On avait dit qu’on reviendrait…
(c’était il y a plus d’un an)

(Lyon, mai 2013)

Partis en août 2010, après des dizaines de crevaisons, après quelques milliards de salutations dans toutes les langues, nous revenons à Lyon en mai 2012, après 644 jours de voyage.

Même si nous ne savons pas plus qu’au début « pourquoi nous sommes partis », il nous semblait important de clore ce périple en partageant nos impressions, en les faisant exister, en les couchant sur le papier, avant que le temps et la mémoire ne lissent nos impressions. Car autant que la préparation, le « retour » fait partie intégrante du voyage.
Prendre du recul, partager notre expérience, et pourquoi pas susciter des envies de voyage autour de nous, donner du courage et des tuyaux, conseiller et rassurer ceux qui veulent entreprendre une telle aventure…
Si nous faisons naitre des vocations, nous serons les plus heureux des voyageurs.
Nous sommes surpris, mais nous n’avons pas vécu ce voyage comme une parenthèse dans notre vie. C’était un prolongement logique de nos envies et de nos interrogations du moment.
Idem pour le retour. En toute simplicité, sans choc de culture ou de civilisation, car nous étions prêts à rentrer autant que nous étions prêts à partir. Nous avons vécu ces moments comme des évidences dans nos vies.

Avant le départ, un tel périple nous paraissait une aventure unique et périlleuse.
Nous sommes maintenant convaincus qu’il n’en est rien, que le voyage à vélo est à la portée de tous. Une bonne dose d’envie et une pincée de persévérance suffisent, car vivre sur son vélo est plus simple qu’on ne l’imagine : chaque jour est une petite aventure sympathique. Ces perles misent bouts à bouts construisent patiemment le collier de notre voyage…
Nous espérons démystifier l’image du voyageur-poète un brin dérangé de la caboche. (et comme un pote nous l’a dit : « avant de partir, nous n’en connaissions pas un rayon… Nous savions que l’essentiel, c’était de ne pas perdre les pédales » !)

Merci de nous avoir suivis durant ces deux ans de voyage.
Voici le dernier article du blog, celui du retour en France et le bilan.
www.voyage.jeremiebt.com

Bon vent (de dos, bien sûr !)
Claire & Jérémie

Quel plaisir de rentrer dans une boulangerie, et d’acheter un « pain au chocolat et un croissant » !

Tiens, ca faisait longtemps !

Pi on n’a plus de k-way bien sûr…


Des vaches …


Des églises …

Quel pays magnifique que la France ! C’est à croire qu’il fallait s’en aller aussi loin pour s’en rendre compte. Tout nous ravit en cette fin du mois de mai : le chant des oiseaux, l’humidité dans l’air, l’odeur de la pluie, les coquelicots, le ruisseau, le clocher… Nous sommes chez nous, et nous y sommes bien. Délibérément, nous avons choisi de rentrer à Lyon par les petites routes qui sillonnent la campagne, et nous sommes heureux de ce choix qui nous permet de faire quelques étapes chez des amis, de renouer tout doucement avec nos anciennes habitudes. Nous redécouvrons le plaisir de nous arrêter à la boulangerie du village, et de nous exprimer à la boulangère dans notre langue maternelle. Nous repartons avec du pain et le sourire aux lèvres, l’air niais sous la pluie (qui nous enchante elle aussi) et nous nous en fichons.


Près de Valence, dans une boulangerie :
- Vous venez de Lyon ?
- Oui
- Whaaaaaaaaaaaa ! Et vous êtes partis il y a longtemps ?
- Deux ans.
- Deux ans ? Pour faire 200 km ? Mais vous êtes passés par où ?
- Par la Namibie
- C’est où exactement ?
- Au sud de l’Afrique

Sortie de concert à Romans :
« C’est vous Claire et Jérémie ? » nous lancent deux « cyclos voyageurs ». Ça fait bizarre d’être « reconnus ». Pauline et Régis ont suivi notre aventure depuis le début, et ont aussi voyagé en vélo : http://cyclobutineurs.free.fr/



