtes de débiles. Encore une fois nous avons abattu du bitume pour que Stuart puisse regarder des mecs en short courir avec une balle sous le bras. Ceci-dit, les mecs en short sont sans doute moins crétins que les mecs en slip de sky rouge qui font semblant de se mettre sur la gueule devant une foule en délire. Les Soudanais raffolent du catch, et toutes les télés du pays diffusent quotidiennement ce programme américain fascinant. Et encore une fois, nous devons nous expliquer devant ceux qui se tournent vers nous en désignant les tas de muscles à l’écran (« Is it true ? »).

Nous sommes arrivés à Karima. Notre première grande ville du désert. Une fois n’est pas coutume, nous nous refugions dans une chambre d’hôtel à deux dollars la nuit. Nous ne cherchons ni le confort, ni la sécurité… mais le calme, et le savon. Beaucoup de rencontres ces derniers jours, on veut un peu d’intimité.


Jebel Barkal signifie « montagne sacrée » en arabe. Le bloc dégage une aura impressionnante qui n’a pas laissé insensible les anciens croyants égyptiens, qui y ont logé le Dieu Amon. C’est notre première rencontre avec lui, nous le retrouverons dans tous les temples et autres tombeaux en Egypte. C’est naturellement qu’on trouve en bas de ce monstre minéral le temple de Mut.










La lune est toujours inclinée. Lorsqu’elle sera droite, nous serons presque chez nous.


Ils nous ont doublé deux jours avant. Ces hommes sont des chercheurs d’or. Plein d’humour, ils comparent leur matériel au nôtre. Comment tu fais pour l’eau ? Tu as un gros tapis sur ta voiture ! Regarde, moi j’ai aussi une bâche. Ça c’est pour ta tente ? Regarde, on a des duvets…


Dès que l’on sort l’appareil, les visages souriants deviennent figés et raides comme des planches ethnographiques du 19ème siècle.


Et ces jarres d’eau fraîche, partout, tout le temps, qui attendent le voyageur.


Le vélo a besoin que notre tête ait du grain à moudre pour avancer. La réflexion, la cogitation sur la selle est un carburant nécessaire. L’adrénaline et les endorphines doivent y être pour quelque chose.
Le vélo colle aux paysages, à l’asphalte, à la carte.
Il est lent. Il n’autorise ni survol, ni discontinuité.
Le voyage à bicyclette déconstruit notre rapport au monde, nous entraîne dans un diagramme de rencontres éphémères, de bribes de paysages, de cultures, d’Histoire et d’histoires.
Aussi enrichissant soit-il, une telle expérience a son danger, celui d’être défait, las et perdu.
On aime cette sensation d’être perdu dans le paysage. C’est peut-être comme cela qu’il faut y aller pour habiter le monde : désorienté et ouvert à tous vents.
Ici on se nourrit de grands espaces calmes, de paysages où le regard peut porter loin, de vent dans la figure, de nez rougi par le froid (je déconne),  une certaine odeur de liberté…
En même temps, le fil lent de ces moments esquisse un défi singulier éminemment actuel. Cette expérience est une possibilité extraordinaire d’apprendre à circuler sur un corps de la terre fragmentée et de s’inventer une manière d’être qui permette d’y naviguer.
Je pressens que la recherche de cette manière d’être est la joie la plus intime de notre voyage.
Le désir coule toujours dans un paysage. Il emprunte des canaux qui rassurent, tels les longs couloirs de la forêt tropicale, ou s’ouvre à l’infini sur des étendues désertiques.
J’aime les paysages qui troublent au point de sentir que là se fait la vie. Ces paysages m’entraînent dans des turbulences qui semblent s’enclencher selon des conditions analogues.
Si vous êtes arrivés à lire ce paragraphe, et à y comprendre quelque chose, vous êtes très fortsJ.

EN TERRE NUBIENNE, Perles d’or dans le collier de nos rencontres.

D’allégeance chrétienne orthodoxe avec l’Éthiopie durant l’époque Romaine, puis musulmane et Anglaise, la Nubie fut séparée en deux parties, l’une appartenant à l’Égypte, l’autre au Soudan. Une certaine animosité des Nubiens Soudanais perdure vis-à-vis des Égyptiens, car à la suite de la construction de barrage Nasser, ce sont 100 000 habitants qui furent chassés de leurs terres, englouties  par les eaux.
Voilà pour le contexte



A chaque fois on ne peut s’empêcher de penser à Djamel Debouze sur son âne dans le film Astérix.



