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(Écrit le 13 avril au Caire – Égypte)

Sabahh el Kheir ! (« Bonjour « en Égyptien, alternative au Salam Aleikoum dénué de connotation religieuse)

Logés, reposés, lavés, connectés… nous voici… en Égypte.
Enfin… en France depuis le 26 mai, mais en Égypte au moment ou s’écrivent ces lignes. Bin voui, on est encore à la bourre sur la mise en ligne de notre site. C’est pour faire durer le plaisir et croire que nous y sommes encore !

Voilà plusieurs mois que nous fantasmions sur ce pays mythique qui a marqué notre imaginaire collectif, et qui n’était, avant notre décision de remonter jusqu’au nord de l’Afrique, qu’une tache de couleur orange sur le planisphère punaisée au-dessus du bureau…
Et voila qu’maintenant on roule dessus, dis-donc !

« L’Égypte est un don du Nil » clamait Aristote.
Le Nil… Longue oasis déroulant sa ligne de vie entre deux déserts, deux grands déserts eux-mêmes ponctués d’oasis, au loin.
A l’image de cette juxtaposition de deux contraires, nous avons vécu cette traversée du pays dans une perpétuelle alternance de contrastes.
De l’accueil des révolutionnaires heureux de nous montrer leur pays sous un jour de liberté, nous encaissons le regard dur de quelques femmes drapées de croyances et de traditions.
Des pyramides et temples quinta-millénaires, nous débouchons dans un centre commercial ultra moderne.
Au sortir de trois semaines de désert calme et intemporel, le Caire nous avale dans un balai frénétique d’engins roulant et de pollution épaisse.
Vous l’aurez compris, l’Égypte nous a fascinés autant qu’effrayés.

Et c’est tant mieux !
L’expérience en est sans cesse renouvelée. Nous avançons au rythme des surprises que nous réservent les méandres de ce voyage. Enchantés par la polyphonie du monde, comme des aimants, notre attirance pour voir ce qui se cache derrière l’horizon qui nous appelle ne tarit pas.
Ivresse du voyageur, comme des inverseurs, n’en sommes nous pas désaxés ? (bon ça c’est une phrase réservée aux physiciens, il est question de bobines et de champ).

En cette période électorale que nous vivons par procuration, nous réalisons à quel point nous avons véritablement tourné le dos à nos habitudes et problèmes franco-français.
Il est donc temps de reprendre le chemin du nid.
Et il faut croire que l’on a hâte tant nous avons pulvérisé de records durant ce mois en Égypte !
Vitesse, kilomètres, moyenne, tout a été pulvérisé, le compteur a sauté !
Notre 20 000ieme kilomètre a été franchi le premier avril (sans blague), nous avons pédalé 155 km en un jour, puis 145 km quelques jours après.
Dans le désert, 1 400 km ont étés abattus en 21 jours (dont seulement 16 en pédalant) soit une moyenne de presque 100 km/jour !
Et sur toute l’Egypte nous avons maintenu un rythme de 89,4 Km par jour pédalé.
Sans EPO madame la marquise !

Venez donc vous baigner en notre compagnie dans la mer de sable et dans le Nil, artère d’une des plus grandes civilisations de l’Histoire de l’Homme.

Installez vous confortablement sur notre porte bagage, entre le karkadé et les gâteaux au miel… pour un nouvel épisode de “Jérémie et Claire vous montrent comment c’est super l’Afrique” (faut pas dire ça devant les Égyptiens, faites gaffe, c’est pas des Africains)

Merci divinement à Fred, Lili et David qui mettent en ligne nos articles.
Pour savoir où nous sommes, la carte d’ »Hubert Earth » est là : http://voyage.jeremiebt.com/carte.htm

Quand à nous, comme un grand week-end qui s’allonge encore de quelques heures, nous prenons la route du Sinaï qui nous emmènera en Israël.
Mais ceci… est une autre histoire.

Bon baisers du Caire, de profil, ça va de soi.
JEREMIX et CLAIROPATRE : mission Oasis !

PS 1: Si vous ne voulez plus recevoir d’e-mails, écrivez nous. « Tu m’enivres » vaut mieux que « Tu m’énerves ;)

PS 2: Pensez aussi à nous donner des nouvelles de vous… et n’oubliez pas que sur les pages vous pouvez laisser tout en bas des commentaires que nous lirons goulûment !

PS 3: Si le temps entre deux reportages vous semble décidément trop long, des nouvelles fraîches sont régulièrement postées en première page de notre site.

PS 4: Ça y est, on a un éditeur ;) Sortie espérée mi-octobre…. Si on bosse bien.

PS 5: Merci aux personnes qui nous ont donnés une douche dans les oasis, à la merveilleuse Ali Family de Louxor, à Nagui et sa « pension de la joie » au Caire, et à tous ceux qui mettent de l’eau dans les jarres au bord de la route.

PS 6: Merci madame B et Michèle pour la relecture :)

PS 7: Voila 2 semaines que nous n’avons pas changé l’ordre des sacoches, un record.

PS 8: Kikadikoi?
- C’est à jeter ça ?
- Non c’est mon slip.
- ‘tain, j’ai cru que c’était le chiffon du vélo.

PS 9: Chose suffisamment rare pour le mentionner, les commerçants et les policiers Égyptiens nous surprennent. On leur attribue sans hésiter la palme spéciale « Claire et Jérémie », sourires et bonnes attentions, accueil chaleureux, ils nous prennent même en stop…

PS 10 : Au moment où nous écrivons ces lignes, le Mali est en guerre, les conflits entre Sud et Nord Soudan reprennent de plus belle.
Nous aurions vu ces événements avec détachement il y a deux ans, soupirant avec compassion : « Il y a tellement de guerres en Afrique », ou plaisantant sur un ton cynique :  » une de plus ou une de moins… ’sont plus à ça près ^^ ! ».
Comme si pour ces peuples, qui ne connaîtraient pas la même réalité que nous, la guerre était une fatalité, un élément constitutif indissociable de leur histoire. Mis émotionnellement hors d’atteinte grâce à l’écran de la télévision, nous voyons une fiction qui ne nous fait frémir que le temps d’un reportage.
Maintenant, nous nous sentons solidaires de ces voisins, de nos amis là-bas qui doivent se taper la guerre en vrai, et on espère que les conflits trouveront une solution pacifique.


Chers lecteurs. Tout d’abord on vous invite à vous mettre un peu dans l’ambiance en cliquant sur les petits « play » ci-dessous. Il s’agit d’enregistrements glanés le long de nos rencontres au Kenya :

Cérémonie du « zar », sous forme de concert : c’est une tradition, menée principalement par les femmes. Il s’agit de faire sortir « les démons » du corps, les fameux « zar ». Pour cela, on joue, chante et danse jusqu’à entrer dans une sorte de transe, la musique s’accélère brusquement vers la fin, et le zar peut sortir du corps de la chanteuse/danseuse. L’islam n’aime pas trop ca (c’est une tradition populaire).

Petite rue des tapissiers, dans la partie islamique du Caire. Il fait nuit, les hommes boivent du karkade, jouent aux cartes et aux dominos, fument la chicha.

Si vous voulez entendre le son du vent dans le désert ;)
Au trois quart on l’entend pas mal mais ca souffle un peu aussi dans le micro…

Au deux tiers, on l’entend pas mal, mais faut quand même faire super silence (pourtant il soufflait fort !!)

Notre traversé de l’Égypte en chiffres :

Du 7 mars au 26 avril 2012
2 235 km (20 890 depuis le départ)
50 jours dont 25 en pédalant
Une moyenne de 89,4 km par jour pédalé, notre record.
L´étape la plus longue fut les 155 Km pour relier un Oasis.


Nous vous avions laissés ici, sur le lac Nasser, entre le Soudan et l’Égypte.

SUR LE LAC NASSER, C’est toute une affaire !

Il n’y avait pas trente six moyens autorisés de nous rendre en Égypte depuis le Soudan.
Il n’y en avait en fait qu’un : le bateau. Celui-ci permet de franchir le désert Batn El Hagar, frontière naturelle entre l’Afrique et le monde arabe (attention, n’essayez pas de faire gober à un égyptien qu’il est africain, quand bien même la situation géographique de son pays ne laisse aucun doute).
Nous voici donc sur le « Sagal Mann » pour la traversée du Lac Nasser, qui durera une nuit et une matinée.
Dans le reportage précédent (Soudan), nous vous décrivons l’agitation à l’embarquement : un bordel dont seul l’Afrique a le secret. Et bien en Égypte s’ajoute à la désorganisation totale une « touche » d’agressivité.

Ayant fui la folie qui régnait dans le hall d’embarquement, nous parvenons au bateau et hissons nos vélos tout en haut, sur le pont, pour nous aménager un coin de bivouac de choix. C’est notre revanche envers tous ces malpolis qui ont joué des coudes et des pieds de manière féroce pour passer devant nous.


En haut à l’abri de la cabine de pilotage, nous « plantons » la tente sous le regard surpris des autres voyageurs. Deux ans de bivouac « tout-terrain », autant dire que nous savons nous organiser : en deux minutes la tente est montée, le repas sorti, les vélos bâchés, les tongues aux pieds ! Ben ouais, il y a de la place, pourquoi se gêner ?
Indélogeables, nous regardons passer par dessus la rambarde des cartons énormes de la taille de machines à laver, un autre vélo, des télés plasma, un « air conditionné », des cageots de tomates… plein de tomates… (pourtant ils en ont plein des tomates en Égypte, va comprendre…)
Les habitués installent des nattes, tapis et des couvertures au milieu de leurs cartons et sacs sur lesquels ils s’endorment. Les chanceux sont à l’ abri du soleil sous les canots de sauvetage. Deux groupes de touristes sympathiques d’environ 10 personnes investissent aussi les lieux. Les pauvres, ils se sont gelés toute la nuit. Le froid est glacial sur le lac la nuit, sans parler du vent. Brouhhhhhhhhhhhhhhh.


C’est toute une ambiance ce ferry !
A l’intérieur, une partie où s’entassent (le mot est faible) les femmes et les enfants, et une autre pour les hommes. Au milieu, une zone de commerce ou les mamas vendent tout et surtout n’importe quoi. Ah oui, il y a des toilettes aussi. Mais là, mieux vaut avoir envie durant les deux premières heures du voyage. Ensuite c’est une torture des sens que de s’y aventurer. Deux pauv’ chiottes qui ne marchent pas pour 200 personnes durant 24 heures. Heureusement que les odeurs de la cuisine/cafétéria qui est à côté couvrent celles des WC…


L’occas’ pour Jerem de fignoler les derniers dessins que vous avez vus, conclure le reportage du Soudan du Nord, et parler Islam. Enfin plutôt « écouter « , car les musulmans aiment missionner à ce sujet. Surtout ceux qui vont vers la Mecque, et surtout ceux qui vont vers la Mecque en s’asseyant sur le même banc que Jérémie.


Bref, cette traversée est un voyage dans le voyage, et donc l’occasion de discuter avec ses voisins sur les circonstances qui nous ont fait nous trouver là.
Un groupe d’ « artistes » venus faire un échange culturel entre Afrique et Europe sont en première classe en cabine. Ils nous ont dit que leur traversée était chiante à mourir dans leur 3m2…
He ouais ! Viendez avec la plèbe mes bons amis ! On se gèle les miches dehors, mais on se réchauffe le cœur !


Sur la rive Ouest, à la tombée de la nuit, apparaît à nous sous forme d’une tache lumineuse, la plus colossale construction du plus extravagant pharaon : Abu Simbel, ordonnée par Ramsès II.

Abu Simbel, ou la démesure.
Abu Simbel, ou les quatre statues colossales du pharaon Ramsès II.
Abu Simbel, ou le cri vers le Soudan: « Ici commence la civilisation ».
Quatre colosses de pierre représentant le pharaon Ramsès II.
Censé adorer Amon-Rê, il fait en réalité l’éloge de…lui-même.
Demain matin, les premiers rayons du soleil seront pour Pharaon.
Entièrement sculpté dans une unique masse rocheuse, véritable défi pour les architectes, il le fut tout autant pour les ingénieurs qui ont dû le sauver des eaux lorsque le niveau du Lac Nasser a monté dans les années 60 à cause de la construction du barrage (censé arrêter le phénomène de crue du Nil).
Deux fois l’an, un rayon de soleil traverse les 60 mètres qui séparent l’entrée du sanctuaire, et vient frapper Amon et Ramsès II.
A l’image de cette construction démesurée, si un mot pouvait nous permettre de qualifier notre expérience Égyptienne, ce serait sans doute le mot « excès ».

LA FOIRE D’EMPOIGNE

Le lendemain, arrive l’Égypte.
Ce lac est réellement une frontière entre deux mondes. On a le sentiment violent de tourner une page.
Comment expliquer ça…
Les zones frontalières sont toujours riches en enseignements. L’animation qu’elles suscitent maintient nos sens en éveil, l’agitation rehausse les contrastes, et nous permet rapidement de prendre le pouls du pays. L’arrivée au Kenya nous avait fait percevoir un pays organisé, légèrement agressif mais efficace. C’était effectivement le cas.
En fait depuis le début de notre voyage, cette première « impression de frontière » ne nous a jamais trompés. Et quand bien même ça frise le jugement hâtif, nous remarquons systématiquement que l’échantillon se révèle représentatif de ce qui nous attend.

Et bien voila le descriptif de notre arrivée en Égypte :

Au poste de douane, Jérémie a envoyé un coup de boule à un gars, et envoyé un deuxième dans une vitre.
Il y a seulement un portillon à passer pour la douane, nous on arrivait tranquillement avec nos vélos, mais les égyptiens, eux, ils courent se jeter dans la mêlée en lançant leurs bagages, ils hurlent en arabe, retiennent des mecs par le col, jouent des coudes, tout le monde gueule et se marche sur les pieds pour passer le portillon. Un con de portillon ! Les flics gueulent aussi, distribuent des taloches, demandent à ouvrir toutes les valises. Claire a réussi à se faufiler sans trop se faire agresser mais Jérémie s’est lâché sur un mec qui commençait à piétiner notre tente pour récupérer sa valise ! Le délire total ! Entre les hurlements du mec de devant qui cherche à lancer sa valise à sa femme qui est déjà de l’autre côté et le débile de derrière qui pousse comme un connard alors que Claire essaie de le bloquer avec sa roue arrière, les flics sont tout de même arrivés à nous faire un franc sourire par-dessus le chaos, suivi d’un « welcome in Egypt ». Complètements dépassés !
On vous dit pas le délire quand Stuart s’est pointé avec son tandem…

Le ton est donné ! Yallah !

D’ASSOUAN À LOUXOR : L’Égypte, un don du Nil…



Série d’immeubles construits sur le même modèle, ça nous rappelle nos banlieues. Égypte urbaine et pauvre, qui, avec sa vue sur le Nil regarde passer la manne touristique du balcon.


Les faciès sont très variés, allant des Nubiens noirs comme de l’encre aux berbères roux aux yeux bleus…


L’impression du passage de douane se confirme.
Les gens perdent un cran dans la pigmentation de la peau, les tenues sont plus « occidentales », la moustache est à la mode.
Pas de doute, nous ne sommes plus au Soudan. Mais ce n’est pas ceci qui nous frappe le plus.
Le sud de l’Égypte est une expérience humaine éprouvante… Mieux vaut être en forme pour s’y aventurer.
Tous les comportements sont excessifs.
Dans la soirée, une famille nous accueillera comme des rois, nous donnant tout, même ce qu’ils n’ont pas (en allant le chercher le voisin), nous remerciant d’être venus chez eux, nous comblant…
Le lendemain, un gosse de douze ans au volant d’un mini-taxi a essayé de nous tuer à coup de « Money ! Money ! », il pilotait son truc comme une auto-tamponneuse, tapant nos sacoches pour nous envoyer dans le bas-côté ! On a réussi à le stopper pour lui mettre la fessée du siècle en pleine rue, le gosse se pissait dessus.
Quel contraste avec le Soudan. Si simple, calme, serein…

Touriste, sors ton flouz !
Dès le premier restaurant, le ton est donné. Le voleur de cuisinier (enfin… sa femme quoi) nous réclame avec un sourire aussi grand que son mensonge : un foul à 20 pound ! Mon pote, du foul ça fait maintenant plus d’un mois qu’on en mange tous les jours, 3 pounds suffiront…
En plus il n’est même pas bon.



Partout, ça fume la chicha, narguilé au tabac parfumé.

Sur la corniche d’Assouan, c’est l’opulence : Énorme bateau de croisière, hôtel de luxe, restaurants trois étoiles (comme celui en photo).

Chaque rencontre est ici une épreuve. Entre les samaritains au bon cœur qui nous invitent prendre le thé à tour de bras, se trouvent (et s’expriment) quelques barbus hostiles à notre présence.
Les enfants sont durs comme l’univers dans lesquels ils sont nés. L’un d’eux, haineux à notre passage nous invective : « Go ! Go ! », puis c’est sa mère qui rapplique « No photo ! No photo ! ». Nous buvons notre gorgée d’eau (la raison de notre arrêt à cet endroit) et traçons. Le gosse monte sur un talus, et la crispation jusqu’au bout des poings il nous lance  » Twin towers ! BOOM ! BOOM « .
Il danse sur place.
Quelle image le monde occidental lui renvoie-t-on pour mériter un tel mépris ?
Ils ne connaissent des étrangers que ce que montre la télévision. La vision des touristes qui défilent sur les bateaux luxueux du Nil n’arrange rien.
Pas de quoi faciliter la compréhension entre ces deux mondes.

La rencontre suivante, c’est un homme qui vient nous remercier chaleureusement de venir dans son pays, et de témoigner de la liberté retrouvée après la révolution de janvier.


Cent mètres plus loin on se prend une volée de cailloux. Ça commençait pourtant bien, tous ces gamins qui courent en riant autour de nos vélos… Mais l’excitation monte, un premier tente un truc idiot, puis ça dégénère en une horde de petits garçons crieurs qui nous poursuit dans le vacarme au travers des ruelles.
Claire en a rapidement marre, nous comprenons vite qu’il est inutile d’attendre un quelconque soutien de la part des adultes : tout le monde regarde, c’est le spectacle ! « Ce ne sont que des enfants ».


« Salam Aleikoum ! » lancent-ils tout sourire. Et aussitôt le dos tourné un ou deux petits monstres ramassent une pierre et nous l’expédient dans le dos. Nous en venons à surveiller les mains des enfants dans le retro. Si l’un d’eux se baisse pour ramasser un truc, ce n’est pas bon pour nous !
Nous comprenons mieux leur comportement en assistant à la manière dont s’interpose l’adulte (car parfois il essaie de jouer son rôle !!!), en leur jetant des pierres pour les chasser ! Et bien voilà ma bonne dame, la boucle est bouclée, chaque génération reproduit le comportement de ses aïeux. C’est ça l’éducation !
Les petits garçons sont rois, alors que les petites filles semblent « vissées » très tôt. Papa fume la chicha, »il est beau mon fils », maman n’a pas son mot à dire. « Elle est belle aussi, ma fille, elle est bien sage ».

Le kilomètre suivant, une nouvelle expérience nous réconcilie avec l’Égypte. On fait une pause dans un petit resto’ pour faire le point de la situation. Nous demandons la note après le repas, et le restaurateur nous dit qu’elle est déjà payée.
Mais par qui ? Par les deux personnes derrière vous, qui viennent de partir !
Cette situation se produit plusieurs fois, les Égyptiens se cotisent à plusieurs pour payer notre repas, et disparaissent avant que nous puissions les remercier !
C’est ça, l’Égypte. Un contraste permanent, une surprise à chaque rencontre.
On vous avait prévenus, c’est fatiguant !
Notre esprit est confus.
Nous sommes surpris par des sentiments de fuite et de dégoût, les premiers de ce voyage.