Le vélo donne des signes alarmants de fatigue : la transmission est à bout, la chaîne saute sous les pédales, Jérémie ne peut plus utiliser qu’un seul plateau et les deux plus gros pignons, même sur le plat. C’est de l’usure normale, le sable des derniers pays n’a pas été tendre avec la transmission ! Une sérieuse révision s’impose, ainsi qu’un remplacement de toutes les pièces usées. Nous nous félicitons du choix de nos vélos, ils se sont révélés être d’excellentes montures. Les rayons de Claire sont intactes, la roue arrière toujours bien droite malgré la charge des sacoches et du porte bagage, et surtout malgré les milliers de kilomètres de piste et de cailloux. Le cadre du vélo de Jérémie a subi quelques soudures, près du porte bagage, mais rien de bien méchant. De manière générale, le matériel important dans lequel nous avions investi a remarquablement supporté les deux ans de voyage : vélos, duvets, la tente est arrivée au bout (par contre, là elle est « à bout »), et mention spéciale pour notre filtre à eau. Seule la remorque, que nous avions au départ, n’a pas convenu. Nous en séparer a été une dure décision, il a fallu ré-envisager toute l’organisation de nos sacoches, faire souder un porte bagage sur la roue avant, et surtout nous alléger.

Nous avons quitté la France surchargés de choses inutiles, nous le savions, mais il était rassurant d’emmener avec nous des « doudous », des bricoles parce que « On ne sait jamais… », « Ça peut toujours servir !». Nous sommes revenus les sacoches presque vides. Se débarrasser des objets qui nous entourent, c’est libérer de l’espace dans sa tête, redonner de la place à l’humain, se rendre disponible pour l’imprévu. Un désencombrement de masse, difficile à mettre en œuvre dans la vie quotidienne, mais naturellement justifié dans un voyage à vélo. Si le matériel non indispensable a progressivement quitté nos sacoches, nos instruments de musique, eux, ont toujours eu leur place sur notre porte-bagage, et jamais nous n’avons regretté de les avoir, même dans les côtes les plus raides. Avec les quelques livres que nous trouvions en cours de route, ils ont été notre seul « loisir ». Chaque pause de midi avait droit à son quart d’heure musical entre le repas et la sieste, attirant parfois quelques enfants curieux et timides (et parfois tout le village).
Record de la plus longue chaine d’hospitalité : Malé, Louis et leurs enfants, à Nairobi !
Comment ?
Notre demande d’hébergement a circulé de contact en contact, transitant par mail, téléphone, réseaux sociaux, pour revenir jusqu’à nous sous la forme d’une précieuse adresse. L’ondulation a commencé avec notre ami Mathias, elle a été relayée par la cyclovore Alvine, a rebondi du côté de Pierre et Estelle, deux médecins qui ont bourlingué entre autre au Cameroun et en Ouganda, qui ont contacté à leur tour Edouard du Congo, qui a lui-même appelé Aline et Samuel, aussi médecins en Zambie chez qui nous avons enfin pu faire étape ! Et la chaîne continue puisque Aline et Samuel ont renvoyé la balle à Juliette et Damien chez qui nous nous rendrons, puis Marie et Guillaume, leurs amis à l’autre bout du pays, qui balancent la patate chaude aux « Oliviers » de Nairobi, chez qui nous passerons Noël. C’est ça, le voyage à vélo. L’imprévu et l’inattendu sont tellement partout que ça en devient juste commun.

A l’encontre des idées reçues

Alors que le voyage a été pour nous synonyme d’évasion et de vacances, il s’est révélé être une source d’inquiétude pour beaucoup de nos proches : la vulnérabilité dans une tente, les animaux sauvages, les tensions internationales, le souci de l’eau et de l’approvisionnement… Bien sûr il y a eu des imprévus, plus ou moins heureux, mais n’ayant pas les moyens matériels ou financiers pour contourner l’infortune, nous avons été forcés de nous adapter, apprenant au passage l’humilité et la flexibilité. En ce qui concerne l’insécurité, les vols ou les agressions physiques, nous n’avons rien vécu de cela. Nous savons que cela existe, comme dans tous les pays, et que ces phénomènes sont principalement regroupés dans les villes, là où la misère ne laisse pas d’autre choix que la violence. Dans les cités gigantesques que sont les capitales africaines, nous quittions le mode « vélo » pour enfiler un costume de touriste un peu plus discret. En brousse et dans les petites villes, personne n’a jamais touché à un poil de nos vélos (ni à un poil de nous d’ailleurs). Le seul qui a regardé d’un peu trop près nos bécanes, un enfant au Burkina, s’est pris une telle raclée par un adulte que nous avons compris que nous pouvions relâcher l’attention : notre matériel attire tellement de regards que toute tentative de chapardage est vouée à l’échec. Nos conditions particulières de voyage suscitent la curiosité autant que l’envie de nous protéger. La présence d’une femme dans l’équipe est aussi un excellent atout !