Nous sommes prévenus, en Nubie il faut venir armés. Nous avons l’habitude de partager notre nourriture pour ne pas dépendre uniquement de nos hôtes. Mais ici, pour un sac de dattes que nous apportons, on se voit offrir deux kilos. Les voisins défilent pour nous saluer et nous apporter de la nourriture. Nous recevons trop, ça sera pour la famille du lendemain et ainsi de suite.



Les déserts ne sont que des lieux de passage.  On fuit la ville et les hommes, et on se retrouve toujours entre hommes.


Le Nil est à quelques centaines de mètres, invisible derrière les arbres.
La palmeraie n’est pas une Oasis. Entre le Nil et les habitations, c’est le fog, espace indéfinissable entre désert et rivière, propice aux plantations. L’espace vital est maigre, alors hors de question d’habiter au bord de l’eau, espace réservé aux plantations. Les maisons gagnent alors en taille, avec jardins, annexes, cuisines en plein air. Il fait bon vivre au bord du Nil. La palmeraie se déploie sur 2 000 km de long et remonte jusqu’à Alexandrie. Le Nil  permet  à une grande partie de la population vivant le long de ses rives, d’y subsister dans des régions inhospitalières du Sahara. Si vous voulez plus d’infos sur le Nil, wikipedia est très complet… ;)



Nous avons de nouveaux compagnons de voyage en approchant du Nil : à la tombée de la nuit, des milliers de moucherons viennent butiner nos têtes. C’est juste complètement insupportable.  La nuit, les moustiques prennent le relais. Alors on met des « moustiquaire de tête ». Ici aussi ils en portent, mais personne n’a accepté que nous fassions un cliché avec ce beau couvre chef.


Pas de fenêtre, car depuis la cour on voit que les pièces sont souvent sans toit, et donnent par de larges ouvertures sur la cour. Experts en architecture, cette phrase est pour vous.

En fait on veut dire que les pièces de la maison sont souvent ouvertes sur la cour intérieure, comme un patio.
C’est aéré quoi.


Chaque porte dit « bonjour, entre donc! »
Les murs sont en terre crue, crépie et lisse, peinte à la main, portail de couleur vives agrémentées de formes géométriques, jaunes, bleues, blanches, vertes, rouges… des couleurs douces et joyeuses…


Ce soir, nous sommes chez Chazel.
Nous pénétrons pour la première fois dans ces maisons nubiennes, temple de l’hospitalité, écrin de familles généreuses.
L’intérieur est spacieux, frais et aéré, tout en arcades, porches, pièces ouvertes, terre et verdure.
Quand aux toits, ils sont faits uniquement de roseaux. Il ne pleut pour ainsi dire jamais ici. La dernière remonte à 5 ans.
Le thé est prêt avant même notre arrivée et on nous apporte des dattes par poignées.
Hélas, le liquide est marron opaque. On se rassure avec Stuart en se disant que l’eau est bouillie et que nous ne risquons rien à y tremper les lèvres. Surprise, le jus est exquis. Le mélange de sucre, lait et épice est sublime. Nous nous détendons à chaque gorgée. On nous a même offert des lits pour dormir à la belle étoile… Tous les plaisirs réunis.
Nous savourons notre chance de se trouver ici, loin de l’agitation du monde.
Victimes du chant des sirènes, nous resterions là pour l’éternité.
Quel contraste avec l’ancien sud du pays…