Problème inédit dans ce voyage : Claire rencontre des difficultés avec la population masculine. Qu’il n’y en ait toujours un pour la lorgner d’un regard pas très flatteur, admettons, on ne refait pas les hommes. Mais tout de même ! À chaque fois que Claire s’installe quelque part, c’est tout les sièges de la pièce qui se tournent progressivement vers elle. Quand elle se déplace derrière une colonne, chacun fait de même pour rétablir la ligne de mire.
Ça la rend un tantinet nerveuse…
Rajoutons à cela quelque tentative plus osées : A l’abordage !! Des petits mecs en mob ralentissent a sa hauteur pour s’enquérir auprès d’elle de sa situation maritale (Claire : « je devrais faire mon arabe et lui dire de s’adresser à mon père s’il veut me parler »), ce sont aussi des petits bisous aériens agrémentés de clin d’œil, ainsi que des tentatives pour essayer de lui toucher le bras, le dos, la main, tout ça sans que Jérémie ne s’en aperçoive (un serrement de main qui dure plus qu’il ne devrait, agrémenté parfois d’un gratouillis dans le creux de la paume, putain !). Souvent de la part d’inconnus, mais parfois aussi de la part de nos hôtes, situation plus délicate à gérer. Que croient-ils ?
Ce sont des comportements évidemment condamnés par la religion musulmane, très stricte sur la question. Claire envisage sérieusement le port du voile. Devenir invisible !!!
Nous lisons que 83% de citoyennes et 98 % d’étrangères affirment s’être fait harceler sexuellement à un moment ou l’autre de leur vie en Égypte, de façon quotidienne.


Bref encore un pays qui n’a pas inventé la courtoisie.
Heureusement, cette ambiance lourde ne dure que 3 jours, jusqu’à Louxor.

Voici une famille qui nous a réconciliés avec l’Égypte après une journée difficile et confuse. Dans un village, à la tombée de la nuit, au milieu d’une horde de jeunes agités, un « leader » veut absolument nous prendre sous sa protection pour la nuit. Une maman sur le bord de la route fait comprendre à Claire que le bonhomme n’est pas clair dans sa tête. La situation commence à nous échapper. Les gens se rassemblent, ça braye, ça s’engueule, ça s’agite autour de nous, pour nous convaincre d’aller chez l’un ou chez l’autre. On n’en mène pas large à ce moment là. Après une vingtaine de minutes, un homme plus calme prend les choses en main, nous fait signe de le suivre. On sent que c’est cet homme précisément qui peut nous sortir du chaos qui s’est créé autour de nous. Notre « sauveur du soir ». Pourquoi lui ? Un sixième sens ou notre expérience des rencontres qui nous convainc, en un regard, qu’on peut lui faire confiance. Ce fameux inconnu qui arrive d’on ne sait où pour sauver le héros dans les films d’action.
Qui sera t-il demain ? Un vieux ? Un jeune ? Un riche ? Un pauvre ? Nous leur devons beaucoup, à ces sauveurs qui nous tendent des embuscades. Ils donnent l’essence de notre voyage.
Il fait déguerpir les enfants et ados en furie, et nous conduit chez lui, dans son petit paradis familial.
Le calme après la tempête. Enfants, frères, femme, père… nous passons une excellente soirée, la tente plantée dans leur jardin.
Ouf, c’était pas gagné.


Où Allez-vous ? D’où venez-vous ?
Vous fumez le haschich ? Et la chicha ?
Ton père a une barbe ? Tu peux manger du piment ?
Tu connais l’islam? Pourquoi tu n’as pas de moteur sur ton vélo ?
Comment sont nos lits ? C’est vrai que les hommes cuisinent chez toi ?

Et du côté des filles, même topo.
Pour ceux qui se posent la question, à juste tire : « comment communiquons-nous ? », et bien sachez que Claire a réussi, sans un mot d’arabe ( ni d’anglais pour les filles), à répondre qu’elle utilise le shampoing Sunsilk, celui qu’elle a acheté au Soudan, à comprendre que la jeune fille qui lui parle s’entraine à la natation, dans le Nil, mais seulement en été, à refuser poliment un hénné, à expliquer qui dort dans quelle tente (il y avait Stuart avec nous, soit deux tente et trois personnes, de quoi susciter quelques questionnements), à comprendre que « Laptop » est le nom dont elles ont baptisé justement Stuart qui vient d’allumer son ordinateur, à remercier du compliment sur les cheveux courts, et à expliquer pourquoi nous ne portons pas d’alliance (elles ont l’œil !).
De quoi tenir une bonne demi-heure de conversation !

Une clé essentielle pour comprendre :
« I love you » signifie « j’aime ». Donc la phrase « Est-ce qu’il est sympa ton copain Stuart ? » se dit :
« I love you Lap-top ? »
Une fois que t’as compris ça t’es paré à tout…


Sa peau est sombre comme de l’encre.
Il a les dents tachées par le thé et le tabac, d’un âge infini, comme la plupart des hommes d’ici qui ont passé la quarantaine.


Vous l’aurez compris, l’Égypte est imprévisible. Tout peut arriver, le pire comme le meilleur, à un rythme intenable. Depuis que nous l’avons quitté, nous réalisons combien nous avons aimé le Soudan. Le niveau sonore en Égypte nous surprend : pourquoi tout le monde gueule pour se parler ?
Pour trouver un logement, nous élaborons une nouvelle technique, celle d’aller au resto quand la nuit tombe.
L’hospitalité étant bien publique (plus il y a de monde pour témoigner, mieux c’est)… on se dit que ça peut marcher !




Kate est Canadienne. On n’a pas trop compris son voyage, ni d’où elle vient ni ou elle va avec son vélo, mais ce qui est sûr c’est qu’elle a eu le vent de dos depuis Alexandrie.
« I fly with my bicycle !!! » nous dit-elle. La connasse …

Le paysage sur la rive-est du Nil est assez moche. Bétonné et camionneux. On enjambe le Nil et on roulera dorénavant sur sa rive Ouest. Bonne idée, c’est bien plus sympa.











Et l’islam… partout, tout le temps. Voici la N’ième tentative de conversion que nous recevons.


Ce soir la, c’est Ahmed qui nous prend sous son aile. Guide professionnel au chômage technique, il maitrise un anglais parfait et nous explique donc pas mal de choses, notamment le comportement des enfants violents à notre égard.
Pour lui, Hosni Moubarak a beaucoup protégé les touristes. Systématiquement, leurs déplacements sont sous escorte policière ou en convoi sécurisé. Les impôts des égyptiens payent énormément de policiers chargés de notre sécurité.
Il n’y a pas de contacts avec la population locale. D’où une incompréhension mutuelle, et cet accueil excité, limite agressif de la part de certains. Il est sûr qu’avec la révolution ceci va changer.

Avec Ahmed, nous parlons de beaucoup de choses sans tabous. Curieux vis-à-vis de notre voyage, nous le sommes tout autant pour sa culture.
Il nous parle du rôle de Facebook dans la « Révolution de Janvier », de la révolte du peuple vis-à-vis des 30 ans de règne de Moubarak qui voulait installer son fils après lui, de la répression des Frères Musulmans par le gouvernement…

Nous pensions devoir retenir nos propos, on parle (presque) sans tabou. Quand on parle de notre surprise de voir des femmes si jeunes mariées, il nous rétorque le chiffre important des divorces dans nos pays. Lorsque l’on émet des réserves sur la démocratie du pays, il nous parle de la mascarade des élections de GW Bush.
Et ainsi de suite, avec le souci de la compréhension mutuelle. L’enjeu n’est pas de savoir qui a tort ou raison, encore moins d’imposer sa vision des choses, mais de voir à travers d’autres yeux une même réalité.

On parle aussi de la victoire des Frères Musulmans au parlement. La montée des extrémismes ne semble pas le déranger.
Il tente, sans nous convaincre, de nous expliquer qu’il n’y a pas d’Islam « modéré » ou « intégriste ». Il y a l’Islam, point.
Pour lui, le Coran ne s’interprète pas, il EST.
Nous sommes très surpris de ses propos, lui aux apparences ouvertes sur l’occident, avec une éducation qui lui permettrait d’être critique vis à vis de ce qui se passe dans son pays…

Nous parlons de choses plus légères aussi. Comme la réputation, peu glorieuse, des touristes Gaulois, dont personne dans son agence ne veut être en charge. Surnommés les « trouble makers », les français sont toujours le nez dans le guide, souvent instruits et passionnés de l’Égypte, et posent des questions dont ils connaissent déjà les réponses, pour tester le guide, toujours à commenter et critiquer … Des français quoi.


Un des hommes propose à Claire le « hammam » (la douche quoi), de manière insistante. C’est un appel du pied pour qu’elle laisse les hommes parler entre eux de sujets sérieux, et qu’elle aille rejoindre les femmes de la maison. Pendant que Jérémie discute donc de choses « sérieuses » dans le salon, Claire rejoint la contre-ambiance de la gente féminine, consignée dans ses quartiers.
Jérémie ni aucun homme d’ailleurs, autre que le frère, ne pénètre dans cette partie de la maison. C’est fermé par une porte munie d’une sonnette.

Claire :
Un autre monde. Je me laisse guider, ne sachant pas trop qui je vais rencontrer, et c’est à une jeune fille que je suis confiée. Elle parle un anglais impeccable, mais elle est un peu tendue de devoir m’entretenir. Le frère lui parle en arabe, je pense qu’il lui demande de me coller à la douche (ça a l’air de lui tenir à cœur), mais une fois qu’il est parti, nous nous mettons à papoter toutes les deux. La maman arrive, s’assoie et me dévisage avec bienveillance comme si j’étais un cadeau tombé du ciel. Elle ne dit rien car elle ne parle pas anglais, et je comprends que c’est une aubaine pour la fille qui en profite pour se confier en traduisant à sa mère une version light.
Car Amina n’a visiblement pas envie d’être une gentille fifille. Des envies de voyage la tourmentent, qu’elle sait déjà complètement irréalisables.
« Chez nous, il y a des choses qu’on ne discute même pas ». Voila c’est dit. J’apprends que les femmes peuvent étudier et se marier avec qui elles veulent (avec consentement de la famille), mais qu’il n’est pas concevable qu’elle reste seule, sans mari sans enfants. Si c’est le cas, les gens « parlent », c’est-à-dire ragotent, viennent voir la famille, attirent le mauvais œil. La pression de l’entourage te force à rester dans la norme. Ne te fais pas remarquer. Reste sage.
Pourtant Amina a un bon travail, un logement, un salaire, elle est complètement autonome.
Je lui fais remarquer que Ahmed, le guide qui nous amenés ici chez ses amis me semble quelqu’un d’ouvert, de moderne, un mari comme lui la laisserait peut être réaliser un peu de ses rêves ? Elle me renvoie gentiment dans mes cordes : « Lui oui, il est moderne. Mais elle est où sa femme, là ? Tu la voie ? Non, elle reste à Louxor avec les enfants. »

Au bout d’une bonne heure de papotage, on se détend un peu, et elle me demande : « Au fait, combien de temps vous restez chez nous ? ». Le coup de massue ! Je réalise que personne, même pas son abruti de frère, n’a pris deux minutes pour leur dire qu’on ne faisait que passer une nuit. Les femmes n’ont qu’a exécuter ce qu’on leur aboie depuis le hall. Et je comprends maintenant ce que son frère a du lui dire en arabe en m’amenant a elle : « On a une invitée. Tu t’en occupes, faut qu’elle soit bien. »

On vient me chercher pour le repas, que je prends en compagnie des hommes. Amina me ramène et pile sur le seuil de ses quartiers. « Tu ne viens pas ? » je lui demande bêtement. « Non. Je n’ai pas le droit. Mais toi tu peux venir ici quand tu veux. »

Le lendemain matin, je retourne les voir. La maman et sa sœur font du pain pour la semaine. Courbée sur une énorme bassine de pâte, la maman pétrit à pleins bras, détache une boulette qu’elle passe à sa sœur qui l’écrase sur un petit moule individuel. Je compte cinquante petits moules, rien que ça ! Cinquante pains pour toute la famille, pour une semaine.
Je voudrais lui présenter Jérémie, qui peint dehors en se faisant apporter des tasses de thé par toutes les mères du quartier. Elle décline par un sourire gêné « C’est pas une bonne idée pour moi d’aller dehors ». Et zut, évidemment elle va être vue, et ça va causer dans le quartier que Amina sors et parle à des gens. Je commençais à renoncer à mon idée de présentation quand mon Jérémie armé de toute sa maladresse a trouvé une excellente solution :
Il me cherche alors il sonne à la porte des femmes. Oubliant l’interdit, il l’ouvre bien grand pour m’appeler et tombe nez à nez avec Amina qui arrivait pour regarder qui c’est dans l’œil de bœuf (j’ai oublie de dire qu’il y avait un œil de bœuf !).
« Aaaah salut c’est toi Amina ? » Branle bas de combat chez ces dames, on se cache, on attrape un truc à se mettre sur les cheveux, on s’affole. Le Jerem ne se démonte pas, apercevant des jarres d’eau dans le dos d’Amina qui sait pas quoi faire, il avance un pied, puis deux dans la zone défendue, franchissant la ligne rouge en toute élégance… Et bien les présentations sont faites !!
Finalement, passée la surprise, la curiosité l’emporte, et merde pour les règles, la maman vient à notre rencontre avec un sac de gâteaux.
Heureusement que le frère n’était pas là !


On termine par un petit concert.

Le lendemain, Jérémie sort lire dans la rue à la lumière de l’aube, avec Stuart qui tapote sur son ordinateur portable. Les voisins se succèdent pour nous amener du thé et des gâteaux.


Si vous êtes attentifs, vous aurez remarqué que nous longeons le Nil depuis 300 Km.
Cette photo est l’occas’ de vous instruire un brin.

Le Nil est ici très lent, fatigué par sa traversée du « Sudd » et de la barre calcaire du Sahars. Fil d’Ariane jusqu’à la Méditerranée.
L’Égypte est un don des dieux aux Égyptiens. Personnifié, divinisé, il apporte fertilité, abondance, moyen de transport écologique (le vent dans un sens, l’écoulement dans l’autre…), électricité avec le barrage d’Assouan, rôle social, et religieux.
Le Nil avait aussi (et surtout) une dimension spirituelle que nous verrons plus tard.


On s’est demandé comment fonctionne le système d’irrigation, pour faire « monter » l’eau du Nil vers les champs.
En fait, le Nil « surplombe » la zone creusée par les inondations. Rien de plus simple alors que de construire un réseau de canaux comme celui ci.
Sa crue (phénomène longtemps inexpliqué car conséquence des pluies tropicales loin au sud), il dépose le limon qui nourrit tout un peuple de… 75 millions d’habitants !
Vous avez bien lu, 75 000 000 qui se concentrent seulement sur 4% du territoire que représente la verdoyante vallée.
Cette explosion de chlorophylle n’est permise que parce que la vallée est parcourue en tous sens par des canaux issus du fleuve-mère.
Véritable cordon ombilical permettant aux hommes de vivre au milieu du désert, depuis plusieurs millénaires, il est la source de civilisations pharaoniques et aujourd’hui, il continue inlassablement à verdir ses rives. Cultures maraichères, luzerne, canne à sucre se succèdent en de petits carrés irrigués au milieu des palmeraies dressant anarchiquement leurs troncs dans tous les sens.
Et au sein de ces ”oasis agricoles”, pas le moindre mètre carré n’est laissé inculte.

UN PEU D’HISTOIRE…

Comme notre voyage est « géographique » et pas « chronologique », histoire que vous puissiez profiter pleinement de ce reportage, des visites dans les temples et de la symbolique des hiéroglyphes, on a écrit pour vous un petit précis historique de l’Égypte.
En même temps, le compiler pour vous nous a permis d’en apprendre aussi beaucoup de notre côté 
Comme dit le proverbe : « Si tu ne connais pas quelque chose, enseigne-le ».
Alors asseyez vous, pas trop loin du radiateur.

LES ORIGINES

Bien qu’elle soit faite d’hypothèses et de suppositions, l’histoire de l’Égypte semble commencer à l’ère paléolithique. A l’époque elle était bien différente, notamment la vallée du Nil, couverte de marécages impraticables, ce qui rendit, entre autre choses, la découverte des sources du Nil très difficile pour les occidentaux.
La lente progression du désert favorisa la concentration des hommes autour des rives du fleuve.
A l’époque néolithique (- 10 000), il y avait deux populations bien distinctes. L’une de race Africaine venue du sud, l’autre plus méditerranéenne.
Le peuple égyptien était déjà scindé en deux depuis cette époque.
Ceci était l’aube de la civilisation Egyptienne, où l’on raconte que durant ce « temps des dieux », le trône était occupe par Osiris.

L’UNION ENTRE HAUTE ET BASSE ÉGYPTE.

On a dit que le pays était scindé en deux. La haute Égypte est au sud, la basse au nord. He oui, cette logique suit le sens du Nil, et pas le choix arbitraire des points cardinaux venu plus tard.
Le roi Narmer, vers – 3 200, passe pour le réunificateur des deux Egypte. Il fonde la première des 31 dynasties qui se succédèrent durant 3500 ans, jusqu’en 332, année de la conquête d’Alexandre le Grand.
Cette réunification du sud et du nord est souvent représentée dans les temples (vous le verrez plus tard) par le symbole de la double couronne, ou encore le lotus et le papyrus (symbole du nord et du sud), ou encore le vautour et le cobra (autres symboles nord/sud).
Ces symboles sont importants pour que vous puissiez apprécier au mieux les hiéroglyphes que vous verrez plus tard.

L’ANCIEN EMPIRE

Il commence vers – 3 200. Période faste, elle voit apparaitre les premières lois civiles et religieuses. Le premier état et la première capitale, centre administratif et religieux de l’espèce humaine, sont nés. Des pharaons se succèdent, les campagnes militaires étendent le pays vers le Sinaï et le Soudan.
Vers – 3 200 commence une période de trouble et de bouleversements sociaux que l’on appel la Première Période Intermédiaire.
De ce que nous allons vous « montrer » dans ce reportage appartenant a cette période, vous trouverez :
- Le pharaon Djeser, son temple, et la pyramide de Saqqara au sud du Caire.
- Le pharaon Teti, dont nous verrons la sépulture et les constructions aussi à Saqqara.

LE MOYEN EMPIRE

Il commence vers – 2 060. Le commerce s’intensifie, les voies vers la mer Rouge et la Nubie s’ouvrent…
Amon (l’âme du soleil) est élevé au rang de divinité principale, la capitale est déplacée à Thèbes (actuelle Louxor). C’est important car nous reparlerons de lui beaucoup dans la suite du reportage. Nous ne le savions pas, mais les Egyptiens étaient monothéistes ! Les multiples « dieux » mineurs sont en fait différentes facettes ou intermédiaires du même « être suprême ». La Nubie est conquise (souvenez vous des vestiges égyptiens datant de cette période dans notre reportage sur le Soudan, comme Jebel Barkal, temple et antre de Amon), le territoire avance jusqu’en Palestine.
Le pays est prospère, la vie culturelle aussi. Des œuvres majeures apparaissent, dont le Livre des Deux Voies, qui sera représenté dans les tomes que nous visiterons. Soyez patient.
Cette époque se termine avec la Seconde Période Intermédiaire, toute aussi chaotique et instable que la précédente. Elle reste encore pleine d’incertitudes à nos yeux.

LE NOUVEL EMPIRE

Il commence vers – 1 600. Thèbes est toujours capitale, le culte d’Amon est toujours intense. Apogée militaire vers l’Asie, commerciale et culturelle…
C’est durant cette période que la reine Hatchepsout se proclame régente. Nous visiterons sont temple à Louxor.
C’est dans cette période que Akhenaton (non, pas le chanteur de rap de Marseille, voyons) opère de grands changements.
Atom, le disque solaire, se substitue à Amon comme culte principal (d’ou le nom du pharaon). Pour des questions de culte abandonne, entre autre, la capitale. Mais son fils ne le voit pas de cet avis.
Toutankhaton (son fils), mari de la très belle Néfertiti, retourne à Thèbes et rétablit le culte d’Amon et change de nom en …. Toutankhamon. Ce dernier est l’un des plus connu car sa sépulture découverte en 1922 a gardé une énorme partie de son trésor, notamment le sarcophage en or que nous verrons au Caire.
Sethi Ier, dont nous verrons la tombe, reprend la conquête des terres vers l’Asie. Enfin Ramsès II se plut à bâtir des bâtiments colossaux, témoins de sa puissance : Abu Simbel, Karnak, Louxor…
Apres lui commence le déclin devant l’astre naissant de Rome. Le pouvoir passe aux Libyens, aux Éthiopiens… L’Égypte demande l’aide d’Alexandre Le Grand environ 200 ans avec JC. Il fonde Alexandrie, fait de l’Égypte une colonie de Rome, et introduit le christianisme, et introduit aussi Cléopâtre par la personne de Jules César (wha la blague graveleuse). Jules César qui a cette époque avait la Gaule 

Puis vint l’Islam, vers 640.
Puis Laponéon Pelle-a-tarte et ses expéditions vers 1800.
Les Anglais s’invitèrent à leur tour.
Puis ce fut celui du culte de la consommation au XXème siècle.
Enfin, la période qu’on a appelle la Délivrance, où les hommes, lassés de passer du temps à fabriquer plein plein de bagnoles, des centrales nucléaires et des usines, à construire plein de choses pour les occidentaux de la route partout , sont tous partit en vélo faire le tour de l’univers.