Les conditions climatiques, les températures extrêmes, l’effort physique ont représenté des difficultés tout au long du voyage. Mais là, deux attitudes s’offrent au voyageur au long cours : pester pendant vingt mille kilomètres, ou bien accepter l’évidence avec philosophie en l’intégrant comme une donnée constituante du voyage. Oui, le vent est encore de face, oui… Mais comme l’accueil des populations est toujours aussi chaleureux, ou que la sauce du riz est constamment épicée. C’est ainsi qu’est le pays, c’est ainsi qu’y vivent les gens, alors pour nous qui ne voyageons pas dans un habitacle, il est normal d’être confronté à ces réalités.
Le plus gros danger a sans doute été le trafic automobile. Un risque permanent qu’il nous arrive d’oublier. C’est alors que quelques frayeurs nous rappellent à l’ordre…
Nos manuels scolaires ont toujours présenté l’Afrique comme « le continent pauvre ». En fait, c’est un territoire extrêmement riche et diversifié. Le soleil y est généreux, les gens doux et bons, l’eau est présente, abondante dans certaines zones, rare ou enfouie dans d’autres, la terre donne des fruits merveilleux, de multiples traditions et cultures se côtoient. Qu’est-ce qui justifie ce regard dominant que nous portons sur ce continent ? Le qualificatif « pauvre » ne pourrait-il pas tout aussi bien convenir à notre société, une fois le critère matériel évacué ? Au cœur du bien-être, en Afrique, nous avons trouvé le lien social. Dans nos sociétés occidentales, il y a l’objet de confort, si possible privé. Le mode de vie occidental s’exporte bien, en Afrique il devient un objectif pour beaucoup de familles, sceptiques quant à leurs propres capacités de « développement ». Pendant que certains viennent nous remercier de leur avoir appris tant de choses (prier, travailler, construire des écoles et des usines…), nous observons des jeunes se perdre dans un monde qui ne leur appartient plus. Voilà pourquoi la pauvreté en ville est bien plus douloureuse que la pauvreté en brousse.
Le réel danger qui menace ces gens est peut-être la perte de l’estime de soi, le doute en ses propres compétences, la dépendance, que nos multiples interventions à tous les niveaux continuent d’entretenir.

Quelques bribes de pensées

Enfin, nous avons découvert que partir à deux, une femme dans le duo, est un atout certain pour ouvrir les portes des communautés féminines, des rires, de la vie quotidienne.
Ce voyage nous a prouvé que notre connaissance du monde est très parcellaire. Pire, erronée. Le meilleur observateur, c’est soi même, sur place.

Autant que possible, nous avons veillé de ne pas véhiculer une fausse image de notre culture. Cela a été une position parfois difficile à tenir, mais qui nous a permis de nous plonger dans une bonne analyse de nous même.
Jamais nous n’avons eu besoin de glisser quelques billets dans la poche des autorités, malgré quelques appels du pied. Il faut être un peu plus patient, et ne pas céder au chantage ni au principe de « Ils ont le temps, on a l’argent ».
Avec du calme et du relativisme, les barrières administratives se gèrent.
Il faut savoir rebrousser son chemin, revoir un itinéraire préparé à l’avance, ne pas foncer tête baissée, savoir se projeter dans un nouveau choix rapidement…
Devant un tel accueil qui nous a été fait, nous avons essayé de ne pas abuser de ce qui nous était offert de bon cœur. Éviter de provoquer des invitations, tout en acceptant celles qui arrivent spontanément.
Nous avons appris à décliner alcool ou viande (Jérémie est végétarien) sans vexer, et appris à nous coucher tard malgré les 100 km dans les jambes.

A notre tour, serions-nous capable d’offrir le même accueil à tous les étrangers et voyageurs curieux de découvrir la France ?
De manière générale, nous avons constaté que l’Afrique est en grande mutation. Constructions et ouvrages gigantesques, urbanisation débridée, forages et routes goudronnées à l’œuvre. Et les Chinois, partout. L’homme continue à grignoter les espaces sauvages.
Nous avons pris conscience que la notion d’écologie est une préoccupation occidentale, à la portée des pays riche, loin des préoccupations de nombreuses personnes que nous avons rencontrées.
Nous sommes convaincus que le vélo est un très bon moyen pour découvrir un pays.
Découvre-t-on une ville en métro ? Non, il en est de même avec une voiture. S’adapter à chaque région, se rendre compte des distances, relativiser le temps, être disponible à l’arrêt spontané, au sourire, à la discussion.
Vivre à plein poumon une région.
Le vélo permet de voir le meilleur et le pire.