Nous sommes le plus souvent pris en charge par les hommes. Ceux-ci nous saluent, nous font asseoir pour discuter tranquillement. Un petit aller-retour discret à la cuisine pour donner quelques consignes, et un thé arrive, suivi de petits gâteaux…  Nous sommes aux petits oignons.
Et parfois, pour notre plus grand plaisir, les femmes montrent le bout de leur nez ! Attirées par l’événement, elles réclament le droit de rencontrer le visiteur !  Et on les comprend ! Combien de fois nous repartons sans avoir eu l’occasion de remercier correctement celle qui a préparé le thé ou le repas, rempli le seau d’eau ?
Cette fois-ci, alors qu’elles essayaient de nous épier près de la pièce où nous étions, elles tombent sur Jérémie qui revenait des chiottes sans se douter de rien. Rires, rapides présentations, timidité, un homme de la maison arrive vite pour remettre de l’ordre dans tout ça et organiser les présentations de manière plus officielle. Lorsqu’elles découvrent Claire, c’est l’euphorie.  Regards dérobés, rires sous cape, contact discret de la main. Puis elles se lâchent, la font asseoir sur une chaise et se pressent devant elle en gloussant de plaisir. Souvent, c’est la plus jeune qui se lance sur un « what’s your name ? » rempli d’étoiles, puis ça défile  » Sudan good ? », »how old are you ? », « why no baby ? », la maman reste souvent en arrière et les hommes, amusés, regardent la scène de loin.
Mais il suffit d’un bâillement mal réprimé pour que – branlebas de combat ! – « Elle est fatiguée ! » « Ils sont fatigués, il faut les laisser ! » et hop ! Tout ce petit monde s’envole en un rien de temps, nous laissant seuls dans la pièce.




Saba réprime son sourire ! Elles le cachent parfois sous leur voile, pas envie de montrer les dents… Grand mère sensible, bienveillante, drôle et enjouée. Le visage du Soudan que nous voulons garder.


Le Nil est ici très lent, comme fatigué par sa traversée du « Sudd ».


Depuis 2 jours, c’en est fini du goudron plat et chaud. Nous sinuons dans les palmeraies, ou dans les « raccourcis » à travers le désert, espérant échapper pour quelque temps au vent qui nous souffle toujours aussi furieusement au visage.

Dans cette remontée du désert soudanais, nous n’avons d’autre souci que d’avancer, d’aller à la rencontre des Soudanais que nous ne connaissons absolument pas. À une époque cela nous aurait angoissé, mais là, aujourd’hui, ça nous rassure et nous motive. Remettre sa nuit dans les mains d’inconnus. Nous avons développé une forte admiration pour ces hommes qui luttent contre l’adversité.
Le bassin fertile est derrière nous, le Nil serpente entre les massifs impropres à la culture, les villages se font plus rares dans ce milieu hostile.







Nous sommes au niveau de la troisième cataracte du Nil, un resserrement du lit de la rivière où affleurent des rochers. « Une des plus belle vue d’Afrique » nous a-t-on dit. Au soleil couchant, ils ne se sont pas trompés.

Nubie, passerelle entre l’Afrique et l’Arabie.
C’est incroyable que ce lieu de passage depuis des millénaires ait gardé autant d’identité et de caractère. Tantôt vassale, tantôt indépendante, la Nubie accueille, partage, voit passer du monde… mais reste la même depuis des siècles et des siècles.
Trop loin pour être totalement soumise, trop isolée pour être exploitée. Elle en a vue passer de l’or et de l’ivoire, des caravanes d’épices et des chameaux ! Lions et girafes transitaient ici pour alimenter les cirques de Rome ou de Thèbes. Esclaves ou main d’œuvre de guerre, jamais elle ne s’est rendue.
De combien de tragédies ce désert a-t-il été témoin? Les civilisations sont faites de victoires et de défaites.


Les villages sont repérables de très loin ! Le minaret fait office de clocher. Ou de fusée peut être. En tout cas celui-ci est plutôt discret mais il en est certain peints dans d’étonnantes couleurs flashy  turquoise et rose. (Et on n’a encore rien vu, mais il faudra attendre l’Égypte pour avoir en plus l’éclairage au néon en couleur). Modernité modernité !


Une dame brosse avec soin l’esplanade de terre devant sa maison. Un vieillard se repose à l’abri du soleil dans la maisonnette où les jarres d’eau fraîche attendent le voyageur, les enfants, curieux, viennent balbutier quelques mots d’anglais.