Mais qui sont-ils ???
L’Égypte a longtemps été gouvernée par des pharaons. Considérés comme des dieux vivants, fils du soleil (Amon-Rê), ils incarnent le pouvoir religieux, politique et militaire. Des tyrans en somme.
Pour mieux apprécier la visite, il faut savoir que les Egyptiens croyaient en l’immortalité de l’âme.
Ainsi, les sépultures, mastaas, pyramides, tombeaux… sont construites pour y loger l’âme du défunt jusqu’à sa résurrection.
L’art d’embaumer les cadavres (momification) est considéré d’origine divine par Horus, fils d’Osiris et d’Isis, que vous verrez representés de nombreuses fois.

LOUXOR, CAPITALE DE LA MEMOIRE,

célèbre pour ses vestiges de l’antique civilisation égyptienne…


Pénurie d’essence à cause du chaos régnant dans l’organisation du pays après la révolution.
Il est difficile de s’imaginer qu’ici s’élevait l’antique cité égyptienne de Thèbes. La première capitale administrative, politique et religieuse du monde.


Louxor et son harcèlement touristique ! Pas beau comme annonce, mais tellement vrai malheureusement…



C’est le moment de quitter Stuart, qui part pour les stations balnéaires de la Mer Rouge.
Dernière soirée, dernier match de rugby où les Anglais mettent la fessée aux Gaulois.
Jérémie a un gage à faire.
Si vous avez suivi notre reportage au Soudan, vous saurez deviner lequel…


Les révoltes de janvier n’ont pas touché que le Caire. Ici aussi des rues sont couvertes de graffitis, messages lances aux dirigeants.
« Mur blanc, peuple muet  » !!!


« Qui protege le tyran ?  »


« A mort le tyran ! » (Moubarak)




« Non, aux bombes lacrymogènes.
Non, à la soif et à la faim.
Comme le plus jeune combattant de la nation.
On se tait ou on essaie ?
Non, on essaie ! »

Les ailes sont à la fois le symbole du faucon des billets Egyptien, mais aussi une représentation des martyrs de la révolution devenus des anges.




« Félicitation de la part des révolutionnaires pour les policiers, le jour du 25 janvier.  »
Car le 25 janvier est le jour officiel de la révolution Egyptienne, mais aussi le jour de ferie de la police.


« 25 janvier, jour de la sauvegarde de l’identité Egyptienne. »


« Non à la dictature militaire ! »


Au fil des rues, nous tombons sur une église copte (les chrétiens d’Égypte). Ca faisait longtemps ! Nous reviendrons sur la condition difficile des coptes lorsque nous vous parlerons de Nagui, au Caire.


Nous goutons nos premiers fallafels ! Beignets frits de fèves broyées : Persil, coriandre… succulent !


Le pneu est mort, vive le pneu !


Nous voilà dans la famille géniale d’Ali, Ashraf et Abdou, couchsurfeurs de leur état.


Si vous allez à Louxor, passez chez eux.


Mohamed, le cousin, est artisan. Il fabrique et peint des papyrus pour les touristes. Égyptologue a ses heures, il sera notre guide dans la Vallée Des Rois.

Ils habitent à Louxor, ou Luxor, ou Luxr, c’est selon.
Nous y resterons une semaine, on a besoin de temps pour se reposer. On a bien besoin après tout ce pédalage depuis… Khartoum ! On n’a pas chaumé. 1 100 Km en 10 jours si vous vous souvenez.
Quatre jours entiers sont consacrés à mettre sur le papier de notre écran d’ordinateur nos réflexions à publier sur notre site.
Ce dernier est encore en Tanzanie, nous y étions en novembre, nous sommes en Mars. Marathon d’écriture pour retranscrire nos impressions du Kenya, de l’Ouganda, du Sud et du Nord du Soudan, avant que la mémoire ne s’estompe. Terrible discipline alors que la ville regorge de trésors que nous voudrions explorer.
Mais ce travail nous permet de prendre du recul sur ce que nous vivons. C’est devenu un exutoire indispensable !

Jerem’ dessine un peu aussi, des choses entamées le long du Nil depuis le Soudan :



Lâchage complet !
Nous passons dans la « Ali Family » de merveilleux moments avec Guillaume, Hugues et Marine.
Avec ces supers anarcho-hippies, la conversation s’engage naturellement. HAAAAAAAAAAAA le fameux phénomène rapproche instinctivement les gens de même origine qui se rencontrent en terre étrangère… (Même si la France nous semble dorénavant plus étrangère que l’Afrique) :) ))
En plus, Hugues a son Sax.

Dans le fond vous voyez deux jolies statues jaunes.
Parce qu’au moment où à Lyon tu te félicites de ta fenêtre qui donne sur un arbre, ici on s’habitue à voir devant sa porte…

LES COLOSSES DE MEMNON



On leur a dit bonjour plusieurs fois par jours car nous étions logés juste en face d’eux.
Taillés dans de gros monolithes, ils représentent le pharaon Menophis III assis.
Deux statues monumentales d’un temple qui a disparu. Peut être le plus grand de tous ceux découverts à ce jour, avancent les spécialistes.
Les fouilles se déroulent en ce moment, et ont montré que de nombreuses statues de ce temple ont étés déplacées dans d’autres construit ultérieurement.




KARNAK: sanctuaire majestueux de la Thèbes antique.

UN temple ? Sans être exhaustif, on peut dénombrer à Karnak : le temple principal, le temple de Ptah, le temple de Khonsou, le temple de Thoutmosis III. Et tout près, on peut voir le temple de Montou et le temple de Mout.
Karnak n’était pas un temple mais un véritable complexe religieux, une ville où plusieurs milliers de personnes s’activaient en permanence. Perpétuellement en chantier, il est le plus ancien temple de Thèbes, dédié au culte d’Amon.
Plusieurs générations des pharaons se sont succédé pour sa construction qui s’étale sur 1 500 ans. Pour ainsi dire, ses dimensions nous ont semblées stupéfiantes !
Et dire que seulement la moitié a été ressortie du sol. Ca laisse rêveur.
C’est le plus grand temple à colonne du monde. D’après les hiéroglyphes, jusqu’à 80 000 personnes en même temps auraient pris part à sa construction.


Voici le temple de Karnak. Ce mur est une extension tardive du monument original. Il est reste inachevé, ce qui explique les gravats au sol.
Assez hostile d’un premier abord, il révèle pourtant des merveilles.
Comme l’allée de sphinx criocéphales devant la grande porte.


Presque sans touristes, alors qu’en période pleine avant la révolution les allées sont bondées. C’est magique de déambuler dans ces pierres, et de sentir les dizaines de siècles qui nous séparent de leurs bâtisseurs.
On se sent tout petits.


Nous reconnaissons Ramsès recevant des offrandes. Il est le fondateur du temple, avec sa barbiche. Il porte une DOUBLE COURONNE, symbole de la réunion de la Basse et de la Haute Égypte, ainsi que son autorité sur celles-ci.

Cette salle dite « hypostyle » est vertigineuse. 25 mètres de colonnes sculptées, 134 piliers qui créent un merveilleux jeu d’ombre et de lumière. Leur sommet est inspiré de la forme des fleurs de papyrus.




Des traces de peinture du VI ème siècle nous informent que le temple a été un temps transformé en Eglise chrétienne.


L’obélisque de Thoutmosis 1er et Hatchepsout.


Procession de la barque d’Amon (encore et toujours), portée par les âmes de Pê et de Nekhen.
Ramsès a revêtu un costume de prêtre, avec une peau de panthère.


Thot et Horus purifient Hatchepsout.
Le martelage est tellement précis qu’il laisse deviner ce qu’il est censé faire disparaitre ! A savoir la représentation d’Hatchepsout. Si vous voulez savoir pourquoi, lisez ce que nous avons écrit dans « le temple d’Hatchepsout ».


Son nom aussi à été effacé.


L’Akhmenou, une construction tardive de Thoutmosis III. Un temple à elle seule.


Quel travail d’orfèvre !


Thot et Horus purifient un gars apparemment important. On pense à Ramsès avec sa barbichette, mais on n’est pas sûrs.


Thoutmosis III massacre les ennemis d’Égypte.
L’ordre règne, d’ailleurs Maât (déesse de la justice) assiste à la scène.


Dans une extension latérale, les colosses représentent probablement Hatchepsout et Thoutmosis III.


La reine Mout Néfertari Meryamon, magnifique, aux pieds de son époux, Ramsès II.


Les abords sont un vrai puzzle, un immense champ de pierres à coté du temple de Khonsou.
Du tri et de la reconstruction en perspective.

On leur donne un coup de main, on croit reconnaitre une oreille.
Ce sera notre participation à l’Histoire de l’Égypte.

LE TEMPLE DE LOUXOR:

Une leçon d’histoire gravée dans la pierre.

Une fois de plus, on peut dire que Ramsès II avait le sens de l’épargne, en « investissant dans la pierre ». Hahahah.


Un soir on passé devant ces gros tubes éclairés. Cela nous intrigue, on reviendra le lendemain.
Il parait qu’il s’agit de « La grande colonnade d’Amenhotep 3″ du temple de Louxor.
De nombreux pharaons ont contribué à sa construction. Evidemment, Ramsès 2 qui voulait faire tout mieux que tout le monde a construit pas mal de maisons secondaires. Pour lui et les dieux.
Alexandre le Grand et les romains ont eux aussi fait accroitre l’édifice avec un fort militaire, que les arabes appelèrent plus tard al-Uqsur, les palais.
Ceci explique cela.


Au milieu on distingue une mosquée en activité !
Dingue !
Ce temple au fil des siècles est devenue forteresse, puis plusieurs églises s’y installent après la conversion de l’Empire romain au christianisme et, avec l’arrivée des musulmans, une mosquée y est construite, tant et si bien que le temple de Louxor reste l’un des lieux de culte et de prière les plus anciens au monde.
Les travaux de fouille sont bloqués. Le sacré d’hier rencontre ses limites face au sacré d’aujourd’hui.
Avant les travaux de désensablement du temple il y a un siècle, la porte arrière de la mosquée était une porte « normale ». Aujourd’hui elle est perchée 5 mètres au dessus du niveau du sol antique.
On la voit sur la façade gauche du bâtiment blanc.
Dingue !


Le début de l’allée des sphinx (originairement des béliers qui furent remplacés) qui conduisait au temple de Karnak à 4 Km de là.

Cette façade monumentale fut construite par Ramsès II. Enfin… ses esclaves. Enfin… ses volontaires. Car a l’époque, c’était un privilège suprême de construire les temples des dieux, et, semble t-il, ces taches n’étaient pas confiées à des esclaves.
Si on s’approche on peut voir le fameux « poème de Pantaut » qui relate les exploits du pharaon guerrier.


Ci contre et ci dessous le premier « pylône ». Ne cherchez plus le premier obélisque, il est sur la place de la Concorde.

GURNA, là où les vivants côtoient les morts.

Voici le petit village de Gurna dans la vallée Thébaine, qui a une folle histoire à raconter.
Les magnifiques maisons du village, construites en briques sèches, ont un secret.
Presque tous les habitants du village de Gurna vivaient du commerce des antiquités volées dans la vallée des rois, tradition de père en fils. Une famille, celle d’Abdoul Rassoul, a conservé longtemps un trésor. Une seule tombe (ou plutôt un trou), anonyme et solitaire, a accueilli les sarcophages de 36 pharaons réunis tous ensemble depuis des millénaires. Secret bien gardé, cette cache n’a été découverte qu’en … 1881 ! Difficile d’imaginer ce qu’a pu découvrir le savant qui avait sous sa torche les dépouilles des plus grands pharaons de l’antiquité, déposés là, sans aucun ordre. Thoutmosis III, Ramsès III, Aménophis Ier…
Ce sont en fait des prêtres qui transférèrent 1 000 ans avant JC les momies de leurs pharaons pour les protéger des pillards…

LA VALLÉE DES ROIS: là où les pharaons attendant l’éternité.

Biban el Moulouk, « la porte des rois », c’est le nom arabe pour désigner la vallée des rois, dominée par cette pyramide naturelle de roches.
Pour résumer, histoire que vous appreniez des choses, quand même, la Vallée des Rois et des Reines est entourée par de hautes falaises qui forment une barrière naturelle. Elles rassemblent sur quelques kilomètres carres les tombes de 500 ans de règne pharaoniques.
Rien que ça.
A cause des pillages et des profanations des pyramides du nord ou s’établirent les pharaons de l’ancien empire, les souverains ont du chercher un nouveau lieu de sépulture.
Une vallée reculée sur la rive ouest du Nil fut choisie, c’est ici.
Pourquoi donc ?
Isolement, humidité quasi nulle pour la conservation (idéale contre le développement des bactéries dans l’air), montagne escarpée… tout ceci y est certainement pour quelque chose.
Mais surtout à quelques kilomètres se trouve le Nil, considéré comme un seuil entre la vie et la mort, l’au-delà. L’Est était considéré comme le lieu de la naissance et de la croissance et l’Ouest celui de la mort, comme le dieu Rê, le soleil, qui subit ces trois états : naissance, mort et résurrection à chaque fois qu’il traverse le ciel. Ainsi, tous les tombeaux ont été placés à l’ouest du Nil, là où se couche le soleil, parce que les Égyptiens croyaient que pour entrer dans l’au-delà, il fallait être enterré du côté symbolisant la mort.
Des tombeaux pour que les pharaons attendent l’éternité, mais aussi leurs épouses, enfants, courtisans, nobles dont les pharaons ont voulu récompenser la valeur… ils sont tous là, avec beaucoup de trésors.
Mais le repos des rois ne dura pas. L’histoire de la vallée n’est faite que de pillages et de cambriolages.
Tous les tombeaux recensés dans la vallée ont été pillés dès l’Antiquité. Même le tombeau de Toutankhamon n’a pas échappé aux pilleurs. On pense en effet que la porte du tombeau a été forcée par deux fois, mais que les pilleurs, ayant été interrompus, n’ont pu emporter qu’une petite partie du trésor.
Bref, c’est un trésor COLOSSAL (au sens propre comme au sens figuré) dans la montagne, que nous allons découvrir.

Il faut savoir que les tombes étaient vidées par les pillards, mais aussi les fideles qui voulaient « protéger » leurs rois.
C’est ainsi que de nombreux objets de valeur furent déplacés (avec les momies ) et furent rassemblées dans deux grandes caches qui ne contenait pas moins de cinquante six momies royales et leurs cercueils.

En effet, les pharaons se trouvaient ici en attendant leur « résurrection ». Ils étaient donc enterrés avec leur trésor, pour en profiter au réveil. Pas bête !

En gros, et de ce que l’on a compris, les tombes sont des couloirs entièrement recouverts de hiéroglyphes, qui mènent à la chambre funéraire ou siège le sarcophage royal. Plusieurs antichambres débouchent sur le couloir, avec le mobilier et les affaires qui accompagnent le roi défunt dans l’au-delà. Du moins… si les pillards ne sont pas passés par là.
Selon les époques, les styles, le contenu des tombes est différent. Les murs sont couverts de litanies aux dieux, de messages protecteurs, de représentations de dieux accueillant le défunt, d’extraits de livre sacrés (Livre des Portes, Livre des Cavernes…)…
Les pharaons entreprenaient les travaux de leur vivant, car il fallait entre 10 et 15 ans environ de travail pour en terminer une.

L’histoire de la vallée évolue sans cesse au fil des découvertes. Une toute nouvelle tombe a été trouvée il y a 15 jours ! Avant, le record était détenu par celle de Toutankhamon qui REGORGEAIT de trésors (dont le fameux sarcophage en or que nous verrons plus loin au Caire), découvert en 1922.

Un billet d’entrée permet de visiter 3 tombes. Pour les préserver « un peu » du flot de visiteurs. Car des visiteurs, il y en a beaucoup ! Nous avons l’impression d’être au Louvre un dimanche ! Et dire que seul 10 cars sont sur le parking, qui en accueil en saison pleine 300 !!!! Crise et révolution oblige.

Pour l’anecdote, dans la file pour entrer dans la première tombe, Jérémie a dit « bonjour » en arabe au gardien censé poinçonner le coupon des visiteurs. Celui ci lève les yeux et répond chaleureusement en arabe « Merci! »
Est-ce-si peu courant ? Pour en avoir le cœur net, Jérémie compte.
En quelques minutes, ce sont 45 personnes qui sont entrées se faire poinçonner le billet sans dire bonjour. Ni en arabe ni en anglais. Ils tracent tout droit, comme devant un oblitérateur de ticket automatique de métro…
Consternant.
On assiste aussi plusieurs fois à des gardiens qui prennent un petit billet pour laisser le blanc repartir avec des clichés pour « dire qu’il a fait l’Égypte ».
Celui la même qui critiquera la corruption du pays. La dégradation de ces peintures millénaires vaut bien quelques livres Egyptiennes.

Pour vous informer, et comme il faut rendre a Ramsès ce qui est a Ramsès, Il est interdit de prendre les photos dans la Vallée depuis quelques années. Alors on utilise celle d’autres voyageurs passés avant nous quand cela était encore possible, choppées sur Internet.

Les résultats de fouilles, et la lecture des hiéroglyphes sur les bas-reliefs, nous en a dit long sur cette culture. De véritables livres avec les dates, noms, lieux, histoires, croyances… c’est un héritage sympa qu’ils nous ont laissés, contrairement aux civilisations asiatiques et sud-américaines de la même époque.
Le déchiffrage des hiéroglyphes a déchainé les passions depuis leur découverte. 700 signes qui représentent des sons ou objets. Les noms des rois et reines sont représentés dans des « bulles » appelles « cartouche ». Vous en verrez de nombreux sur les photos.

C’est avec émotion que nous entrons avec vous dans la première tombe… celle de…

LA TOMBE DE RAMSES III: La plus … vaste.

Difficile d’imaginer que nous sommes dans des tombeaux millénaires. Nous empruntons le cœur battant le long couloir qui nous emmène dans les entrailles de la montagne.


Une entrée de tombe, ca ressemble à ça.
Un trou, maintenant aménagé, mais dont l’entrée avait été évidemment totalement recouverte de pierre et de terre par les bâtisseurs.

La tombe de Ramsès II est l’une des plus belles de la vallée. Elle est très longue et vaste: 125m avec dix petites pièces sur les côtés. Elle fut conçu à l’origine pour un autre pharaon, Sethnakht, mais en la creusant, les ouvriers ont atterrit dans une autre tombe (celle d’Amenmès), et elle fut abandonnée. Plus tard, Ramsès III repris l’ouvrage en faisant percer la roche sous un autre angle avant de reprendre la direction initiale. De plus il vécut longtemps et continua à l’embellir pour ses vieux jours jusqu’à ses 90 ans. Ceci explique les 125 mètres qui avancent dans la montagne.
Comme on a dit, les sarcophages jouaient aux chaises musicales, et l’on pense que celui de Ramsès II fut déplacé et enseveli trois fois de suite, sûrement par des adorateurs qui voulaient le protéger des pillards.
On peut y voir les scènes et hiéroglyphes de la Litanie de Rê, de l’Amdaout, du Livres des Portes, Livre de la Terre, la cérémonie de l’ouverture de la bouche.


Ramsès III et Osiris, le dieu de l’autre monde, se disant bonjour. Ramsès porte la double couronne, symbole de réunification de l’Égypte.
Le nom des deux protagonistes est dans le cartouche (hiéroglyphe entourée d’un cercle, comme une bulle de BD).


Ramsès III faisait offrande d’encens à Osiris


Ramsès III s’enlace avec Hathor, déesse de la beauté. Derrière lui se tient Thot.

LA TOMBE DE RAMSES IV: La plus … colorée.


Les deux premiers corridors sont ornés de textes et de figures des « Litanies du Soleil » (ou Litanies de Rê)


Pas un centimètre du mur n’est oublié.
Ramsès IV est le troisième pharaon de la XXème dynastie. Après l’assassinat de son père Ramsès III, il monta sur le trône à l’âge de 14 ans et régna 8 ans environs. Il parvint à préserver l’œuvre de son père et à maintenir une certaine prospérité. Après sa mort, la XXème dynastie entra dans une période obscure
Sa tombe est la seconde à avoir été découvert et également deuxième à partir de l’entrée de la Vallée. Elle est différente de celles de ces prédécesseurs, il n’y a plus d’escaliers, elle est presque à l’horizontale et les corridors ont plus de 3m de largeurs et 4m de hauteur. Elle est d’une longueur de 66m.