Et surtout, ce voyage nous a donné du courage pour accomplir des choses qui relèvent véritablement de notre choix. On a moins l’impression de « suivre » le courant. Le champ des possibles semble plus large au retour.
Il n’existe pas qu’une réalité.
On a la capacité de façonner notre réalité selon nos désirs.

Une aventure humaine, véritablement.
Nous ne sommes pas des gens meilleurs pour autant.

Le monde déraille, change de pignon !

En Afrique nous étions régulièrement sollicités par des personnes nous saluant, venant s’enquérir de notre nationalité et de notre parcours (« D’où viens-tu ? », « Où vas-tu ? », sont des questions que nous avons appris à comprendre dans beaucoup de langues !). Sur le vélo, il n’y a pas la possibilité de se soustraire aux regards, aux interpellations, aux échanges avec la population curieuse. Nous sommes terriblement accessibles pour celui qui veut en savoir plus, ou qui désire quelque chose de nous. C’est un état parfois difficile à accepter, notre degré de fatigue, ou tout simplement notre humeur du jour ne nous mettant pas toujours dans de bonnes dispositions pour de la causette sur le bord du chemin. Car il faut alors tout répéter, expliquer, rejouer le scénario, avec le même enthousiasme que si c’était notre premier jour, devant quelqu’un pour qui c’est effectivement « un première jour ». A nous de moduler ça en choisissant bien notre itinéraire, quand nous avons besoin de tranquillité, nous filons en brousse ou dans le désert, là où nous croisons moins de monde et où nous pouvons poser la tente.

Maintenant nous redevenons des anonymes, parmi d’autres anonymes.

Notre voyage en quelque chiffres :

  • Nombre de kilomètres parcourus : 21 454
  • Nombre de pays traversés : 22
  • Nombre de jours de voyage : 644
  • Nombre de jours pédalés : 372 (4 jours par semaine en moyenne)
  • Étape journalière la plus longue : 155 km dans le désert égyptien
  • Étape journalière la plus courte : 7 km au Kenya (7 crevaisons et une perte de sacoche)
  • Moyenne de kilomètres par jour pédalé : 58
  • Nombre de crevaisons : 13 pour Claire, 47 pour Jérémie
  • Nombre de pneus utilisés au total : 12
  • Nombre estimé d’heures passées sur la selle : 1532 heures chacun, soit l’équivalent d’un travail à mi-temps pendant deux ans…
  • Record de temps sans panique gastrique pour Jérémie : 6 mois et 10 jours, un record !
  • Record de chaleur : 47 °C à Cinkassé au nord du Togo
  • Refus d’hospitalité : 3 en France, 2 en Espagne, 1 au Maroc, 2 en Tanzanie.
  • Nombre de litres d’eau bue : environ 4 000 à deux
  • Nombre de diarrhées : Vous voulez réellement savoir ?
  • Nombre de bakchichs payés : Aucun !
  • Nombre d’engueulades : Non mais ça vous regarde ?
  • Record de litres d’eau transportés : Un peu plus de 20 sur le vélo de Claire, en Namibie.
  • Plus grand nombre de jours consécutifs sans douche : 15
  • Record du même repas consécutif : 27 « fouls », au Soudan.
  • Record de vitesse : 67 km/heure dans la descente avant Malaga
  • Nombre de fois où nous avons regretté d’être partis : 0
  • Nombres de vraies chutes : Jérémie 1, Claire 3
  • La plus belle chute : dans les bras de nos parents, à l’arrivée.

Les meilleurs repas :

  • Le couscous de Medhi à Fès
  • Les petits déjeuners amande-figue-miel-fromage-de-brebis en Espagne
  • Le pain cuit dans le sable de Datt en Mauritanie
  • Le tibou dien offert à l’auberge « Sahara » de Nouakchott, lorsque nous arrivions au bord des larmes.