Enivrés par l’hospitalité des Soudanais, nous ne voulons plus prendre le bitume qui nous éloigne des villages. Le prix à payer est la difficulté des vieilles voies qui étaient empruntées avant que l’asphalte chinois ne fasse son apparition.
Chaque virage dévoile un nouveau tronçon ascendant. Chaque caillou est une épreuve de force, chaque gravier fait déraper les pneus. Le moral prend le relais sur le physique. Il n’est pas question de s’arrêter, le soir approche, on  ignore à combien de kilomètres est le prochain village. Sûrement 18. Et surtout, nous ne sommes pas sûrs à 100 % que notre route y mène !!
C’est là que l’adage est de bon aloi: « Plus tu pédales moins vite, moins tu vas plus vite. »


La chaleur grimpe, on ne profite plus du désert qu’on aime tant. Arrêt fromage en bord de route. Courte pause sans ombre au milieu du soleil, puis rouler doucement jusqu’au soir.


Puis arrive le moment de soulagement où le soleil tombé de son zénith vient butter contre une dune. Celle-ci me tend son plateau d’ombre comme un cadeau posé sur le sable. Je me laisse glisser sur les grains soyeux encore chauds mais ombragés. Je m’apaise, je respire.
Le silence.
La présence des hommes n’est trahie que par de petits feux, constellations horizontales.




Dans chaque village, on sème des amis. Ici, en plein désert, Talam, chamelier de père en fils.
Rencontrer ces personnes nous réconcilie avec le monde.
S’en suit un petit tour au marché, une petite leçon de façonnage de briques de terre, et direction les palmeraies le long du Nil !





A la lisière des palmeraies, de village en village, nous plongeons dans une autre dimension du temps, fait de calme et de sérénité, où la vie rurale s’écoule avec simplicité.




Depuis le bord de la route, nous voyons une ribambelle d’ouvriers qui cherchent de l’or, dans la montagne retournée par les travaux de la route.
Ici la main d’œuvre est si peu chère que nul ne songe à acheter une machine. Sandales et vêtements maintes fois recousus, ces hommes ont des allures de vieillards. A notre vue ils gesticulent crient et nous appellent pour boire le thé avec eux. Nous sommes en descente, le vent miraculeusement dans le dos, le temps de se concerter nous trois et nous sommes déjà trop loin. On se dit qu’on s’arrête à la prochaine, il n’y aura pas de prochaine.
Dommage. Nous aurions voulu en savoir plus sur ces hommes qui luttent contre l’adversité.


Une petite pépite, qui sera pesée à Khartoum et vendue aux étrangers.


Pause-midi sous l’abri bus. Nous n’en pouvons plus. Cette journée doit sans doute être la plus venteuse de toute notre remontée soudanaise. Nous avons retrouve le bitume, et le vent qui va avec, on fait du 7km/h.


Si vous lisez 18 000 km sur ce panneau, alors…. c’est que c’est écrit « IBOOD sur le compteur du vélo. Curieuse coïncidence n’est-ce pas ??



Un soir de plus où le miracle de l’hospitalité Soudanaise se reproduit, chez Faysal et sa famille. C’est comme si on nous attendait. C’est cyclique, éternel, à chaque coucher de soleil, soir après soir. Nous pénétrons ainsi dans la vie de ces familles de 3 ou 4 personnes, parfois des voisins sont conviés. Hommes, femmes, enfants.
Jamais nous n’avons été aussi bien traités. Et pourtant, des pays hospitaliers on en a traversé !
Nous sommes particulièrement surpris et contents de manger « en famille » ce soir-là. Tout le monde est convié à la même table ce que nous avons rarement vu en pays musulman. On discute tout simplement, on complimente la photo de la fille qui étudie à Khartoum et on respecte l’émotion de la maman à qui elle manque (on en connait, nous aussi, des mamans comme ca… ;) .
La veille, au moment de nous coucher, la maman nous demande tout naturellement : « Combien de nuits restez-vous ? ». Ce n’est pas la première fois que les femmes, auxquelles les maris ne prennent visiblement pas la peine de fournir la moindre explication sur notre présence, nous posent la question en fin de soirée. Ça nous laisse pantois à chaque fois. Elles nous saluent, nous accueillent, nous parlent, nous font le thé, nous offrent le repas, leur salle de bain, et seulement au moment du coucher, elles nous demandent comme le dernier des détails insignifiant : « au fait, combien de nuits restez-vous ? »
Chaque rencontre est un apprentissage.


Nous nous quittons de la manière la plus simple qui soit. Parce qu’ils étaient là, parce que nous passions par là.