La tombe a été visitée par les chrétiens coptes durant l’invasion romaine, qui ont laissé quelques traces…


Ramsès IV mourut avant l’achèvement de sa tombe et la salle hypostyle a été transformée en chambre funéraire. Le plan de la tombe, dessinée sur un papyrus (le seul plan de tombe retrouvé) se trouve au Musée de Turin.


Quatrième heure du Livre des Portes, le temps apparait sous la forme d’un serpent aux multiples replis d’ou naissent les heures de la nuit (les douze déesses) et ou elles sont de nouveau englouties après s’être écoulées.
Les promontoires bleus représentent l’eau du monde inférieur.


Les cartouches de Ramsès IV
A gauche, le titre royal de « Fils de Rê » et à droite, le cartouche de couronnement Hekamaatrê Setepenimen « Rê »choisi par Amon, est le souverain « de la Mâat »


La barque sacrée du dieu Ammon, avec Tot et Ibis les dieux purificateurs.


Le sarcophage est en granit rouge et compte parmi les plus grands de la Vallée. Il a été retrouvé vide.


Détails du sarcophage. Il est orné de textes magiques.


Les cartouches de Ramsès IV, le bandeau aux titres royaux.
Le hiéroglyphe qui représente un canard et un œuf signifie qu’il est fils de dieu.


Détails du Livre des Cavernes dans le corridor.
Nous distinguons de nombreux Anubis, le dieu à tête de chien, celui qui est chargé de la protection des sarcophages avec le dieu serpent.


Au plafond sont représenté des scènes d’oiseaux étendant leurs ailes protectrices à côté des faucons, vautours (photo) et même des scarabées ailés


La chambre funéraire :
A droite, une série de vases canope (destinés à recevoir les viscères embaumés du défunt), symbole de résurrection.
A gauche, la quatrième porte du Livre des Portes, au dessus de la porte, les cartouches des différents noms du pharaon protégés par le faucon Horus, et au plafond un morceau de la Déesse Nout.


Saisissante représentation de la déesse Nout sur le plafond bleu, avec le texte du livre de Nout, unique.

LA TOMBE DE SETHI II, La plus… en construction.


Pour que vous puissiez encore mieux imaginer ce qu’il se passé et à quoi ressemble une tombe, voici une coupe choppée sur internet.


Séthi II est le petit fils de Ramsès II. Sa tombe est un peu à l’écart dans la vallée des Rois, et il n’y a presque jamais de visiteurs ! Un vrai bonheur pour voir une tombe royale tranquillement et sans se presser…
Il ne reste rien des objets qui accompagnaient le roi dans son tombeau, ce dernier ayant été pillé dès l’Antiquité, probablement peu de temps après sa fermeture.
Cependant elle a un grand intérêt, du moins c’est notre avis, car il n’est apparemment pas partagé par les autres touristes: elle a été fini à la hâte. On n’est pas sûrs, mais on croit avoir lu ou entendu que c’est à cause de la mort prématurée du pharaon. Certains dessins sont à peine tracés au crayon, d’autres en cours de sculpture, d’autres encore a même la roche sans enduit. On a adoré.


Le sarcophage (ce qu’il en reste, plutôt) se trouve dans la chambre funéraire…
Il faut dire qu’il a vécu de drôles d’histoires ce sarcophage… (Maintenons le suspens)



Sur un pilier, Osiris et des fleurs de papyrus


Le pharaon en train de chevaucher une panthère, de chasser, ou encore de voyager en bateau en papyrus.


La barque sacrée du dieu Ammon.


Dessin sur le pilier, le pharaon fait des offrandes. Sur les murs figurent les scènes du Livre des portes.


Après la salle « hypostyle » on arrive à la chambre funéraire avec le sarcophage.
Les murs sont dépourvus d’enduits et peint dans un style plus simple… mais coloré et attrayant!


Le sarcophage est surmonté d’une belle peinture de Nout (la déesse du ciel) avec les ailes déployées


Ce qui subsiste de couleurs sur le sarcophage. On voit une figure se prostrer devant…


L’histoire du sarcophage de Sethi, Passionnant.
« A la mort de Sethi II, Taousert, sa femme, fit déménager sa momie dans sa propre tombe (selon une inscription découverte dans l’hypogée et datée de sa dernière année de règne). Plus tard lorsque Sethnakht usurpe le tombeau de la reine pour son propre compte, il fait à nouveau transférer le corps momifié du roi dans sa première tombe où il restera jusqu’aux grands pillages de la nécropole qui auront lieu à la fin de la XXe dynastie.
Lors du pillage, le corps du roi a été brisé en plusieurs morceaux dont certains ont disparu comme l’avant-bras et la main du côté droit, tandis que la tête avait été détachée du tronc, sans doute pour faciliter l’extraction des bijoux. Selon une inscription retrouvée dans le tombeau même de Séthi II, c’est en l’an 6 du règne d’Hérihor, que les prêtres rassemblèrent ce qui pouvait encore être sauvé et renveloppèrent la dépouille royale dans des étoffes de lin. Ils la placèrent dans un sarcophage de bois y inscrivant les cartouches du roi à l’encre et semblent avoir ré enseveli le roi à nouveau dans la tombe de Taousert (sa femme), mais celle si sera également pillée… Finalement en l’an 15 de Smendès ils transférèrent la momie de Séthi II avec une partie des momies royales dans la tombe d’Aménophis II. À ce moment, le couvercle du sarcophage de bois de Sethi II fut réemployé pour fermer le sarcophage d’un autre souverain, Aménophis III. Lors de la découverte de la cachette en 1898, la momie royale de Séthi II ne reposait alors que dans une simple cuve de sarcophage remisée dans une pièce annexe du tombeau avec d’autres momies. Son identification fut néanmoins possible grâce notamment à plusieurs amulettes trouvées sur le corps du roi…


Maât ailée.

LE TEMPLE D’HATCHEPSOUT,

la reine-pharaon qui s’est permis de s’approcher

de la vallée des rois…


La montagne est un vrai gruyère sepulturique, dans la plaine désertique de Deir Al-Bahri.


A même la falaise calcaire, en partie taillée dans la roche, voici le temple de Hatchepsout.
A l’origine il y avait profusion d’arbres et de plantes exotiques, et les premiers chrétiens en firent même un monastère.

Son histoire est captivante.
Hatchepsout1 est reine-pharaon.
Son demi-frère, Thoutmosis II, qu’elle avait épousé pour assurer la légitimité de ce dernier, monte sur le trône après le décès de son père, mais, sans doute d’une santé fragile, il disparaît jeune.
Hatchepsout s’empare du trône et obtient donc tous les pouvoirs en se faisant couronner pharaon.
Elle devient donc fille de dieux, reine de haute et basse Égypte, met de fausses moustaches, et surtout… réécrit l’histoire sur les murs d’un temple qu’elle érige en son honneur, pour évincer son neveu, Thoutmosis III, l’héritier naturel.
Elle propage le mythe de sa naissance divine, inscrit qu’elle aurait été engendrée par le dieu Amon qui avait pris les traits de son père, etc.
A la mort d’Hatchepsout, Thoutmosis récupère le trône, et son premier geste est de faire disparaitre les traces de sa tante sur tous les monuments. Vile usurpatrice.
Voilà, histoire que vous appréciez ce qui va suivre.


La fameuse Ankh Egyptienne, symbole souvent utilisé dans notre société actuelle, hiéroglyphe symbolisant « la vie ». On en voit beaucoup sur les murs, dans les mains des protagonistes ou bien serrés contre la poitrine. Utérus stylisé ? Représentation du Nil et de son delta ? Les débats sont tout verts.


Comment s’y est-elle donc prise pour faire croire à son peuple qu’elle était de descendance divine ? Tout simplement avec la complicité des medias, c’est à dire les zones d’affichage libre sur les murs des temples. Comme une bande dessinée, il suffit de lire :

Sur cette image, elle communique avec Tot et Isis.


Sur celle ci, elle est enceinte ! Son futur fils sera donc d’essence divine.


Bénédiction de l’enfant par les dieux.



Offrandes, banquet, et le tour est joué !


Ce mur est très intéressant. Il montre les relations internationales pacifiques entre Hatchepsout et l’Ethiopie, ainsi que la prospérité économique obtenue grâce à ses talents de diplomate. Nous voyons des esclaves, de l’ivoire, des fruits, légumes et animaux exotiques venus d’Afrique, mais surtout d’une représentation stéréotypée du roi Ethiopien et de sa « grosse » femme, en haut à gauche.
Déjà, à l’époque, les codes de la beauté étaient différents entre Arabie et Afrique noire.

Sa momie anonyme retrouvée dans un tombeau autre que le sien. Les archéologues ont précisé qu’il s’agissait d’une femme d’une cinquantaine d’années qui était obèse et souffrait de diabète et d’un cancer des os. Un flacon de crème resté là 3500 ans contenait du benzopyrène, substance très cancérigène. Son décès aurait été hâté des suites d’un abcès dentaire mal soigné. Le creux d’une dent brisée d’une molaire manquante lui correspondant confirme la théorie.
C’est bien la momie de la reine Hatchepsout.


Notre guide nous confie, rigolard : les Russes, ce sont les meilleures ! Elles mettent des vêtements transparents, montrent sous-tif ou string, des décolletés trop profonds pour être honnêtes, des pantalons si serrès qu’ils rentrent dans la raie des fesses… Les guides sont morts de rire. Nous pas. Nous les voyons poser devant une colonne ou un bas relief les jambes écartées, une main dans les cheveux et le regard de tueuse plonge dans l’objectif de l’appareil photo. Et le petit copain « ouais ouais attend monte un peu le bras ». En Europe on s’en fout, mais en plein pays musulman…

LA ROUTE DES OASIS, et le murmure des dunes…


Stuart, nous quitte, il part vers Ugharda Hurghada, station balnéaire au bord de la Mer Rouge.
Cette Egypte urbaine et rutilante nous a épuisés.

Pour rejoindre le Caire, deux options s’offrent à nos roues :
1) Suivre le Nil, droit vers le nord. Ca représente 600 Km de villes et villages, de cortèges de camions et de charrettes. Avantage : de l’eau et de la nourriture à profusion.
Inconvénient : partout du monde, du bruit, des gamins…
2) Prendre la tangente par le Sahara Oriental, appelle aussi Désert Libyen. C’est la « Route des Oasis » qui nous fait faire un énorme crochet.
Avantage : la paix totale, les paysages
Inconvénient : pédaler 600 km de plus que l’option 1), dans la sécheresse, le vent de face, le soleil… Gérer les réserves de nourriture, d’eau.

Notre choix?… On vous laisse deviner !

Il existe de part le monde des routes que l’on dit « mythiques ». Elles ont un bitume (ou un sable) plus amer que les autres.
Cette « route des Oasis » est de celles là.

Panoramas époustouflants ponctués de palmeraies luxuriantes, de sources d’eau chaude, de déserts secs et hostiles.
L’histoire humaine des oasis a commencé il y a environ 12 000 ans. Des tribus nomades y étaient installées jusqu’a ce que le Sahara devienne plus sec il y a environ 6 000 ans. Elles ne se sont pas dépeuplées pour autant, toutes les civilisations qui se sont succédé en Egypte avaient une connaissance précise de leurs emplacements.
Pour les premiers hommes qui ont tracé les routes y menant, ces voies ont servi à avancer, conquérir, délimiter, échanger, survivre, trouver fortune. Certaines ont disparu, d’autres ont survécu, et à travers elles, les hommes qui leur ont donné une âme.
Cette route nous a façonnés à notre tour.

Comme monsieur Michelin a lui aussi une connaissance précise de leurs emplacements, nous faisons le calcul d’après notre carte : avec un bon rythme, il nous faudra entre trois et cinq jours pour relier chacune des oasis, qui sont au nombre de quatre : El Kharga, Dakhla, Al-Farafra et enfin Al-Bahariya. Quatre refuges, quatre lieux de vie où l’on renaît, se ravitaille, quatre oasis, quatre caractères.
Chacune est un monde. Jardins d’Eden qui séduisent depuis des milliers d’années les hommes. L’une marquée par le souvenir des pillards et des caravanes de marchands du XIIIème siècle, l’autre garde le souvenir d’une ville médiévale faite en pisé, telle autre est un souvenir du passage d’Alexandre qui y laissa une forteresse romaine…
Entre elles, de vastes étendues de sable, de pierre, de coquillages, de dunes dorées, d’un désert noir d’origine volcanique et d’un fantomatique désert blanc crayeux, amalgame de différentes périodes, troublées par les lois de la tectonique.

Pour les relier, un « goudron » balayé par les vents, long ruban déroulant ses 1 244 Km jusqu’a la capitale. C’est ce que dit la carte. Soit.
On se prépare. Le réchaud fonctionne, les sacoches sont pleines, les bouteilles aussi, nous quittons la main courante du Nil pour nous jeter dans cette mer de sable.

En route donc ! Ou plutôt “Yallah”!!


Mais c’était sans compter sur nos amis de la police. Nous savons que dans cette zone, les touristes doivent circuler sous escorte. Oui car en Egypte, le touriste est une espèce en voie de disparition qu’il faut préserver, choyer, faire rêver, et donc pour cela, éloigner de la population locale. Les cyclistes s’en mordent les doigts, doivent accepter d’être suivis des centaines de kilomètres par une voiture mobile qui roule au pas avec les warnings.
C’est ce qui nous est arrive.


Nous réussissons tout de même à nous défaire de la voiture grâce a un bon gros bobard, mais pas de chance pour nous, après 30 km de vélo et à deux doigts de rejoindre l’entrée de la route des oasis, celle-ci est barrée par un check point de police… et par nos amis policiers qui nous y attentent avec la voiture. Et meeeeerde ! Nous ne pouvons pas aller plus loin.
Venant de l’autre cote, les cyclistes n’ont aucun souci à prendre cette route des Oasis. Mais pour nous, au départ de Louxor, la police est formelle, « Pas de touristes sur cette route, encore moins à vélo, mais vous êtes fous, vous savez qu’il y a 300 km de désert ? On ne peut pas vous laisser passer. Ou allez-vous dormir, quoi ? Une tente ? Ha ha ha ! Il y a des bandits, des animaux sauvages, comme des chiens, et puis… et puis… »
On négocie, on parlemente, on raconte nos 19 000 km en Afrique dans des endroits plus costauds que ce tronçon de désert.
Rien n’y fait.



Retour à la case départ, on ne touche pas 20 000 livres.
Ils ne sont pas dupes devant notre détermination, surtout qu’ils ont vu que par deux fois le matin, nous avons essayé de prendre des chemins de traverse pour semer la voiture et contourner les barrages de police.
Retour à l’envoyeur, mais pas question pour nous de nous retaper 30 km dans l’autre sens : les vélos sont chargés dans la fourgonnette de police, retour à Louxor. Merci les gars, au moins, la, vous servez a quelque chose !
Le moral dans les chaussettes, on réalise qu’on risque de ne pas faire cette route mythique que nous fantasmons depuis la Zambie où nous avions rencontrés Corinne et Joseba, deux cyclistes qui l’avaient empruntée dans leur descente de l’Afrique.
Nous apprenons plus tard que le long de la route des oasis, des bédouins ont essaye de piquer les rails du train qui relie Louxor à notre destination. Il y a eu des tirs, ce qui expliquerait la détermination des flics qui ont du recevoir des ordres (aucun touriste sur cette route = aucun problème). Ceci ne nous arrange pas, mais alors, pas du tout !
On tente une seconde chance : contourner le problème en rejoignant la route des oasis non de Louxor, mais de Asyut, 200 Km plus au nord, ou les policiers sont un peu plus laxistes.
De peur de se retrouver une nouvelle fois le bec dans l’eau en ayant bouffe des kilomètres inutiles, nous décidons de sauter dans un train, direction Asyut !.


Une expérience comme on n’en refera pas deux fois (mais comment ne dépriment pas les gens qui voyagent en transports en commun ?)
Grand moment de torture pour Claire qui doit affronter pendant sept heures durant les regards des hommes du wagon. Erreur stratégique : ne jamais s’asseoir en bout de wagon, dans la ligne de mire de tous les passagers. En trois minutes, tout le monde a trouvé une place avec angle de vue.
C’est parti pour une grande séance de matage, sans aucune discrétion. Une européenne, on peut ! C’est pas comme pour les égyptiennes !


Heureusement, on a de quoi se divertir en regardant par la crasse de la fenêtre. Non ce n’est pas un sapin de Noel, ni une fusée au décollage, c’est un minaret (désolés pour la photo nocturne à travers les vitres du train).
On peut y voir un modernisme de l’Islam, il faut y voir autre chose aussi :
Dans les années 80, beaucoup d’Egyptiens sont allés travailler en Arabie Saoudite. Ils en sont revenus avec de l’argent, des convictions, et ont constitué une « classe bourgeoise  » en Egypte, qui brasse des idées « neuves », notamment pour un Islam plus traditionnaliste. Les tabous sur le sexe, la séparation dans le métro des hommes et des femmes, les voiles de plus en plus recouvrant, et tant d’autres intégrismes (dont on n’a pas fini de vous parler) se sont développés sur le contexte de crise économique et sociale des années 80.
Ces nouvelles mosquées rutilantes, flanquées de néons multicolores, sont financées par l’Arabie Saoudite. Un apparent modernisme qui masque la montée en puissance d’idées intégristes.
Nous aurons l’occasion d’en reparler.

Comme les américains, les saoudiens croient qu’ils peuvent tout acheter. Ils financent les mosquées Egyptiennes, les néons fluos, et diffusent au passage leur interprétation du Coran. Du pétrole contre des fidèles. Les anciennes mosquées, en torchis blanche, avec les escaliers, sont remplacées comme des Mc Donald par de nouvelles en béton rutilant, ressemblant à des pâtisseries ou des fusées.

Le soir même, arrives à Asyut, nous choisissons un petit hôtel. Erreur tactique, Jérémie mentionne notre intention d’aller faire la route des Oasis au gérant de l’hôtel.
Comme on l’a dit, les touristes doivent voyager sous escorte. L’hôtelier le sait, et très soucieux de notre « notre sécurité » (l’argument qui commence à nous sortir par les yeux), il prévient la police touristique de nos intentions.
Le lendemain matin, on quitte l’hôtel et la ville sans attendre les autorités, sous les suppliques de l’hôtelier qui lui, du coup va avoir des comptes à rendre.
Désolés.




On s’éloigne de la ville. 10, 20, 30 km… rien, mais nous savons que le barrage est à l’entrée de la route des oasis.


Apparemment… rien. Le poste a sûrement été « déserté » comme cela arrive souvent depuis la révolution et le chaos qui règne dans les administrations.
Vous pouvez remarquer que les Egyptiens ont du mal avec les distances : un panneau plus haut indique la première oasis à 200 Km. Dix bornes plus loin, finalement c’est 212, notre carte Michelin, elle, affiche 186 km. Nous, on sait grâce à d’autres voyageurs que c’est 258 Km.


Dernière trace de la civilisation, le demi-tour est encore possible.


Puis voilà, le désert.
C’est plat. Mais plat de chez Mr et Mme Plat.
On regarde à l’est, vers la Mauritanie, et on a une pensée émue pour Ahmed, notre chamelier préféré.


C’est droit, aussi. Mais droit de chez Mr et Mme Droit.




Le lendemain… des arbres ! Après 150 Km de sable ! Cool, on mangera à l’ombre.


Aïe aïe aïe.
Km 185, on le savait : un check point de police.
On avance, on ralentit, on glisse, on dit bonjour, coucou de la main, on glisse, on glisse toujours, CA PASSE !!!




Des camions en phase finale de dislocation nous dépassent.
Celui là transporte un célèbre liquide avec des bulles, dont deux bouteilles nous sont offertes.
Le soda frais est une joie physique et une douleur morale. C’est enrichir des enfoirés et participer à cette forme moderne de la colonisation. Il ne doit pas rester beaucoup d’êtres humains à n’avoir jamais vu le sigle Coca Cola. Ceux qui rêvent d’un village mondial marquent un point.


Tranquille le désert ?
Le vent se lève !
Bourdon dans les oreilles, sifflement des dunes. Ce vent du désert génère un bruissement perpétuel qui perturbe le silence et nous donne l’impression qu’une voiture va sortir à tout moment de derrière les dunes.
Grâce à notre petit « coup de train », nous venons du nord et non plus du sud ! Instant de bonheur que de se sentir ENFIN poussé dans le dos !!!
Comme vous le voyez, en plus, il est fort. Nous ne rions que d’une lèvre, car nous savons que demain, changement de cap ! Nous l’aurons dans la gueule jusqu’au Caire.