Les plus beaux endroits

  • Les dunes de Mauritanie
  • Le coucher de soleil en compagnie des éléphants et des hippos sur la rivière Okavango
  • Spitzkoppe et la montagne de feu en Namibie
  • Brandberg et les peintures rupestres en Namibie
  • La vue depuis Livingstonia au Malawi
  • La vallée des rois en Égypte
  • Le désert blanc en Égypte
  • Les chutes Victoria en Zambie
  • Les plages de Zanzibar

Les nuits les plus pourries :

  • De nuit, sous le déluge et les éclairs, nous replanterons la tente qui a pris l’eau, tout nus dans la brousse Togolaise.
  • Un 4 mètres carrés pour nous et les vélos dans une station service du Sahara. Le groupe électrogène monte la garde toute la nuit.
  • Un dodo en mer sur des sacs de poissons, en revenant de l’île Mafia de Tanzanie.

Les plus « belles » chutes (ou pas…)

  • Sur un bas côté au Sénégal à cause d’une grosse pierre, au moment ou un camion nous double a toute blinde ! (dangereuse celle là)
  • Une glissage en Espagne dans un virage en descente sous la pluie, arrivée sous un petit camion qui pile.
  • Sur le Canal du Midi en faisant coucou à un bateau (l’ensemble du bateau s’est foutu de notre gueule, surtout quand on s’est mis à s’engueuler pour savoir qui a fait tomber l’autre).

Les plus belle nuits

  • Accueillis par les Touaregs dans le Sahara Occidental
  • Dans le désert étoilé en Mauritanie à regarder la lune à l’envers
  • Le 25 décembre dans le sable blanc du Sahara
  • A écouter lions et hippopotames dans la Bande de Caprivi en Namibie

Les grosses consternations

  • Les sequelles de l’apartheid en Namibie
  • La Françafrique et la corruption généralisée en Afrique de l’ouest
  • Le vent de face pendant 8 000 km (ça fait quand même beaucoup non ? Tout l’Est africain !!))
  • Les formalités administratives inutiles et zélées
  • Le modèle occidental consumériste qui s’impose comme objectif.
  • Le moustique que t’arrives pas à péter la nuit
  • L’évangélisation des consciences au détriment des croyances locales.

Les plus belles routes

  • Au Togo, la portion entre Atakpame et Kpalime
  • Le chemin entre le Boshua Pass, Spitzkoppe et Uis en Namibie.
  • Les 30 km de descente vers la mer avant Malaga en Espagne
  • La piste Malienne entre les chutes de Guouina et Bafoulabé
  • La route des pêches au Benin
  • Les berges du Nil dans les villages Nubiens nord-Soudanais
  • La piste de Mbambay Bay à Masasi en Tanzanie
  • Sur l’ile Mafia en Tanzanie, de Kilindoni à Utunde, et trajet de Bungu à Nyamisati
  • Et peut être la plus fameuse, la route du plateau de Laikipia et de la Kerio Valley au Kenya

Rien ne sert de courir, il faut partir en vélo


N’en déplaise à tous ceux qui ont prédit un retour difficile, prophétisé l’égarement et la marginalisation, nous sommes dans une forme olympique et parfaitement en phase avec notre environnement. Le vélo est en attente d’un ravalement total, nous visitons nos amis et leurs nouveaux nés, reprenons contact avec le monde du travail, avec le confort à l’occidental, et cela nous plaît. Il n’y a de traumatisme que pour ceux qui prennent l’avion : décalage horaire et choc culturel sont inévitables au sortir de la carlingue. Sur une bicyclette, à 20km/h, l’effet n’est pas bien violent… Tout évolue en douceur, le paysage comme les faciès, le climat avec les coutumes. Depuis la Zambie, depuis que notre boussole a commencé à redresser le cap vers le nord, nous avons amorcé notre « retour ». Voilà donc des milliers de kilomètres que nous nous projetons dans le « après », que le lien se tisse entre nous et la France. D’ailleurs, s’est-il seulement défait une fois, ce lien ? Même au plus profond de l’aventure, là où les conditions d’isolement, de climat, les coutumes, nous immergeaient dans quelque chose de très différent, nous étions toujours Claire et Jérémie.