A bonne distance de la route pour ne pas être repérés, abrités par une dune, nous établissons le campement. C’est qu’il a grimpé, le Jérémie pour prendre cette photo !!
Dans le désert le silence est étourdissant (une fois que le vent a fermé sa gueule). Pas un bruit, pas un craquement, pas un froissement d’air. Rien. Nous dînons sous la voute étoilée. Encore dépourvue de queue, semble nous apparaitre la Grande Ours, qui vient nous saluer après un si long voyage.


Il fait froid, emmitouflés dans toutes les couches de vêtements possibles, nous partons dès les premiers rayons du soleil qui nous réchaufferont petit à petit.
Au bout de 5 jours depuis la dernière pause, notre vitalité est déjà ébranlée. Le mental prend le dessus et chaque soir on savoure notre victoire d’avoir accompli le nombre de kilomètres prévus.


La fin du désert fut mentale. 90 km à abattre chaque jour pour ne pas rater le bateau hebdomadaire qui nous emmènera a Whadi Halfa. De la ligne droite, du vent, l’horizon qui se fond dans le ciel, des montagnes dont la route qui, au loin, semble s’envoler dans  les nuages. Et bien sur le noir du macadam, notre fil d’Ariane, la liaison entre le passé, le présent et le futur…
Il y a 6 ans, cette piste était en sable. 144 Km décrit par les cyclistes qui font Caire/Cap Town comme la plus redoutable de leurs 18 000 Km en Afrique. Marie-Hélène et Yannick, on pense à vous, passés ici en 2006 !


Les rugbymen comme notre ami Stuart, ça aime la boisson à base de céréale.
Pour expliquer notre voyage, nous on a toujours notre petite carte de l’Afrique déchirée et scotchée, et les photos de nos familles dans un petit carnet. Stuart, lui, sort son ordinateur portable, le connecte à Internet avec son truc-satellite, et montre son voyage en une vidéo avec pleins de logos de sponsors. Les hippies et le prof d’économie débarquent. On ne préfère pas vous dire ce que les Africain préfèrent, ça nous démoralise.


Il est des jours où tous les éléments semblent contre vous, où la route n’est pas belle, où vous vous demandez ce que vous faites là, où votre seul réconfort serait un pot de Nutella. Enfin bref, où tout vous parait fade. Et puis… et puis, « Fadalh! »
Ce mot, nous l’avons entendu un tas de fois. C’est le plus beau des « bienvenue »,  une invitation à être bien, ici derrière le mur en toile de la salle de prière de ce bouiboui improbable au milieu du désert.

Ces rencontres Soudanaises nous ont remplis et vidés en même temps. La rencontre perpétuelle a besoin d’être ponctuée de pauses pour être d’autant plus appréciée. Jamais deux nuits au même endroit, nous essayons de prendre nos marques ailleurs.
Une fois le zip de la tente fermée nous sommes chez nous. On recrée dans notre « maison » une ambiance intime et sécurisante. Odeur, rituel de la lecture, tartine de Nutella, gâteau… dans cette chambre mobile, où qu’elle soit.
Le marchand de sable passe sur nous, dans un duvet qui tient plus de la chaussette géante que du drap de grand-mère. Ce n’est pas des plus agréable. Quoique…


Ça c’était au Kenya.


Ça aussi.


Celui la en Ouganda.


Ça aussi.


Ça à Juba au Soudan du Sud.

Et enfin au Soudan du Nord. Inspirant pays, merci.



































WHADI HALFA, la fin du contrat.


ça, c’est fait.


Nous voici donc à Whadi Halfa, cette ville qui sonnait comme une promesse à nos oreilles fatiguées. Fin du Soudan, l’Egypte nous attend juste derrière le lac.
D’emblée dans Whadi, nous comprenons que tous les « blancs » qui traînent en ville sont là pour la même chose que nous. Il n’y a rien à faire dans la poussiéreuse Whadi Halfa, seulement attendre le ferry. Heureusement, les commerçants sont charmants, les petits restos et hôtels miteux abondent et le thé coule à flot avec des tombereaux de sucre. Le ferry qui part tous les mercredis et on est mardi ça tombe bien, (rooohoho et si on vous dit qu’on l’a fait exprès vous nous croyez ???). A ce sujet nous devons un merci immmmmmense à Michèle et Pauline qui ont dépiauté des pages de site web et des blogs de voyageurs pour nous donner des informations fiables au sujet de ce gros tas de rouille heu… de ce magnifique navire. Ça nous l’aurait foutu mauvaise d’arriver ici en ayant loupé le ferry d’un jour ! Une semaine à ne rien faire à Whadi Halfa… rien que d’y penser brrrrr….