Sans pédaler, nous faisons du… 15 Km/h !
Le bougre s’engouffre dans nos sacoches et nous pousse généreusement. Le compteur s’emballe, et cette journée-là nous pulvérisons notre record du voyage : 155 Km en une journée ! La première oasis au départ d’Asyut est reliée en deux jours. La classe.
Comme dirait Renaud: « Avant qu’ ce monde devienne un grand cimetière, faut profiter un peu du vent qu’on a dans l’ dos ».



Je crois que nous sommes là sur la carte, la route tourne.


Tout ce sable à perte de vue nous fait prendre conscience que nous ne sommes que deux petits points isolés au milieu de cette large bande jaune que forme le Sahara au nord de l’Afrique. La joie de devenir grain.
Sentiment de plénitude propre aux ambiances désertiques. Paysages dénudés, infini horizontal, immensité du ciel.
Nous avons mille fois le temps de penser à nos amis, nos familles.


Des poteaux électriques, l’oasis n’est pas loin.
Nous découvrirons qu’il s’agira de bien plus que trois palmiers autour d’une flaque. Eau courante, agriculture, électricité, cybercafés, voitures, immeubles… Ce sont de véritables villes, dans lesquelles tous les biens de consommations de la « vie moderne » sont trouvables.


Quand on vous dit qu’il y a du vent, vous nous croyez maintenant ?

KM 258 – L’OASIS DE EL-KHARGA


La maison d’Ahmed, notre hôte du soir. Nous sommes littéralement kidnappés par les nièces de son ami, chez qui nous sommes invités à manger !
C’est l’euphorie dans la maison ! Nos hôtes sont aux petits soins, nous proposent la douche, le thé, la télé, les jeunes de la maison de famille se pressent pour nous prendre en photo avec leur téléphone portable, et nous questionnent dans leur anglais bredouillant. Ils paradent dans la rue pour nous ramener à la maison où nous dormons, Claire a une grappe de trois filles qui veulent lui tenir la main, Jérémie essaie de répondre a douze questions à la fois… L’un des jeunes garçons veut en savoir plus, il est fier d’utiliser son anglais, cherche ses mots, piaffe quand il ne se souvient plus « comment on dit ça déjà »… Nous sommes heureux d’avoir quitté l’Egypte rutilante urbaine.





Mais quelle est l’origine de cette oasis ?
Forteresse pour protéger les routes caravanières face aux tribus nomades, l’Oasis d’Al-Kharga était l’un des poste de la célèbre Darb Al-Arba, piste des quarante jours, jadis seul grand axe commercial entre l’Arabie et l’Afrique, du Darfour (Soudan) à Asyut (dernière ville que nous avons prise avant d’entrer dans le désert), et qui contournait la vallée du Nil à l’époque marécageuse et infranchissable.
Nous sommes dépassés par un constat : or, ivoire, autruches, esclaves… sont passés ici avant nous.
Kharga, la ville en tant que telle n’est pas très intéressante. Développement fulgurant dans les années soixante lors de la création d’un canal pour la relier au Lac Nasser. Cependant il y a un site historique remarquable : la nécropole chrétienne de Bagawat, qui compte 263 tombeaux coptes (chrétiens d’Egypte).

LA NECROPOLE CHRETIENNE COPTE DE Al-BAGAWAT

Bagawat, l’un des plus anciens cimetière au monde, nécropole chrétienne utilisée entre les 4ème et 7ème siècles, sur les lieux d’une nécropole païenne, débutant, elle, au second siècle après Jésus-Christ.
263 tombes dont les plus anciennes datent du IVème siècle.


Les bâtiments sont des chapelles funéraires en briques crues, construites au-dessus des fosses où les corps sont enterrés.
Les puits menant à ces fosses sont parfois visibles.
Les dômes utilisent toujours la technique de la « voûte nubienne », largement répandue à l’époque pharaonique pour les dépendances des temples (magasins, réserves).


Voici la « chapelle de la paix », du 5ème siècle, utilisée uniquement lors des funérailles.


Admirez ces fresques représentant des scènes de l’ancien et du nouveau testament :


L’arche de Noé. La barque est égyptienne et porte un édifice à colonnes.


De gauche à droite, Abraham sur le point de sacrifier son fils Isaac, Adam, Eve et le serpent.


A droite, on distingue assez mal la colombe rapportant une brindille, synonyme de terre toute proche.




La chapelle de l’Exode.
Elle doit son nom à cette fresque, qui représente la fuite des Hébreux vers la terre sainte hors d’Égypte, poursuivis par les soldats des pharaons à cheval (bizarrement représentés avec des bonnets phrygiens), les sept vierges, Moïse qui conduit les enfants …



Il y a aussi deux autres chapelles, des ruines, et un chien.
Il y a aussi plusieurs centaines de chiens. Sacrés et momifiés ceux là, dans les catacombes. Ce qui impliquerait la présence d’un temple consacré au dieu Anubis…



Dans un cybercafé de la ville, le tenancier est heureux de nous dire qu’il est copte. Il arbore un tatouage traditionnel sur le poignet.


40 centimes le kilo. Inutile de vous dire qu’on s’en gave.



Les dents de notre pédalier sont usées, rongées par l’usure, limées par le sable, mordues par notre chaîne en mauvais état et aux maillons détendus. Cassés ou arrondis, ils n’accrochent plus, glissent ou sautent sous les gros efforts des mollets. Allez Petit Tonnerre, tenir encore deux mille kilomètres !



Les attaches des sacoches de Jérémie ont lâché sous le poids et les secousses des mois précédant. On rafistole avec de la chambre à air.


Les fermetures éclairs lâchent de partout.


Les sacoches sont trouées.


Chaussures et chaussettes ne valent pas mieux. Houuuu ça sent la fin du voyage, on se relâche…


Bon, ce pneu est presque mort. On espère qu’il va tenir jusqu’au Caire…
Les vélos, eux, ne se plaignent pas trop. Ils nous ont juste dit hier qu’il faudrait ralentir quand la route se fait caillouteuse, et sous-gonfler un peu le pneu avant de Jerem avant qu’il n’éclate.


La veille du départ de El Kharga, on va planter la tente à la bordure de la ville, près du poste de police. Des voitures comme celle ci, chargées à blinde, circulent toute la nuit. Les policiers sont devenus nos potes. On leur prend de l’eau, on case deux secondes, et même des fois on plante la tente à côté de chez eux c’est vous dire…


Et on repart au petit matin, direction l’oasis de El Dakhla.


Une route condamnée… A cause du passage d’une dune ? Un chemin bis qui la contourne a été fait il y a quelques années, et menace aussi d’être recouvert.


Vue du plateau montagneux d’Abou Tartour.


Ici, les coucher et lever du soleil donnent des teintes roses ou bleutées à cette banquise des sables. On profite tout en pédalant avec bonheur de la lente descente du soleil. On ressent toute la fragilité et la modestie de notre présence sur cette étendue.


Beaucoup de petits villages ont étés abandonnés en raison de pluie diluviennes qui interviennent deux ou trois fois dans le siècle, qui font fondre les maisons en pisé.

C’est comme la Croix-Rouge, mais plus islamique:
http://www.greencrescent.org/


Tolkien serait-il passé ici ?


Nous tournons les pages du Sahara à grand coups de pédale.
Nous sommes ivres de vent, de liberté, d’espace.
Les conditions sont idéales pour pédaler. Journée longue, températures autour de 20 degrés la journée (merci le vent, pour une fois), et nous adoptons le rythme solaire afin de bénéficier de belles journées de vélo : Lever tôt, coucher tôt !
Cependant, la nuit est glaciale, et le soleil peine à réchauffer l’air avant 10 heure du matin.

Bonheur de rouler dans un tel environnement, inoubliables bivouacs et couchers de soleil de carte postale.
Le soir venu, on plante la tente sur ce corps fragile. On se sent l’ami du paysage.
En ces moments, on sait pourquoi on accepte ces longues heures de pédalage au milieu de nulle part.


Un désert complètement désert.
La luminosité sur le désert de pierres est éblouissante. La lumière est tellement vive que nos yeux fondent. Construire un abri a tout prix pour la pause et la sieste.



Petit mirage.
Sifflement de trois oiseaux, quelques brins d’herbes, un palmier… les signes de vie annonciateurs sont lancés. L’eau est là, au milieu de nulle part, avec des gens qui s’agitent autour.
La civilisation est proche.

KM 458: L’OASIS DE DAKHLA: Palmeraie et dunes de sable.


Eventail de couleurs saisissantes : le beige de la terre des maisons en brique crues séchées et des dunes tranche avec le vert des vergers arrosés, ainsi que l’ocre des dunes…
Les oasis paraissent souvent irréelles après tout ces kilomètres dans l’aridité absolue. Elles sont souvent des « dépressions » autour des remontées d’eau de nappes phréatiques, longues de plusieurs dizaines de kilomètres, et où surgissent de petits villages en pisé.
L’eau transforme tout. Nous hallucinons littéralement en passant devant des vaches qui paissent entre deux dunes, sur une flaque de verdure.


Les oasis, depuis leur découverte, n’ont jamais étés des lieux isolés dans le désert. Véritables carrefour commerciaux, elles ont été des étapes de survie nécessaires aux caravanes (et aux cyclo-voyageurs) qui empruntaient la route de la Mecque, ou qui acheminaient les marchandises depuis la vallée luxuriante du Nil.
Celle-ci était peuplée dès l’époque pharaonique comme le montre sa ville principale, Mout, du nom de la déesse du même nom (Mut); épouse d’Amon.



Au pays des musulmans, on ne se sert pas du PQ. Mais au pays des cyclo-voyageurs, on préfère boire son eau que de se rincer les fesses avec.

KIKAFAIKOI???
Un gros caca sur le tuyau (avant de comprendre à quoi il servait). L’allumage de l’eau a provoqué une projection de caca sur le mur de la salle de bain.


Dans le Coran, il est dit quelque part qu’on reconnaitra les bons musulmans car leur front portera la trace de leurs prières (un truc comme du genre). En Egypte, ça donne ça, des gens qui se promènent avec une tache noirâtre sur le front pour prouver qu’ils sont de bons croyants, tellement prosternés face au sol que le tapis en a laissé une trace… Gros phénomène de mode. Personne ne l’avoue mais cette tache est obtenue en se brûlant avec du charbon à chicha, ou de l’encre par exemple. Encore une mode venue d’Arabie Saoudite.
La version « femme » de ce genre de comportement de mode existe aussi.


À chacun son hijab !
Devanture d’un magasin dont deux mannequins nous font stopper net (oui oui celle en noir est aussi un mannequin).
Il y en beaucoup de ces « robes noires » dans les rues, mais ne voulant pas provoquer d’incident diplomatique avec ces femmes qui se cachent des regards, nous photographions a la place le mannequin en plastique (lui il s’en fout d’être vu).
Comme les serviteurs de l’anneau dans le livre de Tolkien, ce sont des voiles noirs où le visage disparait totalement,
Hors de question que ces femmes puissent être regardées, ou juste répondre à un simple « bonjour ».
Femmes fantômes, qui mettent un point d’honneur à se faire respecter de la sorte. Le tchador les enrobe pour ne pas qu’elles soient souillées par le regard des hommes. Car si le corps de la femme est sacré, visiblement le regard des hommes, lui, peut être passablement pervers (Claire peut en témoigner des heures si vous voulez).
Pendant que madame ajuste ses voiles, nous, nous rencontrons le petit garçon au cybercafé, scotché devant une vidéo de cul. Nous nous retournons vers le comptoir et attendons l’intervention d’un adulte qui n’arrivera jamais : tu parles ! Que tout le monde puisse en profiter ! En plus le môme est le seul qui sait lancer la vidéo !
Heureusement que maman est bien gardée.


Et toujours du catch ! Les Egyptiens en raffolent, avec les sites pornos.
Car nous sommes des stars du porno !!! Si vous l’ignoriez, les égyptiens, eux, sont convaincus de cette chose incroyable des notre première rencontre.
Les vidéos qui circulent sur le net sont tournées par des acteurs occidentaux capables d’œuvrer dans des positions sportives exceptionnelles, et c’est sans compter sur le jeu des actrices, mais ce n’est pas grave… c’est comme si c’était nous !
De quoi expliquer tous ces regards dérangeants, ces propositions furtives envers Claire : gratouillis de doigt dans le creux de sa paume lorsqu’on lui serre la main, petits bisous envoyés dans l’air et compliments ambigus.
Mais aussi toutes ces questions à Jérémie sur les positions, les pratiques, le plaisir…
Comme pour tous les Africains que nous croisons depuis le départ, les égyptiens sont dans l’incapacité de décoder le monde des images ! Victimes.
Qu’est-ce qui est vrai ? Comédie ? Réalité ? Documentaire ? Fiction ? Sexe ou amour ? Des comédiens ou Claire et Jérémie ?
Ils sont à mille lieux de s’imaginer ce qu’il en est de ces vidéos, nous tentons d’expliquer ce que nous pouvons…

Les sites de vidéos pornos sont les plus vus avec Facebook (80% des connexions internet des cyber cafés a eux deux !!)



Un moteur bourdonne. Il est immobile. Ce ne peut pas être le bruit d’un camion. Une pompe tire l’eau des profondeurs et fait jaillir avec énergie la source dans les canaux d’irrigation qui partent vers les palmiers.
De l’essence contre de l’eau, ainsi va l’agriculture dans les oasis.
Pour ne pas la gâcher, elle est apportée dans un bassin.

De la détente des corps flottants… le désert est parsemé de ces sources d’eau chaudes.
Nous savourons, comme une récompense méritée, l’eau qui lave notre corps couvert de soleil et de désert.
Ça sent fort le souffre, et ça brûle (l’eau qui sort des entrailles de la terre est a environ 40 degrés…). On lui prête de nombreuses vertus thérapeutiques… Je prends un bain dans cette eau ferrugineuse. Elle est chaude.

Le pure style des nouveaux riches Egyptiens.



Des jarres d’eau, comme au Soudan, dans un style plus moderne.


Nous sommes régulièrement surpris par ces gamin de 10 ou 11 ans qui pilotent la moto de papa. Ils se lancent dans la circulation en nous collant dangereusement, conduisant le bolide comme un jouet.
Les petits garçons sont les rois. Nous assistons plusieurs fois a des scènes ou ces derniers grimpent partout, font du bruit en quêtant d’un œil une éventuelle réaction. Visiblement papa n’ose pas, son fils chéri, il est merveilleux. Maman ose encore moins devant papa.
Le gosse obtient ce qu’il veut.
Jamais nous ne voyons les petites filles parader devant nous (les invités), elles se tiennent sagement assises, elles savent déjà que c’est différent pour elles.


Toujours une surprise, cette eau qui sort de nulle part, apportant fraîcheur au milieu de ces étendues désertiques.



Une promenade au milieu des palmiers-dattiers s’impose, pour croiser les paysans revenant des champs.
Les habitants vivent au rythme des récoltes des dattes et des olives qui s’épanouissent sur ce terrain fertile. Cette richesse fit de cette « route des oasis » une étape clef pour les caravanes en route pour la Mecque. Aujourd’hui, les 4×4 asiatiques font concurrence aux dromadaires… Mais les charrettes à âne restent le moyen de locomotion privilégié des oasiens.
Ce sont des as de l’agriculture, ils ont façonné un paysage vert, luxuriant et vraiment magnifique. Les cultures sont très variées et les champs sillonnés par d’innombrables canaux d’irrigation.
Le chapeau de paille vissé sur la tête, depuis le champ ou le dos de leurs mules, ils nous saluent de loin.


« Moi, si je devais résumer ma vie, aujourd’hui, avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres, des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi, et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée, parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l’interlocuteur en face, je dirais le miroir qui vous aide à avancer ; alors ce n’est pas mon cas comme je le disais là, puisque moi au contraire j’ai pu et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie, je ne suis qu’amour, et finalement quand beaucoup de gens aujourd’hui me disent : Mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? Et bah je leur réponds très simplement, je leur dis : c’est ce goût de l’amour, ce goût donc qui m’a poussé, aujourd’hui, à entreprendre une construction mécanique mais demain, qui sait, peut-être, simplement à me mettre au service de la communauté, à faire le don, le don de soi… »


Ils se spécialisent aussi dans l’élevage de pigeon, pour faire le fameux Amam mashi, farci au riz.

EL-QASR,

une ancienne citadelle médiévale remarquablement conservée.


Al-Qasr (la forteresse), est une image de ce à quoi devait ressembler les oasis avant que l’homme moderne n’en change la physionomie. Le village a été construit sur des fondations romaines. Il n’est plus habité aujourd’hui que par quelques dizaines de personnes vivant essentiellement du tourisme (poterie, vannerie, guide).
Sur la photo, on voit une mosquée avec un minaret du XIIème siècle, transformée en tombeau, celle du Cheik Nasr Ad-Din. Les ruelles couvertes sont fraîches, et protégées des tempêtes de sable. Des versets du coran sont gravés sur le cadre des portes, ainsi que des bateaux en référence au pèlerinage vers la Mecque.
Un fort sentiment d’abandon émane des lieux.
Il est dur de conserver de tels édifices, car à chaque pluie, les briques se délitent. De plus, les « locaux » n’ont pas un grand intérêt pour ces ruines. Les anciennes maisons servent même d’étables pour les ânes. Ca évite d’en construire de nouvelles…

Accompagnés d’un guide aussi aimable qu’une porte de prison (nous lui donnerons quand même une pièce à contre cœur), on se balade dans le dédale des ruelles, labyrinthe qui permet de se projeter dans le passé.
Lourdes portes en bois, inscriptions de nom de rue, pigeonniers, la salle de la madrasa (école Coranique) sont autant d’éléments qui offrent un bel aperçu de l’architecture musulmane.







Un moulin à grains.


Traitement des olives. Une roue tournante permet d’enlever les noyaux, puis, le pressoir écrase les fruits enserrés dans des sortes de nattes circulaires.


La « madrassa », cour de justice le matin, école coranique l’après-midi. En sortant, la porte est toujours surmontée d’une potence…





Repas traditionnel égyptien : du pain, du houmous (purée de fève ou de pois), légumes baignés dans le vinaigre pimenté, fromage, salade de tomate, foul (plat de haricot), et des falafel (beignets).

Ahmed nous apporte notre réserve de pain pour les 3 jours de route à venir.
Allez, c’est l’occase de vous parler de nos repas… Mais que mange t-on sur nos bicyclettes ??? Et bien du pain, environ deux par personnes et par repas, des fruits (bananes, mandarines, dattes, pommes… un bon kilo pour chaque), quelques légumes (les sempiternelles tomates, oignons, concombres), du fromage type mauvaise fêta, un petit stock de pâtes ou de riz, et des conneries sucrées. Ca pèse une tonne à chaque départ, puis le poids diminue au fil des jours.


Selon Hérodote, c’est dans cette partie du désert libyque (sur la plaine au pied de ces montagnes) que Cambyse, le leader persan, , perdit plus de cinquante mille hommes de son armée partis à la conquête de Siwa. Siwa c’est une autre oasis, bien plus loin.

On voit ce panneau sur la route, on bifurque pour aller faire une petite visite improvisée. Nous apprenons plus tard sur Internet que « Qaret el-Mouzawaka » est une nécropole de l’époque Gréco-romaine. Les Égyptiens ont transformé cette colline en un immense cimetière, creusant ses flancs de 400 sépultures. Aujourd’hui, la montagne s’effrite comme du mille-feuille, laissant apparaitre les cavités.






Comme prévu, à 127 Km un poste de police pour prendre de l’eau.


On rate la gamelle de près ! Digne d’un vrai Mario-kart !


On ne peut pas se perdre.
Pourtant, loin d’être monotone, le désert est riche en surprises et possède une force qui inspire le respect, à l’instar des grandes montagnes.


Nous regardons le soleil tomber dans la mer…de sable.



Une petite tornade de sable nous passe sous le nez.


Surprise de jour ? … le vent ! Il s’engouffre dans le T-shirt et nous pousse de biais.
- « tu penses à koaaaa ? »
Et c’est parti pour quelques minutes d’un jeu de question/réponse qui fait passer le temps et les kilomètres.

KM 768 : L’OASIS DE FARAFRA (roulez les « r »)


Comme toute les villes du désert, elle n’arrive jamais, et pof elle arrive d’un coup.
Celle-ci, Farafra, compte un certain nombre d’habitant d’origine Libyenne. Pas aussi « développée » que les autres oasis, nous n’y resterons qu’une nuit.