Nous n’avons pas changé (mince…). Nous espérions semer quelques uns de nos défauts en route, c’est raté. De même, nous avons bien essayé de laisser à Lyon deux ou trois « casseroles » mais… il faut croire qu’on emmène tout son caractère dans ses bagages. Nous sommes bien toujours les mêmes, à ceci-près que le voyage nous a ouvert l’esprit. Bien plus lucides et critiques par rapport aux analyses médiatisées, nous construisons dorénavant notre réflexion sur notre vécu, et non plus sur de l’imaginaire alimenté par les moyens de communication modernes. Evidemment notre raisonnement est lui aussi faussé, puisque bâti sur des observations incomplètes, relevées le long de la seule ligne mince que nous avons tracée de nos roues sur une carte géante, mais ces manques ne nous donnent qu’une envie : nous taire ou aller vérifier sur place.
L’Afrique est bien plus variée que ce que nous pensions. Au même titre que l’on sent une différence culturelle entre l’Allemagne, la France ou la Suède, chaque pays d’Afrique, nous a fait une impression différente.


Un panneau annonce : Lyon 44 km. Déjà ! Les kilomètres qui restent s’amenuisent dangereusement. L’aventure est en péril. Il faut réagir… Il faut rallonger… Nous faisons une pause-méditation, nos familles ne sont plus qu’à une portée de roue…
Nos deux années passées nous semblent loin…
Nous retiendrons l’herbe tendre de la campagne de France, l’Espagne pour ses montagnes, le Sénégal pour son fleuve et ses larges troupeaux, le Mali pour sa terre ocre, le Burkina Faso, pour ses mangues succulentes, Le Togo et son climat tropicale, le Bénin et son souffle vaudou, la Namibie pour ses espaces inexplorés, le Botswana pour sa faune sauvage, la grande cascade au Zimbabwe, le Malawi pour son eau, la Tanzanie pour sa gaieté, le Kenya pour ses ethnies magnifiques, le Soudan du Sud pour ses espoirs, le Soudan du nord pour l’inégalable hospitalité de sa population, l’Égypte ses contrastes naturels et humains, Israël pour les excès de notre société occidentale.

Une dizaine de kilomètres avant la ville, quelques amis nous rejoignent sur leur vélo. Nous pique-niquons ensemble, puis nous nous remettons en route, cette fois sans plus d’arrêt. Nous sommes heureux de la compagnie de nos amis, qui nous distrait du moment des retrouvailles, que nous appréhendons.



Lyon !
Nous y sommes… Entrée dans la ville, quelques virages, et nous voici sur le quai. Nous sommes en retard mais peu importe.
Que le temps a filé… Nous sommes désorientés ! Que faire…. Lyon est là, dans quelques minutes. Nos vieux souvenirs reviennent, à chaque recoin de rue que nous parcourons pour rejoindre nos amis à qui nous avons donné rendez-vous.

Nous avançons le long du Rhône sur ce quai que nous connaissons par cœur, slalomant entre les badauds sous de joyeux coups de sonnette. Nous passons un pont, puis un autre, puis un dernier. Enfin nous les voyons au loin, ils sont rassemblés autour de la piste cyclable sous les arbres. Nous sommes soudainement intimidés, ni l’un ni l’autre ne parlons. L’émotion monte au fur et à mesure que nous approchons, les souvenirs du départ nous reviennent à l’esprit… nos amis s’écartent pour nous laisser la voie libre et nous freinons doucement pour la dernière fois devant ces gens qui nous aiment et qui nous ont attendus.


Tout est pareil qu’il y a deux ans, sauf les regards, les regards de ceux qu’on n’a pas vu depuis longtemps et qui ont manqué.
On est là, ils sont là.
Des embrassades, des larmes et des rires …

« Ces pays qui ont mauvaise presse, oser le voyage ! » tel est l’intitulé du dernier magasine « Carnet de voyage », sortit en mars 2013.

Ce dossier est un recueil d’expériences de voyageurs à vélo, à pied, à cheval, conseils et informations pour découvrir autrement des pays réputés dangereux et savoir évaluer les risques encourus si l’on souhaite s’y aventurer.
http://www.expemag.com/sommaires/carnets-d-aventures-31.html

Ils nous ont fait l’honneur de publier notre expérience, pour savoir si « on peut toujours faire l’Afrique en vélo »


Approchant de la frontière mauritanienne, je convaincs Jérémie d’envoyer un mail à l’ambassade de France en Mauritanie, pour informer de notre future présence sur la principale route du pays.
La réponse claque :