Ça fait pourtant plus d’un an que nous enchaînons ce genre de situations où faut acheter un ticket en avance, prendre place parmi une tonne de monde, remplir un formulaire à l’arrache, ne pas lâcher son vélo de l’œil, ni son passeport du poing, crier pour se faire entendre, même à un flic… on ne s’y fait toujours pas. Le bordel de l’organisation à l’africaine remonte jusqu’ici, oui, le Soudan et l’Egypte font bien parti de l’Afrique !!!

A peine arrivés près du hall d’embarquement, quelques curieux attirés par les vélos nous abordent, nous saluent puis parlent d’argent pour les vélos. Evidemment, le prix du ticket n’est pas le même que celui annoncé au guichet en ville (mais ça on commence à avoir l’habitude) et un des gars essaie de faire avaler à Stuart que son tandem comptera pour deux vélos. On n’a pas mis un pied dans le hall qu’on  gueule déjà (pour gagner trois sous de merde en plus, on passe vraiment pour des gros radins), et la pression monte quand on se met à remplir des formulaires de sortie du territoire sans savoir si le ferry est déjà arrivé, ni à quelle heure il part. Impossible de savoir si les gens qui nous accostent sont des policiers, des agents de la compagnie, des curieux, mais ce qui est sûr c’est que pas un n’est capable de répondre à ces deux questions simples :
- Ou est le ferry ?
- A quelle heure il part ?


Une hausse sensible de l’excitation ambiante, et nous nous décidons à avancer vers ce que nous avons fini par identifier comme étant une probable sortie, occupée par les douanes. « On » (un policier ? un douanier ? un pressé ?) nous fait comprendre qu’il vaut mieux qu’on attende que le pugilat se termine avant de nous y engager. Le bordel sans nom qui se passe devant nous finit de nous convaincre de patienter derrière avec un sandwich. A la seconde tentative (l’heure tourne tout de même), nous faisons fi des ordres du monsieur (un gros con finalement), et nous avançons en poussant nos vélos au milieu d’une formidable compression de chair humaine. Au bout : le comptoir des douaniers, barrage sensé endiguer la masse hurlante, et un minuscule orifice de lumière, la sortie ! Comment tant d’excitation pour une chose aussi simple que d’avancer le long d’un comptoir ? Alors que nous nous excusons à chaque pied écrasé malencontreusement, la technique soudanaise consiste à courir en vociférant vers la mêlée et à jeter sa valise en direction du comptoir avant de se crasher dans le voisin.

Une fois dehors, essoufflés par tant de lutte acharnée à coup de pieds, de bras, de mains, de poussages et de croche pattes,  nous découvrons que sont des navettes qui emmènent les futurs passagers vers le ponton, un bon kilomètre plus loin. Un rapide check de nos affaires et nous enfourchons nos vélos,  traçons dans le sable pour échapper à tous ces gens complètement dingues et rejoindre le bateau par nos propres moyens.
Cette fois ci, on nous la fait plus. Aux premiers gars qui nous guident vers le moteur du bateau et le coin à poubelles en nous disant: « mettez-vous là, vous serez bien », on répond poliment, puis hop ! Vélos sur le dos, escaliers, relais de bagages, nous montons tout notre barda sur le pont, au dernier étage, et nous dressons la tente sous les yeux incrédules des agents qui n’ont pas le temps de nous arrêter. Organisation et efficacité maximale après un an et demi de voyage, en deux minutes la tente est montée, les vélos couverts, le pique nique sorti, on a même eu le temps de mettre nos tongues. C’est la revanche des pieds écrasés, nous nous offrons la meilleure place sur le bateau !


Tout ça vous a fatigué ? Nous aussi ! Et ce n’est pas fini, mais pour savoir ce qui va nous arriver au débarquement et sur les rives du Nil Egyptien, ne ratez pas le prochain épisode de “Jeremix et Clairopatre en …. EGYPTE”

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