LE DESERT BLANC, conception immaculée de la nature.

Des sculptures naturelles surgissent des dunes de sable.
Blancheur éclatante érodée par le vent, une exposition d’œuvre d’art à ciel ouvert ! Salvador Dali en monochrome 
Apogée du voyage, notre détour de 800 Km à travers le désert valait bien ces photos, non ?



Quelle émotion quand on s’avance dans le labyrinthe des concrétions immenses du Désert Blanc… Les traces de nos roues dans le sable couvrent celles des 4×4…. Tout un symbole.







Le sable reprend ses droits et nous devons descendre des vélos pour pousser et trouver un lieu pour la nuit.







Vingt mille lieux sur la terre ! C’est ici que pour la postérité, nous prenons la photo symbolique de notre 20 000ème kilomètre !




Nous posons la tente pour un bivouac de luxe sur la lune, sous les étoiles, et sous un palmier solitaire dans cet univers délirant.
La nuit, loin de toute pollution lumineuse et atmosphérique, le désert ouvre le rideau sur un décor de toute beauté. C’est en comptant les étoiles et non les moutons que l’on s’envole chaque soir au royaume des songes.


Durant la nuit, Jérémie, avec la lune pour seul réverbère, va faire pipi, et se retrouve nez a nez avec un « renard du désert », fennec comme on les appelle ici. Nous dormons sous l’œil curieux d’un renard du désert qui ne se laissera pas prendre en photo. Au matin, il ne reste que ces traces. Attiré par la nourriture, il est sans doute venu nous souhaiter bonne nuit.




A la vitesse du vélo, les paysages ont au plus une durée de quelques heures. Le désert crayeux du matin a cédé la place à des blocs de roches sédimentaires friables.
Ces montagnes étaient de bons points de repère pour les caravanes de jadis.



Au menu ce midi :
Petit sablé sans lentilles, pâté de sable, croustillants au fromage, crumble de banane, gâteau de semoule, et bien sur… vol au vent.


Ça se précise. Le vent dans la gueule, le vent dans la gueule, le vent dans la gueule. Euphémismes.
Ce vent est appelle ici le « Khamsin ». Il apparaît en mars suite à une forte chute de température après la saison chaude des tropiques (Ouganda, Kenya…).
Il balaie sans aucun obstacle des milliers de kilomètres de désert, pour finir par buter dans les rayons de nos roues et nous fouetter les mollets. Il est toujours accompagné d’une nuée de poussière et de sable soulevés du sol.
Il traverse le corps, souffle par les oreilles, efface les traces de la mémoire.
Ce vent pousse à l’oubli, nous transforme en compagnon de voyage de ces minuscules grains qui s’affolent sur la route.
Notre bouche est vite pleine de sable, comme nos oreilles, notre nez….
La conduite est dure, nous sommes malmenés par les rafales. Un seul mot : résister.

Des bancs de sable couvrent la route, nous dérapons.
Il s’arrête comme il est venu.
Ça aurait pu être pire.
Il aurait pu être de face.



Nous passons près de la « montagne de cristal », énorme rocher formé de cristaux de calcite et d’aragonite.







Au nord du Désert Blanc, juste avant d’arriver à notre dernière oasis, commence le Désert Noir. Le « Sahara Suda » (souvenez-vous de l’origine du nom du pays « Soudan », terre des hommes noirs…) porte son nom à cause de la couleur que revêt la surface du sol, parsemé de cristaux noirs. C’est du basalte, une roche éruptive. Les pierres volcaniques sont, en fait, issues de remontées de magma dans des failles qui se sont ouvertes durant l’ère secondaire (ça c’est une phrase toute faite choppée sur le net).

KM 962: AL-BAHARIYYA, oasis oasis, c’est bon c’est bon !


En fin de journée, on arrive à Bawiti, la capitale de l’oasis de Bahariyya, où récemment une dizaine de milliers de momies ont été retrouvées, en plus de 200 sarcophages richement décorés. Les experts estiment que des dizaines de milliers de momies seraient encore ensevelies !
Cette oasis est fameuse depuis longtemps, jadis, le vin de Bahariyya s’exportait jusqu’à Rome !
Plus loin se trouve le village bédouin de  » El Hayz », où se trouvent les ruines d’une des plus anciennes églises du monde. On l’a su trop tard, on l’a ratée sur le bord de la route.

Alors que nous entrons tranquillement à Bawati, en cherche d’un endroit où crécher, nous sommes accostés par Mohammed, dont le père tient un petit hôtel. Hélas, l’hôtel en question ne rentre absolument pas dans notre budget. Nous essayons d’en convaincre Mohammed qui pense qu’on pinaille pour trois sous, mais comme entre temps on sympathise, il finit par nous faire un énorme prix discount. En réalité, le peu de touristes cette année oblige les hôtels et resto à accepter des clients à n’importe quel prix. Nous resterons trois nuits dans cette dernière oasis, pour bien nous remettre en forme, écrire les reportages du Soudan que vous avez déjà dû lire, et surtout…

… Préparer la dernière étape jusqu’au Caire. La plus longue, la plus dure, la plus sans rien.
Certaines cartes annoncent 320 Km, d’autres 360. Deux cyclistes nous ont dit 400 jusqu’à Giza. Pas moins. Gloups.



2 Kgs d’oranges.
2 Kgs de clémentines
2 Kgs de tomates.
2 Kgs de pain.
2 Kgs de bananes.
2 Kgs de gâteaux.
1 Kg de carottes.
1 kg de goyaves.
6 melons.
2 Kg de pommes.
1 kg de fromage.
2 pots de confiture.
1 pot de miel.
1 kg de pâtes.
1 kg de riz.
1 Kg de Halawa (pâte de sésame collée dans le glucose)
Et de l’eau, bien sûr.
40 kilos de surcharge, dont plus de la moitié pour Claire qui porte le garde-manger.

Et vous savez quoi ? Deux jours après, nous devons jeter nos deux kilos de pain car ils ont pourri dans le sac. Putain de soleil ! Pareil pour les tomates qui ont explosé dans une chute malencontreuse du sac. Nous mangerons les deux derniers jours que des produits pourris et en voie de daubage…


La dernière ligne droite. Ces kilomètres ne sont pas les plus beaux, sans compter que la route courbant doucement vers le nord-est, nous devons faire avec le vent qui se révèle capricieux (‘repsecte même plus ses horaires). On longe une voix ferrée. Le paysage est gris, plat, monotone.
Nous prendrons très peu de photos.


Une jarre remplie d’eau au bord de la route. On ne s’étonne plus.


Un abri providentiel à l’heure de la pause. Ca cogne dure depuis quelques jours, et le vent nous fatigue. Pour une fois nous ferons la sieste avant de manger, une heure et demi de dodo.



Ce coin est celui des pompeurs de pétrole.


Ça nous pendait au nez, PAF, le pneu éclate au kilomètre 20 168. Merci, vieux, pour tous ces kilomètres. Heureusement qu’il y a ton petit frère dans la sacoche.
Nous avons appris à vivre avec peu, et donc chaque chose que nous portons est (presque) indispensable.
Jérémie égare coup sur coup une chaussette et un pull. SON pull. C’est un deuil terrible. Le seul vêtement du départ qui restait dans la sacoche. Nous sommes devenus des intégristes fétichistes.

Il est un autre deuil que nous devons faire, celui d’un des piquets de la tente. Et ça c’est vraiment nul (on dira pas c’est la faute de qui) parce que du coup la tente, elle est toute de guingois.


Des baroudeurs Francais (5 enfants de 4 à 12 ans et leurs 2 parents) qui voyagent depuis deux ans en voiture nous doublent : L’aventure ne s’attrape pas dans un fauteuil. http://www.pasdansunfauteuil.fr/
Sur la photo ceux sont des Polonais qui voyagent eux aussi, complètement dépassés par ce que nous entreprenons.


Claire : un truc que je voulais essayer de réaliser depuis longtemps : un thé du désert, à l’eau de bouteille naturellement chauffée au soleil..


L’autoroute s’enfonce dans la civilisation bordée d’immondes panneaux publicitaires.
Caire en vuuuuue !
La zone pétrolière nommée avec humour « Green Valley » est derrière nous, place maintenant à la ville. D’immenses barres d’immeubles se succèdent, bâties en vitesse dans un béton glauquissime. Des milliers de petites fenêtres noires se découpent dans les murs de briques comme autant d’yeux morts. En guise de panorama pour ces ouvertures, le néant du désert. Le Caire semble repousser ici, loin de la vue de tous, les poubelles, les gravats, les indésirés. Impossible de savoir si ces bâtiments sont en cours de construction, achevés, ou abandonnés, en tout cas leur capacité d’ »accueil » semble astronomique.


Le Grand Caire, avec ses 20 millions d’habitants, est la ville la plus peuplée d’Afrique.
Le trafic reprend donc ses droits. Fini les journées de pédalage paisible à occuper la chaussée dans toute sa largueur.
Il est impossible en photo de retranscrire le chaos et la dangerosité de la route. Probablement les kilomètres les plus « dangereux » de notre voyage à vélo.
Car le trafic a beau être dense, ça ne ralentit pas pour autant ces inconscients de la route. Pas une accalmie. Jamais. Accélérateur, frein et klaxon..
On se lance dans la bataille, le cœur battant, parfois en nous faisant tout petits le long du trottoir, et parfois occupant une voie entière sous les klaxons estomaqués. Une seule règle pour nous, regarder partout, et pour tous. Chaque dépassement est un défi, une provocation. Sans klaxons, on gagne au bluff.

Le bruit sature nos oreilles, les coups klaxons et le vacarme de ces quincailleries soumises aux tremblements de la route pourrie placent le niveau sonore à un seuil infernal. Nous crions pour nous parler l’un l’autre, la pollution brûle la gorge et les poumons, on n’a jamais vu ça !
Plus d’un millions de véhicules anciens et mal entretenus qui créent un nuage gris opaque sur la ville. Une usine à ciel ouvert.
Même le soleil à travers la pollution semble un jaune d’œuf industriel.




Ici, une charrette à contre-sens !!!!!


Nous nous bouchons le nez, et avançons dans la tourmente.
Happés, engloutis par un flot nauséabond de voitures. Coups de klaxon, coups de freins, coups de gueule. Nous luttons contre le courant qui nous emmène malgré nous.
Tout n’est que bruit. Les Égyptiens naissent avec un klaxon comme cinquième membre. Tout nous agresse, nous devenons fous, nous défendons en criant, en agressant à notre tour.
Apres qu’une voiture ait fait du pousse-pousse avec le vélo de Jérémie qui shoote la portière au pied, ou un autre qui recule en ouvrant sa portière sur notre voie, et un troisième qui déboite, nous double au ralenti car il n’y a visiblement pas la place, s’engage quand même en nous frôlant avec un sourire… Bref, Jérémie s’arme d’un bâton qui a servi deux fois pour faire prendre leurs distances aux Satanas de la route.

LA NECROPOLE DE SAQQARA:

Le premier monument en pierre de l’histoire…

Nous sommes logés deux jours à Saqqara chez une couchsurfeuse. Superbe base pour aller voir quelques sites remarquables de la périphérie du Caire, à commencer par la Nécropole de Saqqara.

Moins connue que ses descendantes de Giza, la pyramide de Saqqara n’est pourtant pas moins digne d’intérêt. Jugez plutôt.
De nécropole, le site se développe autour de la première pyramide « connue » construite en Egypte.
Le premier monument en pierre de l’histoire (vers -2600), du moins de cette ampleur…
Les premiers rois de l’ancien empire y firent bâtir leur mastaba et marquer l’emplacement d’une stèle. Le suivant voulu faire mieux et en superposa deux. Et ainsi de suite. Et c’est donc comme ça que la première pyramide fut édifiée par Imhotep (un hiéroglyphe le mentionne gravé sur une statue), l’architecte de Djéser ( IIIe dynastie).
Imhotep pourrait être le « premier » architecte connu de notre humanité pour avoir réalisé cet édifice inestimable, sanctuaire et centre de pèlerinage le plus important des premiers temps.
Puis vinrent plusieurs autres plus tard, dont les fameuses pyramides de Kheops et Kephren, à 20 Km de là, que nous verrons demain.
Comme on vous a tout bien expliqué, au Moyen Empire, avec l’éloignement du pharaon et de sa cour, la nécropole fut quelque peu délaissée pour la vallée des rois à Thèbes.

Son nom : « La pyramide à degrés du roi Djéser ».

De nombreux mastaba (sépultures de nobles comme des petites maisons) de cette époque nous sont parvenus, contenant des reliefs d’une qualité parfaite décrivant la vie quotidienne de l’Égypte antique. Là encore, photo interdite, nous en choppons donc sur internet pour vous raconter. Décrivant avec précision la vie quotidienne des Egyptiens ainsi que leurs rituels, ils nous en disent long sur cette époque. Appréciez plutôt.

LE TOMBEAU DE KAGEMNI, savoureux et plein de vie.

Kagemni était un haut fonctionnaire, proche du roi Teti que nous verrons juste après.
Les deux mastabas sont côte à côte.


Dans cette salle aux murs d’un bleu foncé, le défunt regarde de grands défilés de porteurs d’offrandes.


Un ensemble de traineaux, pour porter d’énormes jarres.


Des volailles (regardez les têtes qui dépassent du panier) et un veau qui n’est pas à l’échelle.


Des volatiles et des lotus.


Un peu au hasard (voire beaucoup) : pains, salades, figues, lotus ?


Mini-veau, volailles, superbe bouquet avec papyrus et lotus, un autre très beau lotus dans (ou au dessus d’) une jarre.


Dans une autre salle, au-dessus de la porte, un nain conduit des animaux familiers, dont un singe.


Et dans un coin…


Un papillon.


…et des grenouilles…


Cet homme semble nourrir un petit cochon…


…en régurgitant le contenu de la jarre qui lui est tendue.

LE TOMBEAU DE TETI

Teti est un roi de la VIème dynastie. Nous vous passons l’ornementation des murs et filons directement au tombeau de pierre froide. Il n’y a tellement personne que nous nous sommes fait une petite sieste méditative, au frais, dans un silence intégral, adossés au roc.



Le monticule au premier plan est probablement ce qu’il reste de la pyramide d’Ouserkaf.
Tout au fond de la photo, à 20 Km de là (imaginez donc la taille), nous voyons les pyramides de Dahchour, l’évolution de la pyramide « à degré » de Saqqara, dite « rhomboidale », étape intermédiaire qui aboutira à la forme à « face lisse » que tout le monde connait.
Rhomboïdale, mot compte triple, signifie « dont les faces lisses constituent une pente à sections d’inclinaisons décroissantes en direction du sommet ».
Ce type de pyramide est la dernière étape menant au stade ultime de l’évolution des pyramides d’Égypte vers les pyramides à faces lisses de la IVe dynastie (vers -2573 à -2454). Parmi les plus célèbres, on trouve les pyramides des pharaons Khéops, Khéphren et Mykérinos à Gizeh près du Caire.
Superbe transition, allons-y.

KM 1358: AL-GIZAH, ses pyramides, son sphinx, ses touristes.


Cette fois on n’y va pas en vélo mais en transport en commun (pas fous), qui est un hybride de voiture et de sapin de noël.


A la vue des pyramides, le mot « pharaonique » prend tout son sens.
Au centre d’un vaste complexe funéraire qui continue encore à sortir de terre, la première, la plus grande, 137 mètres de hauteur, est celle de Kheops. La seule des sept merveilles du monde antique encore existante, le plus gros monument de pierre érigé sur terre, un des plus ancien aussi.
Elle a 4 600 ans, la vieille ! Matérialisation d’une idée de l’éternité, « si la vie est éphémère, ma tombe sera immortelle » semble dire pharaon à travers elle
Au pied de sa première façade, les touristes se font prendre en photo et repoussent les assauts des chameliers et autres vendeurs de chinoiserie. Un essaim de faux guides nous sauté dessus comme sur un gâteau au miel.
Mais heureusement, à peine le coin de la pyramide dépassé, il n’y a presque plus personne.
Le site est… vide.
Révolution oblige, les bus de touristes ne sont pas encore chauds pour un retour au pays des pyramides. Deux cars sont sur le parking qui en accueille jusqu’à 300 en saison pleine, et ceci avant les manifestations de janvier.
On nous avait dit que Giza, c’est un zoo à touristes avec plus grand-chose d’authentique. Une prison dorée, un Disneyland ethnique.
Pas aujourd’hui.
Les gens qui vivent du tourisme sont tristes, nous nous sommes très heureux, et nous nous baladons tranquillement.
C’est du pied de cette pyramides que Bonaparte, lors de la campagne d’Égypte en 1798, avant une bataille décisive, aurait prononcé le célèbre « Soldats, songez que du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent. »



Autre témoin de la civilisation égyptienne antique, celle de Khéphren fils de Khéops. Plus petite (quoique), avec le chapeau blanc. Et une troisième, derrière : celle de Mykérinos.
La pyramide de Khéphren est la deuxième plus pyramide d’Egypte. Elle surplombe deux temples. Elle fut bâtie pour le pharaon Khéphren, fils de Khéops. Son sommet est encore couvert de calcaire, et bien que plus petite que celle son père, elle parait pourtant plus haute car érigée sur un emplacement plus élevé et dont les pentes sont plus inclinées (aaaah, c’est pour ça alors).

Mykérinos…

À la fois les plus impressionnantes et les plus emblématiques de cette civilisation, leur histoire est tellement vaste et complexe qu’il faut des livres pour parler d’elles. Nous gardons pour vous juste quelques petites anecdotes intéressantes :

  • Toutes les pyramides de l’Ancien Empire sont orientées sur les quatre points cardinaux par les faces, cela avec une grande précision.
  • La construction ne pouvait être pratiquée que durant l’époque de l’inondation, lorsque les travaux des champs étaient suspendus et que l’eau, parvenant jusqu’au désert, permettait d’apporter les blocs de pierre pratiquement au pied du monument à construire.
  • En ce qui concerne celle de Kheops, près de 2.5 millions de blocs de calcaire de 2.5 tonnes (chaque bloc a plus d’un mètre cube) durent être entassés.
  • Reste-t-il ou non de chambres cachées dans la pyramide de Khéops ? Et bien sûr avec les « trésors » qu’elles pourraient contenir ?
  • Sans fer, poulie ou roue, le grand mythe persistant concerne la méthode de construction de cette pyramide. Rampe extérieure ? Système de contre poids ? Aide extra-terrestre ? Aucune n’arrive à faire l’unanimité… sauf une récente avancée par un Francais, JP Houdin, qui avance l’hypothèse de la construction d’une seconde rampe à l’intérieur de l’édifice qui aurait permis de monter les blocs pour la suite des travaux. Cette rampe en forme de spirale, construite depuis la base de la pyramide, aurait ainsi couru à quelques mètres des faces de la pyramide, en vingt-et-un tronçons et sur 1,6 km. À chaque rencontre de l’une des arêtes, un espace ouvert aurait permis de tourner les blocs de pierre. La partie supérieure de la pyramide aurait été ainsi construite avec les matériaux récupérés lors du démontage de la rampe extérieure, ce qui expliquerait l’absence sur le terrain de résidus importants qu’une rampe extérieure unique n’aurait pas manqué de laisser. Cherchez sur le net, c’est passionnant.


Vue sur le Caire.
Développement flagrant des quartiers touristiques au dépend des populations locales. A l’heure actuelle, l’arrivée ininterrompue de pauvres des campagnes se traduit par une occupation de tous les espaces libres, dans toutes les directions… (On vous épargne la vue sur le terrain de golfe qui se répend à côté)

LE SPHINX:

Qu’est ce qui a 4 roues le matin, deux roues à midi,

et des ailes le soir ? Le cyclo-voyageur !

Le sphinx, en contre bas des pyramides, long de 73 m et haut de 20, semble tout petit.
Il fut sculpté dans le roc, et représente le corps d’un lion couché et une tête humaine. Sûrement celle d’un souverain portant le « némès », identifié au pharaon Khéphren, fils de Khéops, ou bien Khéops lui-même.
Recouvert de sable à plusieurs reprises, il était probablement le gardien du site, ou peut-être plus précisément du temple construit à côté de la pyramide de Khéops.

LE CAIRE,

ville infatigable ou s’interpénètrent époque pharaonique,

gréco-romaine, chrétienne et islamique.



« Ne me classifie pas ! »
Autrement dit, l’habit ne fait le…mal.
Ici, l’apprentissage se fait en annonçant a tue-tête les versets du Coran des heures durant. Apparemment ca nettoie le corps et l’âme que de répéter le Coran.


« La révolution est passé par ici, elle repassera par la. »

@nonymous a la sauce Egyptienne.


« Le parti qui réunit les révolutionnaires » ou comment réconcilier Che Guevara et Hitler !
Ben oui, il ne faut pas oublier qu’en Egypte anti-Israël jusqu’au bout des ongles, Hitler est un exemple.




La croissance économique des années 60 provoqua une énorme croissance démographique au Caire, qui compte aujourd’hui presque 20 millions d’habitants. C’est une ville grouillante, polluée et poussiéreuse.
Nous sommes mentalement et physiquement sur les rotules. Par le rythme forcé imposé par le vélo, mais aussi les « à-côtés » du voyage dans le désert : pas de douche, eau chaude dans les gourdes à partir de 10h du matin, repas de fruits un peu pourris à cause des longues distances …


Nous nous refugions chez Nagui, un Égyptien professeur de français qui a une grande passion : accueillir…
Nous passons les 4 premiers jours au Caire sans bouger de l’appartement de Nagui. Films, dodo, internet, cuisine, lecture, accordéon, aquarelle, et des litres de thé pour Claire qui n’en peut plus de le boire dans des minis-verres trop sucrés.
Exquises retrouvailles avec le PQ et des toilettes si propres qu’on y dormirait mieux que dans notre tente.
La glande-attitude totale entre quatre murs, que c’est bon de ne pas se sentir « exposés », d’être à l’abri !
Durant les 10 jours où nous serons dans sa « pension de la joie », nous verrons passer des Espagnols, Mexicains, Japonais et Francais. Homme de culture et de science, Nagui nous éclaire sur son pays, la révolution, la situation des femmes, des homosexuels, des coptes… et sur la cuisine du pays.
La table de la photo est couverte de ce que l’Égypte peut offrir de meilleur. Feuilles de vigne, purée d’aubergine à l’ail, warakenab, kochari, felfel, kofta, kobiba, kosa, golach…
Pour nous, c’est une semaine studieuse à écrire le reportage sur l’Egypte, ponctuée de sortie-concerts, théâtres, et balades avec Nagui.
C’est aussi la première fois que nous envisageons réellement la fin de notre aventure en fixant la date du retour. Qui sera là ? Qui ne le sera pas lors du passage de la ligne d’arrivée ?

Nagui est copte, chrétien dans la république Islamique d’Egypte. Une situation difficile.
Minorités en terre d’islam, les coptes sont juste tolérés. Citoyens de seconde zone, stigmatisés du fait de leur religion inscrite sur leur carte d’identité.
Le nombre de Coptes est l’un des secrets les mieux gardés en Égypte. 12 millions selon la communauté copte, 8 millions selon le gouvernement. Disons donc 10 % de la population. Mais seul 1% de coptes sont au parlement.
Tous les musulmans sur notre chemin nous affirment corps et âme qu’il n’y a pas de discrimination religieuse.
Toutefois nous savons qu’il n’y a aucun mélange possible. Si un musulman épouse une copte, les enfants seront musulmans. Et il est hors de question qu’une musulmanes épouse un copte.
Les églises sont souvent anciennes et délabrées, les autorisations de réhabilitation se livrent au compte goutte (il faut un décret présidentiel pour réparer un robinet ironise-t-il), alors que fleurissent les mosquées financées par l’Arabie Saoudite : cinq par village pour reprendre la symbolique des cinq piliers de l’Islam, ça fait suffisamment de haut-parleurs pour couvrir le clocher…
Nagui nous parle de « discriminations flagrantes » : trouver un emploi, un logement, une école… relève du parcours du combattant. Vis-à-vis de la loi, ils ont toujours tort. Écartés du pouvoir politique, marginalisés dans le monde administratif et culturel, ils vivent une situation difficile niée par les musulmans.
Par exemple, leurs témoignages devant la justice n’est pas prit en compte car ils ne jurent pas sur le Coran …

Nagui est un cas d’école. Homme d’art et d’esprit, il se rend en Europe pour étudier la théologie à l’âge de 23 ans.
Formaté, comme tous les Egyptiens, à détester les juifs et Israël depuis sa plus tendre enfance, il rencontre son « premier » sémite, comme il dit, favorable aux accords de paix et à la libération des terres occupées, et apprend à ne pas faire l’amalgame entre le gouvernement et le peuple.
Plus encore, il apprend que les livres d’histoire Egyptiens mentent. La guerre des Six Jours (qui opposa en 1967, Israël à l’Égypte, la Jordanie, la Syrie et l’Irak) n’a pas été gagnée par l’Egypte et ses alliés mais par Israël !
Plus encore !
Il apprend l’existence de l’holocauste, visite même Auschwitz … Il nous parle d’une prise de conscience importante, d’un véritable « traumatisme ». Dès lors, il remet fortement en cause ses croyances et le système éducatif de son pays.
Depuis, il lutte pour la liberté d’expression, de culte, d’information, comme pour le SIDA et les protections existantes. Car dans les livres scolaires d’aujourd’hui, la première recommandation à suivre est : « pour te protéger du virus, suis les enseignements de ta religion ».
Le préservatif ? Personne n’en parle dans les manuels scolaires, ce serait une incitation à la débauche, au sexe facile, à l’homosexualité condamnée par les bonnes mœurs…
Il y a de la galette sur la planche…


Nagui est aussi passionné de théâtre. Une troupe Française avec qui il a déjà travaillé il y a quelques années est venue faire diverses représentations en Egypte. Nous passons plusieurs soirées avec ces gens complètement formidables, et on se promet de garder contact et de retourner les voir en France.
http://www.compagniedesgens.fr

Jeremie, lui, trace la route… à grand coup de crayons.



Dans le métro du Caire, en regardant le symbole d’une femme sur un panneau lumineux « LADIES », Claire pense bêtement  » Super, des toilettes dans le métro, moderne l’Egypte ! ». Ma pauvre… ces panneaux délimitent en fait le wagon réservé aux femmes, dans lequel nous entrons un jour par mégarde. Jérémie sera prié de descendre par une femme que visiblement sa présence incommode. Nous prenons de plein fouet cet Islamisme dur et austère.
Le même jour, nous croisons dans la rue une petite fille de deux ans voilée de noir dans les bras de son papa.
« Allah Akhbaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaar ! ». Le muezzin commence à nous les chauffer.
Nagui nous a confié qu’il y a trente ans, personne n’avait le voile, et encore moins le Hiqab intégral. Il nous confie en rigolant que lorsqu’il était petit, tout son voisinage se foutait de la gueule de la seule femme voilée de l’immeuble : tous l’appelaient  » la boniche »… Le voile n’avait pas la côte ! Il a commencé à apparaitre pour devenir la norme au retour des premiers travailleurs partis en Arabie Saoudite… Les tonnes de tissu bon marché importées d’Asie, colorés, frangés de petites perles ont crée un véritable phénomène de mode, faisant passer la pilule en douceur. Aujourd’hui, la quasi totalité des filles ont les cheveux et le tour du visage couvert, et la pression est dure pour les musulmanes qui refusent.
C’est le même phénomène que pour les mosquées fluo : un modernisme d’apparat pour un durcissement du comportement.

Alors que le besoin de changement transpire de partout :
- Il faut porter le voile pour être une bonne musulmane ? OK, aucun cheveu ne dépassera, par contre mes seins seront bien moulés dans les rayures horizontales !
- Je porte le hiqab, le voile noir intégral ? OK, mais j’irai quand même m’acheter un string a paillette dans la rue. Et c’est un barbu qui me le vendra, et devant la mosquée !
- Y a un gros tabou sur le sexe ? OK, et bien j’irais taper « sex » sur google, j’apprendrais bien quelque chose.
- Je ne peux pas parler à une femme dans la rue ? OK, et bien j’attendrais qu’une européenne passe, avec un peu de chance je pourrais même lui toucher le bras.
- Je suis une jeune femme et je dois me marier et faire des gosses ? Ah… non ça, ça a pas encore changé. Mais ça viendra !
- Je suis un jeune homme de quinze ans et je dois attendre mes trente ans avant d’avoir toute la dot pour me marier ? OK, oulà ! mais en attendant j’ai pas le droit de parler/fréquenter/mater/toucher un peu de femme ? Ben on va se trouver un copain un peu coopérant !

Vous l’aurez deviné, c’est l’heure du coup de gueule !
Mais comment ne pas réagir devant le repli sur elle-même d’une société qui n’aspire qu’à s’ouvrir ? L’intégrisme rampant s’empare des couches populaires, offrant un substitut d’éducation qui en détourne plus d’un de l’école publique. Les tabous sur la sexualité, le sacrifice de sa libre pensée, la peur de l’outre-atlantique, l’obscurantisme, provoquent beaucoup de tensions et de frustrations dont nous sommes témoins quotidiennement.

Allez passons à autre chose. Posés, les vélos qui ronronnent dans l’écurie de Nagui, notre appétit de découvrir la ville est immense.
Maintenant, place au culturel, avec quelques photos de nos balades dans ce monde ou s’interpénètre époque pharaonique, gréco-romaine, chrétienne et Islamique…

TARHIR, JE CHERIS TON NOM

A moins que vous ne parcouriez l’Afrique en vélo loin de l’agitation du monde et des médias, vous n’avez pas pu rater ce que l’on a appelle: « Le Printemps Arabe », mouvement de contestation populaire qui a agité cette partie du monde en décembre-janvier dernier.
Alors que la révolution en Libye tourne à la guerre civile, celle qui a eu lieu en Egypte a provoqué le départ d’Hosni Moubarak, et le pays est actuellement dans une sorte de « transition » démocratique.

L’expérience a ses secrets qui échappent aux tubes cathodiques.
Les informations venant de France concernant l’Egypte postrévolutionnaire nous ont rendus soucieux pendant tout notre trajet jusqu’au Caire. Mais ici vraiment aucun problème. La population est accueillante, bien loin des images que la presse ou la télé et les mises en garde du ministère des affaires étrangères diffusent, rien que des bonnes intentions à notre égard.


Revenons à nos Egyptiens.
Le symbole de la révolution fut l’occupation de la place Tahrir, (littéralement « libération » en arabe). Les premiers occupants de la place imaginent une société idéale et utopique, et s’expriment sur ces murs.
Or, après quelques mois d’une liberté d’expression sans précédent, l’étau semble à nouveau se resserrer. À présent, les artistes craignent non seulement la main-mise de l’armée sur l’industrie culturelle, mais aussi les pressions islamistes.
Au moment ou nous écrivons ces lignes, les élections n’ont pas encore eues lieues. Ce sera le cas lors de la publication de l’article…




« Non a l’exportation du gaz naturel en Israel, coupez le gaz a nos ennemis, on n’a pas de bombonnes de gaz en Egypte. »



Mélange de « Jugement Dernier », Picaso et de Chagall…


« La révolution continue. »


« Qui contrôle la justice ? »




« Glory to the Martyrs » : Martyr Mohamed Mohsen, Martyr Ahmed Youssef, Martyr Anas, Martyr Mohamed Gamal Mohamed
Et toutes les infos sur les auteurs et significations des peintures ici : http://suzeeinthecity.wordpress.com/













« Interdit de stationner sauf a la frontière ».


Ancien bras droit de Moubarak dont on dénonce ici les accords commerciaux avec Israël (gaz naturel entre autre)

L’EGYPTE ET SON CONTEXTE POST-REVOLUTIONNAIRE.


Chez Nagui, on se met au point sur la politique interne du pays.
Pour ceux que ca intéresse, voici un « Comprendre la situation politique de l’Egypte, pour les nuls ».
Il est super objectif, car c’est le nôtre.

En ce qui nous concerne et d’après nos observations sur le terrain, nous ne qualifions pas les évènements de « révolutionnaires ». Le changement social ou du système politique n’a pas eu lieu, et la minorité militante qui a lancé le mouvement s’est fait vite récupérer par les mouvements islamistes en pleine croissance dans le pays. Renommer la rue et la station de métro « Moubarak » ne nous semble pas suffisant pour parler de révolution.

Les élections qui s’annoncent en Juin ne sont pas véritablement démocratiques ou multipartites.
Trois clans principaux se dégagent :

- Les libéraux de gauche, socialiste, communistes… clairement minoritaires.
- Le « Conseil Militaire », proche du gouvernement sortant, qui ne veut pas une constitution islamiste de modèle saoudien.
- Les Frères Musulmans et les Salafistes (encore plus intégristes), férus défenseurs de la charia, ils condamnent toute réflexion sur les textes, et toute séparation état/religion. Ils manipulent les fidèles de l’Islam à des fins politique : transformer le système politique en faisant de la charia, imposée à l’ensemble de la société, l’unique source du droit.

Ces dernières décennies, Moubarak tenait le pays d’une main de fer.
Favorable à un Islam modéré, il combattait l’intégrisme des Frères Musulmans, envoyant les leaders dans les geôles de l’état. Voyant leur popularité s’accroitre avec l’influence de l’Arabie Saoudite, il refusait de faire des élections démocratiques.
L’état Moubarak maintenait volontairement le people en état de sous-éducation. Mais manipulation par les médias, corruption, présence policière et militaire surdimensionnée… ont fini par entrainer les manifestations que nous connaissons.
Après son départ pendant l’occupation de la place Tarhir, ont eut lieu des élections. Les islamistes, tous bords confondus, ont obtenu 65% des voix. Un raz de marée qui les met en position favorable pour dominer le futur parlement, face à des libéraux laminés.
Reste donc… les anciens sbires de Moubarak.
Après la peste, le choléra.
Quelle est belle la révolution…

Mais ce n’est pas tant l’élection du président de la République en juin prochain qui inquiète. C’est plus la montée de l’islamisme, la séparation petit à petit des lieux publics entre hommes et femmes (comme on l’a vécu dans le métro), le port du Hiqab qui se généralise, la haine d’Israël, la méfiance généralisée… D’après l’ambassadeur de France en Egypte, les Frères musulmans, les Salafistes et les Islamistes indépendants représentent ensemble environ 80 % des Egyptiens en âge de voter. La force des Frères musulmans, c’est l’illettrisme et la pauvreté. Agents de proximité, les mollahs, en profitent pour diffuser leur message de soumission.

La lutte contre l’Etat d’Israël est au cœur du mouvement depuis sa fondation. Allié au Hamas Palestinien, nous avons entendu plusieurs égyptiens nous dire qu’ils ne seront pas en paix tant qu’Israël ne sera pas « rayée de la carte du monde », en nous faisant un mouvement de coupe-gorge.
Gloups. Ambiance.

Pour lutter contre les Frères Musulmans, l’ancien gouvernement fait courir la rumeur que la révolution a été orchestrée par des forces extérieures (Israël et USA) pour permettre aux USA d’investir le Sinaï, sous couvert de « prévoir » une guerre Israël-Egypte au cas où les Frères Musulmans prendraient le pouvoir en Egypte.
Guerre qui serait alors inévitable.
Bref, la situation n’est pas très favorable aux accords de paix.

De notre cote, on a compris qu’il faut se garder de donner notre destination. Ici, ils ne plaisantent pas, et montrent une haine vis-à-vis des Américains et des Israéliens.
Par chance, Zinedine Zidane et Jacques Chirac ont la côte.
Un homme a dit à Jérémie une fois « Tout ce qui est préislamique ne nous intéresse pas. Nous ne comprenons pas pourquoi vous venez voir les pyramides alors qu’il y a des très belles mosquées au Caire. »
Jérémie répond : « Nous, on aime bien ces dieux vert et bleu, à tête d’oiseau ou de vache ».
Le monsieur n’a pas ri.

LE MUSEE DU CAIRE,

où l’on apprend qu’Akhenaton n’est pas qu’un rappeur

de Marseille.


Voici l’entrée du musée. Les photos étant interdite à l’intérieur, on fait comme d’hab, on en choppe sur le net pour les partager avec vous.
On n’a pas pris les photos « catalogue », ça fait plus « vrai » quand elles sont « mauvaises »
Le musée du Caire renferme des trésors de l’époque pharaonique qui n’ont pas été éparpillés aux quatre coins du monde.
L’impressionnante quantité de vestiges qui sont parvenus jusqu’à notre époque nous impressionne.
Statues colossales, sarcophages en or, pierres gravées, hiéroglyphes méticuleux, tables d’offrande, mobilier précieux à en perdre son hiéroglyphe…
Mais aussi beaucoup d’émotion pour de tout petits objets, des aiguilles, des peignes, des bagues, des crayons pour les papyrus…
Bref, beaucoup de ce qui a été trouvé dans les endroits que nous avons visités en Egypte : Vallée des Rois, Temples de Karnak et de Louxor, nécropole de Saqqara, pyramides de Giza… se trouve protégé dans le musée du Caire.
Nous terminons en beauté notre découverte de l’Egypte pharaonique, par les fabuleux trésors de la tombe de Toutankhamon.

Voici en vrac des exemples de ce que l’on peut y voir:


Statue de Kaâper, le « Cheikh el Beled ».


Un minuscule Kheops.
Une si petite statue pour un si grand roi.


Le scribe de Saqqara. Les reflets ne sont pas d’époque.
Celui-ci peut être comparé à celui du musée du Louvre, par exemple.


Rahotep et Nefret.
L’état de conservation est remarquable, nous tirons notre chapeau aux restaurateurs qui doivent faire un boulot de dingue.


Diadème de la princesse Sat-Hathor-Iounit, trouvé à El-Lahun (Illahoun, Fayoum).
12ème dynastie.


Miroir en argent lui aussi trouvé à Illahoun.
Le manche reproduit une colonne hathorique.

Nous approchons du plus grandiose.
Le trésor funéraire de Toutankhamon.
L’histoire de la découverte de la tombe de Toutankhamon est captivante et pleine de mystère, trop longue pour que nous la racontions ici. Retenez juste qu’un immense trésor funéraire remplissait a ras-bord la tombe du pharaon, à quelques mètres a peine de celles que nous avons visités dans la vallée des rois.
Comme nous l’avons vu plein de fois symboliquement dans les tombes, les vases canopes, au nombre de quatre, étaient destinés à recevoir les viscères embaumés du défunt. Ici ce sont quatre coffres canope dont le plus grand fait la taille d’une pièce, entièrement recouvert de dorures et de motifs destinés à accompagner le pharaon dans le monde des morts.

Ils renferment plus beau encore. Deux sarcophages dorés, gravés, ciselés, ornés, décorés… avec des pierres précieuses, marqueteries, qui renferment eux aussi la momie de Toutankhamon et son fameux masque d’or.
11 Kg d’or massif, le masque. Nous sommes envoutés par la perfection du visage royal, et imaginons l’émotion de l’explorateur qui en 1922 a trouvé la cache avant les pilleurs.
Souvenez-vous, c’était dans la Vallée des Rois, près de Louxor.
Il attendait là depuis 3 000 ans.
Et dire qu’il ne fut qu’un « petit » roi, comparé à d’autre, comme Ramsès II.
Le trésor est colossal.


Le diadème de Toutankhamon. Et dire qu’il a mis sa tête là dedans.


Un trône, avec marqueteries.


Le dossier d’une chaise.
On se tait et on admire.


Un coffre qui contenait les organes du défunt pharaon.


1er coffre en bois doré et faïence d’une hauteur de 3 mètres, et profond de…. 6.
Il y a trois coffres canope, emboités les uns dans les autres comme des poupée russes. Le dernier renferme…


Deux sarcophage en bois momiforme, recouvert d’or et orné de pierres fines et de pâte de verre incrustée.
Le sarcophage fait 1m80 de haut, et pèse deux cent kilos d’or incruste de lapis-lazulis, de turquoises, etc. Une petite couronne de fleurs séchées a aussi été retrouves aux pieds du cercueil…


Il protégeait la tête, les épaules et une partie du buste de la momie du jeune souverain. En or massif, il ne pèse pas moins de 11kg et mesure près de 54cm de hauteur pour une largeur de 39,3cm.

Le pharaon porte le némès. Cette coiffe réservée aux pharaons était en lin plissé ou rayé. Les rayures présentent sur celui-ci sont en pâte de verres bleus, imitant le lapis-lazuli. Sur ce némès, on observe les deux animaux de la royauté : le cobra et le vautour. Le cobra est la représentation de la déesse serpent Ouadjet, et le vautour la représentation de la déesse Nekhbet. Ces divinités étaient les protectrices du pharaon et du royaume. Elles étaient « les deux maîtresses » (ou « les deux dames ») représentant le nom de Nebty, deuxième nom de la titulature des pharaons. Le némès se termine dans le dos par une tresse.
Sur le menton, on observe une longue barbe postiche recourbée à son extrémité, en or et en pâte de verre. La barbe recourbée est une des caractéristiques des dieux égyptiens.
La poitrine est décorée d’un grand collier, appelé collier « ousekh » et composé de 12 rangées de perles en lapis-lazuli, quartz et pâte de verre. Le collier est terminé à chaque extrémité au niveau des épaules, par deux fermoirs en forme de tête de faucon, image du dieu Horus.
Les yeux sont en quartz et en obsidienne. Leurs angles sont teintés de rouge leur donnant une expression très réaliste, et sont rehaussés d’un liséré de lapis-lazuli pour imiter le khôl (poudre minérale utilisée comme maquillage par les Égyptiens).
Le roi est dans une phase de transformation ambigüe, entre mort et renaissance : les 2 déesses Nekhbet et Ouadjet sont encore dissociées.
Quand le roi sera redevenu vivant, les 2 déesses se fondront dans l’unité de l’uraeus et le roi deviendra un nouveau soleil qui se lèvera à l’horizon, d’où le visage doré (solaire) du roi et le Nemès dont les rayures symbolisent les premiers rayons solaires.

LE CAIRE ISLAMIQUE: 5 000 ans d’histoires.

La grande ville du Caire est un haut lieu de l’Islam dans le monde. Que d’évènements, de religions, de bâtiments à découvrir. Pour preuve les innombrables mosquées et autres « madrasas », principalement regroupées dans le quartier médiéval de la « cité aux mille minarets »: le Khan el Khalili.
Ville riche en sourires, en parfums, en couleurs… en vieilles pierres, il n’en demeure pas moins que la plupart des bâtiments sont en mauvais état, principalement à cause du manque d’argent pour réparer, et de la pollution.
Pour que vous vous y repériez, la ville que les Fatimides firent construire était traversée par une avenue appelée la Qasaba, de la porte nord (Bab el Foutouh), à la porte sud (Bab Zoueila), voire jusqu’a Ibn Touloun.
Aujourd’hui, la rue Mouizz li-Din Allah (du nom du calife ayant fait construire Le Caire) en reprend le trace. C’est celle ci que nous remonterons, une succession presque ininterrompue de monuments islamiques, au beau milieu de l’activité du souk, du sud (Ibn Tulun) jusqu’aux portes du nord.

On peut se dire qu’à comparer de la Mosquée Hassan II du Maroc, ou la Mosquée Bleue d’Istanbul, ces monuments manquent de clinquant. Il ne faut pas oublier qu’ils sont millénaires, contemporain de nos châteaux médiévaux en Europe.
Une boussole est indispensable, tout simplement parce qu’il ne faut pas se fier aux noms des rues et artères qui, très souvent, ne sont pas indiquées, ou le sont uniquement en arabe.

On commence par le sud, une Vue depuis une annexe de la mosquée Ibn Tulun.
Elle date du 9ème siècle et est donc la plus ancienne. Un minaret avec escalier extérieur, du haut duquel on peut s’inquiéter ou s’enthousiasmer de cette ville qu’est Le Caire.
La brume permanente n’est que le résultat de la pollution de l’air.
Dans les hauteurs, nous embrassons d’un coup d’œil toute la cité.
Les toits plats nous plongent dans une autre époque.




La grande cour, vue depuis le minaret.

Le pavillon aux ablutions avec sa fontaine, tous les deux du 13ème siècle.
Par un curieux retour des choses, ces mosquées à escalier extérieur (que l’on voit sur la droite) auraient à leur tour influencé les représentations de la tour de Babel, alors que Babylone construisait des escaliers intérieurs…


Au fond à droite, la citadelle, avec la mosquée Mohammed Ali. C’est une forteresse médiévale dressée par le grand Saladin. Cette place militaire fut utilisée jusqu’à la campagne de Bonaparte, et servit de prison pour le compte des anglais un peu plus tard.
A sa gauche celle du Sultan Hassan que nous allons voir juste après.



La fontaine aux ablutions.


Une mosquée sur la route.


Façade de la mosquée Al Riffai, abritant des tombeaux dont celui du dernier Shah d’Iran.

La Mosquée du Sultan Hassan, le plus grand monument islamique du monde.
Son plus haut minaret mesure 86 mètres, ce qui en fait le second plus haut d’Afrique.


Une seule formalité : quitter ses chaussures !


Un point marquant de la visite est la cour centrale. Les 4 madrasas, représentant les 4 grandes écoles coraniques sunnites, occupent chacune un côté de cette cour. On y enseignait à l’époque toute sorte de sciences, de la médecine à l’histoire, de la littérature à l’astronomie.




Au fond, la madrasa la plus développée est celle du mouvement majoritaire lors de la construction, sous les Mamelouks au 14ème siècle. C’est là que se trouve le mihrâb (chaire), ici photographié.
Orientés vers l’est, donnant la direction de la Mecque.
Restauré tardivement avec du marbre et une mosaïque de verre, il tranche avec la sobriété du reste de la mosquée.


A chacun sa place pendant la prière.



Le jour de notre visite, une classe est chargée de nettoyer les lieux.




Vue de la citadelle.


Voici un plat du genre « fond de frigo », fait de mélange de pate et de riz. Ils appellent ca le « couchenri », littéralement dérivé du Français « couche en riz ».


Nous remontons la rue principale, la « Qasaba », qui était aussi appelée « rue des deux palais », palais construits face à face par des califes fatimides, au nord d’Al Azhar.


Les maisons/terrasses bien adaptées au climat n’ont pas changé depuis des siècles.


La « Bab Zuweila », la porte du sud.
La dynastie Fatimide s’est installée dans l’actuel Caire en 969. Construite en 1092, cette porte est l’ancienne entrée sud qui permettait d’entrer dans la « seconde enceinte » de la ville.
Nous sommes tombés en pleine période électorale, d’où la banderole.



Sabil-kouttab d’Ismaïl Pacha, 19ème siècle.


Le complexe Al-Ghuri:


Tiens, ils affichent le cours de la livre dans les mosquées ? Mais non ! Ce sont les heures de prières…



Nous échappons à l’agitation de la ville en entrant dans le recueillement d’une mosquée.


Au pied de la mosquée, un vendeur de sous-tifs et de strings. Décidément, nous ne comprendrons pas grand chose des bonnes mœurs du coin…

Le soir, quelques impressions :



Le lendemain, on y retourne, en entrant par le nord cette fois, par Bab El Foutuh, la « porte de la conquête » : les armées l’utilisaient pour sortir de la ville lors des départs en campagne.
La ville d’Al Qahirah qui s’établissait ici était initialement entourée de remparts en briques crues.


Une deuxième muraille fut construite vers la fin du 11ème siècle, c’est celle que l’on voit en photo. Ce pan de mur entre Bab el Foutouh et Bab el Nasr est d’époque.
Au 12ème siècle, Saladin unifie Le Caire dans une seule muraille de 20km de long.

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1 euro le kilo d’olives épicées. Mettez m’en trois !

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La mosquée El-Hakim a été construite puis modifiée par les Fatimides.
Elle a ensuite été restaurée par les mamelouks suite à un tremblement de terre puis a de nouveau été laissée à l’abandon.
Elle a été restaurée récemment par une secte chiite ismaélienne qui se réclame des Fatimides (chiites aussi).

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La beauté des édifices du Khan El Khalili ne se limite pas qu’aux mosquées. Les maisons des anciens riches marchands et dignitaires valent le détour. Dans la rue « Darb el Asfar », « la rue jaune », la plus belle est Beit Souheimi, du 17ème siècle.
La plupart du temps, les maisons riches étaient construites dans une « haret », une impasse, pour la tranquillité.


Les murs extérieurs de ces riches maisons sont très austères, avec juste quelques moucharabiehs (petits balcons avec des ornements en bois qui ventilent la maison) comme seule décoration. La beauté est à l’intérieur.






Cette salle au premier étage, atteinte via un escalier en pierre, est le maq’ad, la salle de réception des hôtes de marque.


C’est une loggia avec un balcon donnant sur le jardin.



Quelques moucharabiehs, vus de l’intérieur cette fois.


Le jardin


A l’extérieur, une noria …permet de remonter de l’eau par la roue à aube qu’on devine au fond.

Une pierre à moudre le blé.

La mosquée et la madrasa du sultan Barqouq, dont le mausolée abrite la tombe d’une des filles du sultan.

Se perdre dans les ruelles, jouer à la petite souris, déguster des pâtisseries dégoulinantes de miel, prendre en photo quelques pans de mur, regarder la foule bigarrée se pressant dans la minuscule ruelle englobées dans le souk… Les ruelles médiévales abritent des chefs d’œuvre architecturaux, on plonge dans un tableau orientaliste.






Sabil-Koutab Abd El-Rahman, 18ème siècle.
Le sabil est une fontaine où chacun peut venir boire.
Financé par des personnes riches, il est une mise en œuvre d’un des piliers de l’Islam : le don aux pauvres (Zakat).


Wakala el Dahabi (17ème siècle).

LE SOUK KHAN EL KHALILI: Epices, and love.

Nous arpentons le souk, plongés dans une pénombre claire (un petit oxymore), dans les effluves de cumin, d’égouts, de chichas, de jasmin et de pots d’échappements.
Pas de vendeur qui crie, de marchands qui haranguent.
Surpris, on se fraye tranquillement un chemin entre les sacs de datte, de sucre, d’épice, de parfums, de savons, de tissus…
Bien sur on peut toucher, juste pour toucher. On peut regarder, juste pour regarder, et bien sur acheter, juste pour acheter.











Wakala el Bazaraa, caravanserail du 17ème siècle.
Un caravansérail est un lieu où les caravanes de marchands faisaient halte. Le bâtiment jadis accueillait négociant vendant leurs tapis et étoffes en fumant du narguilé, et les pèlerins le long des routes et dans les villes. Toujours fortifié, il comporte à la fois des écuries pour les montures, des magasins pour les marchandises dans une cour à arcades en bas et des chambres pour les gens de passage aux 2 étages supérieurs.
En ce moment il sert de salle de spectacle où nous avons assisté à un chouette concert de musique Nubienne.

Al Azhar est l’une des plus anciennes universités islamiques. Elle comporte trois minarets dont un double.
Sa bibliothèque renferme 60 000 volumes et 15 000 manuscrits. On les as tous lu mais il serait difficile de vous les retranscrire ici.




La mosquée Al Houssein (1154) est l’un des endroits les plus saint de l’Islam (on n’a pas compris l’histoire, qui mélange propos de Mahomet, tête de sultan, et tombeaux de califes), et enferme le plus vieux manuscrit du Coran connu.


Pour élever et vendre des pigeons, des Egyptiens ont construit un pigeonnier sur la façade de leur mur, accessible via une fenêtre:

LA MUSIQUE ZAR, GNAWA EGYPTIEN: culturel ou religieux ?

Cette musique de transe traditionnelle aux vertus spirituelles, est issue du rituel populaire qui exorcise les personnes possédées par des esprits.
Nous assistons ici à une version « artistique » de la tradition Zar :le sacrifice des animaux que requiert normalement la cérémonie nous sera épargné.
Au son du tamboura (un instrument à cordes répandu en Afrique) et du mangour (une ceinture en bois piquée de sabots de chèvres et accrochée autour de la taille d’un homme), l’Égyptienne aux yeux soulignés de khôl noir invoque pêle-mêle le prophète Mohammad et ses descendants, le prophète Issa (Jésus dans le Coran) et les djinns (esprits de l’Islam).
Vous pouvez imaginer qu’un tel mélange ne peut que faire grincer des dents des puritains de l’islam!
Nous apprécions cette soirée dans son lieu de résistance, le Makan, dernier endroit où se produisent les artistes (qui ne dépassent pas les 30 membres dans toute l’Egypte), et où sont conservé les partitions et textes de ce mouvement culturel appelé à disparaitre, à cause des interdits religieux imposés par les barbus.
Le lieu est condamné à disparaitre si aux prochaines élections les « Frères Musulmans » prennent le pouvoir.
Pour ces derniers, tout étant religieux, le mot « culture » n’a pas de sens.
Pauv’ nazes.



SINAI : ARRETE TON CHAR !


Dans un magnifique camaïeu de grisaille bétonnée, noyés dans le dioxyde de carbone, nous quittons le Caire.
Dans un dédale kilométrique, au fur et à mesure que nous essayons de quitter la ville, le rythme des klaxons s’accélère et nous rattrape. Tous les bruits se fracassent contre nous.
On cherche à simplifier. On ne repère que les grandes avenues, on s’accroche au seul soleil se guider vers la sortie de la ville.
Dorénavant nous le savons il n’y aura plus que du Goudron jusqu’à Lyon.


Puis vint le désert. Ouf.
Nous sommes sur l’une des routes des croisades du célèbre sultan Saladin, partit taper sur ses voisins d’orient il y a quelques siècles.


Le trafic ne diminue pas pour autant. He oui, c’est l’axe principal entre Caire et le Sinai, la Jordanie, Israel…
Les camions qui acheminent le pétrole circulent comme des trains.
Heureusement nous reste la bande d’arrêt d’urgence. 2 jours de monotonie ou l’on s’enferme dans notre walkman.


Nos pauses se feront plusieurs soirs de suite dans les poste des ambulanciers au bord de la route !
Nous sommes des étrangers. Nous passons devant eux, voila qui est suffisant pour être invite à la table.
Tout sur la natte est prêt pour nous sustenter. « Bismillah murmuretill », « Au nom de dieu, je commence ».
Malgré nos discussions, notre voyage est un mystère. Ils savent que nous venons de loin, mais l’Afrique pourrait être aussi bien sur la lune tant ils semblent déconcertés.
Avec eux et presque sans tabous, on parle religion, voile, intégrisme, élections… Eux-mêmes sont divisés (et opposés) sur la question, et tous en rigolent !
L’un d’eux est copte, et il est ravi d’être le seul à pouvoir serrer la main de Claire pour nous dire au revoir, devant les rire des ses amis ;)


Suez est sans doute la ville la plus moche que nous ayons traversée en deux ans. Une usine a ciel ouvert, et des bâtiments aux enseignes des monstres du pétrole.
Petit tour du propriétaire :

Prés d’1/3 du trafic mondial des cargos et du pétrole passe par ici. De retour du désert, ils acheminent pour la plupart du carburant vers l’Europe




Le canal a été beaucoup élargit depuis sa création. Pour cette raison, et peut être aussi pour éviter qu’un pont ne soit détruit en cas de guerre, on passe le canal (que nous ne verrons hélas pas) via un tunnel.
Le canal marque la frontière entre Afrique et Asie. Nous venons donc de changer de continent.


Un camp militaire, avec….


… un minaret de mosquée qui dépasse. Gloups.
On ne craint pas le mélange des genres ici…

Le Sinaï est une péninsule égyptienne, à la forme triangulaire et située entre la Méditerranée (au nord) et la mer Rouge (au sud).
C’est le seul point de passage terrestre entre Europe, Asie et Afrique. Voilà pourquoi c’est par ici que ces Saoudiens en voiture vont en Egypte.



Le Sinaï est peuplée essentiellement par des bédouins nomades (désert oblige), et par les militaires. C’est une zone de conflit. Elle a été conquise puis rendue par Israël, de plus c’est la zone frontalière avec la Palestine et les fameux « tunnels » qui permettent de faire acheminer des armes….
L’Égypte contrôle donc militairement la zone. Des check-points avec char d’assaut et mitraillettes nous accueillent tous les jours.
Point fort, on peut chopper de l’eau partout, du pain, et planter la tente.


Paysage accidenté du désert de pierre.


Super chouette ! Après deux mots baragouinés en franco-arabe, chacun sur son guidon, il sort une petite pochette décorée en tissus de sa poche, enlève son portable dedans, et tend ce petit cadeau à Jerem avant de foncer sur sa bécane !
Choukran l’ami !


Des militaires, partout, tout le temps.


Pas d’eau, pas de bouffe, un village sur la carte à 50 Km qui finalement n’existe pas… pas le choix, on fait 80 Km le matin, d’une traite, sans pause, sous la chaleur, avant de s’effondrer pour l’après midi et la nuit dans le check-point que voici.
Dans le Sinaï, les bédouins et les policiers se foutent copieusement sur la gueule. Les deux parties sont formelles : pour notre sécurité, il vaut mieux dormir avec l’un ou l’autre camp, mais pas seuls dans le désert.


A quelques kilomètres au nord, c’est la Palestine. Route interdite aux touristes. Damned, ça nous aurait économisé un détour de 300 Km…




Entendu au Caire …





Le Sinaï est le royaume des troupeaux de chèvre pousses par les Bédouins, mais à cause des militaires, nous ne verrons que très peu de nomades. Certains se sédentarisent comme cette famille d’aubergiste le long de la route.
Ils nous « enlèvent » littéralement, vident la chambre familiale et s’entassent dans le salon pour nous offrir leur chambre… à tel point que cette hospitalité est gênante !
Il faut dire que nous n’en menions pas large a notre arrivée, tellement fatigués par le soleil et la semaine de puis le Caire sans pause qu’on s’est endormis l’après midi par terre à l’ombre de leur resto, sur notre bâche en plastique. Des touristes comme ça il ne doit pas en passer tous les jours.


Leur chambre en question, pour une merveilleuse nuit réparatrice. On en a grandement besoin.


Des Saoudien dans leur « keffieh » [prononcez kéfié] traditionnel.


Ici, nous ne passons pas loin du mont Sinaï, en arabe Djebel Moussa (« Montagne de Moïse ») qui est d’après la Bible le lieu où Moïse aurait reçu les Dix Commandements.




A environ 50 Km de la Palestine, Jerem entame la discussion avec deux ados sur une petite moto :

SalamAleikoum !
Fehemch Arabic ?
Aiwa, chouia ! Egytp Tamam, Sinai Tamam ! Ana Fransaoui…
Frannssa Tamama !
(en cœur) hahahahahahh
Curieux car c’est sûrement la première fois qu’ils parlent a un occidental, ils comprennent vaguement notre voyage, on apprend qu’ils sont palestinien… On rigole, on se détend, on demande si on peut prendre une photo d’eux sur leur bolide.
Il refuse en montrant que le gars de derrière tenait caché pendant la discussion …une kalachnikov ;)
Il rigole en disant que c’est pour la police ;)
Au milieu de la conversation, bon enfant, ils se mettent à piquer un sprint en nous disant au revoir de la main, puis une voiture de police nous double et les prend en chasse ! 200 m plus loin on voit la moto qui prend la tangente par une vieille piste qui remonte vers la colline pour semer la police.
Evidemment la police s’arrête et attend qu’on arrive à leur hauteur.
Mais nous, on n’a rien vu m’sieur l’agent…


Commence ici 30 Km de pure folie, en pente forte, chute vertigineuse de 800 mètres jusqu’à la Mer Rouge.
Série de virages qui s’accrochent comme par magie à la falaise.
Hélas, les lacets sont dans la montagne, et on ne voit pas le paysage. Mais ne vous inquiétez pas ça viendra en Israël.



Notre premier excès de vitesse du voyage !


En fait Jerem est monté à plus de 70 mais ça vibrait trop pour prendre la photo en même temps…


Et au bout du bout …


Le golfe d’Aqaba, un bras de la mer rouge, dans l’Océan Indien. Nous sommes à quelques Kilomètres d’Israël au nord, et en face, la Jordanie sur l’autre rive.


Au dessus du poste frontière flotte un drapeau blanc et bleu. Le « Magen David ».
Israël, un autre monde.
La frontière est à l’image de la relation tendue qu’entretiennent ces deux pays : miradors et barbelés, visage de la partition d’après guerre.
Les deux agents de sécurités nous font tout un foin pour que nous passions tous nos sacs au scanner, dépiautent plein de petits trucs de nos sacoches en nous demandant ce que c’est. On commence à s’impatienter quand l’agent sensé vérifier que l’accordéon est bien un accordéon montre un peu trop d’enthousiasme à vérifier tous les boutons !
C’est la première fois que nous subissons autant de contrôles, mais les égyptiens doivent avoir des ordres. Tout ce qui va entrer en Israël doit être hyper sécurisé.

Mais les passages de frontière, vous savez bien ce que c’est (et nous aussi !!!!), le plus beau nous attend de l’autre côté !

Pour savoir ce qui va nous arriver sur les rives de la Mer Morte et à Jérusalem, ne ratez pas le prochain épisode de “Claire et Jérémie en vadrouille en …. ISRAEL”

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