« Bonjour à tous,
Ce projet est insensé. VOUS ne pouvez pas descendre la route de Nouadhibou en vélo. Ceci doit être clairement intégré.
Il n’y a pas d’option raisonnable en dehors du chargement de vos cycles et de vos personnes dans un bus de Nouadhibou à Nouakchott et de Nouakchott à Rosso. Il ne faut pas plaisanter avec les questions de sécurité et tenter des criminels de droit commun de se saisir de proies à progression lente, faciles à capturer, pour essayer de les livrer à AQMI contre rétribution.
Désolé de vous paraître un peu abrupt mais il ne s’agit pas d’une randonnée cycliste en Auvergne ou dans le bocage normand.
Cordialement.
(…)
Commissaire divisionnaire de l’ambassade de France. »

Une première prise de conscience dans notre voyage : depuis les pays où nous pédalons se diffuse au monde une actualité dont nous ne nous sentons pas concernés. Aïe… Serions-nous inconscients des dangers qui nous entourent ? Non, comment pourrions-nous l’être alors que nous baignons dans un quotidien extrêmement connecté à celui des habitants ! Alors comment expliquer le décalage entre ce que nous vivons dans notre voyage, et ce qui est médiatisé ?
Il est vrai que sur cette route a eu lieu l’année précédente l’enlèvement de trois espagnols par AQMI, alors nous comprenons le stress des employés d’ambassade qui nous voient arriver sur des bicyclettes. Néanmoins, nous espérions une analyse plus fine de la part de personnes habitant sur place. Il faut croire que voyageur et expatrié sédentaire ne ressentent pas les mêmes choses… Un tel scénario avec des terroristes nous semble impossible, alors que chaque jour place sur notre chemin des gens simples et bienveillants, occupés à tenir une mini supérette ou à conduire un troupeau…
Mais qui sommes-nous pour prétendre connaître les sources de danger dans un pays étranger ? La réponse de notre ambassade, même à l’emporte-pièce, m’embête un peu.

Le seuil de la frontière me voit donc très hésitante (vélo ou pas ?), alors que Jérémie semble avoir tranché la question et opté pour du pédalage au nez et la barbe d’AQMI. Nous ne sommes pas vraiment d’accord. Notre bonne étoile décide d’intervenir en nous envoyant un petit coup de pouce nommé Jojo. Jojo descend en camping car au Sénégal. Au poste frontière, il nous séduit tellement par son humour et ses anecdotes que nous montons avec plaisir dans son véhicule pour continuer nos fou-rire avec lui. Nous ferons connaissance avec la Mauritanie une fois dans la capitale, où Jojo nous déposeras.
Courrions-nous vraiment un risque d’enlèvement sur cette portion de route? Impossible de savoir… Ce qui est sûr par contre, c’est que l’ombre du terrorisme affecte tout le pays, et particulièrement les Mauritaniens qui vivent du tourisme. C’est ce que nous apprenons avec Ahmed, l’homme qui nous accueille dans sa famille en périphérie de Nouakchott. Ahmed est guide francophone, il emmène des touristes marcher dans le désert, et ce mois de décembre dans lequel nous le trouvons si disponible est normalement sa pleine saison. Un soir, nous le surprenons s’inquiéter avec un de ses amis du récent passage de la région de Chinguetti en « zone rouge », son principal lieu de travail. La carte du site diplomatie.gouv, lui aussi la connait bien : elle fait la pluie et le beau temps dans son activité…
Parce qu’Ahmed est désœuvré et que nous sommes un tantinet frustrés de notre traversée motorisée de la première partie du pays, nous nous offrons une randonnée de quelques jours dans le désert avec lui, bravant les consignes de sécurité. Nos plus belles vacances !

Nous sommes partis pédaler sur un continent au potentiel évocateur important, offrant un large éventail de représentations pittoresques sur fond de nature hostile. Hormis quelques pays à la réputation tranquille qui jouissent d’un caractère exotique parfait pour un séjour all inclusive, l’Afrique en général souffre d’une assez mauvaise presse dès lors qu’il s’agit de l’explorer dans ce qu’elle a de vrai. Le triptyque guerre/faim/sida n’est jamais bien loin des esprits… Si je le sens dans les réactions de mes proches à l’annonce du projet de voyage, c’est aussi pour me libérer de mes propres idées reçues que j’envisage cette aventure avec Jérémie : aller voir de mes yeux là où les choses se passent, bâtir des représentations sur du vécu, certes parcellaire, mais qui viendra compléter ou contredire le prêt-à-consommer livré dans télés et journaux. Et puis… entre les arbres qui tombent, nous espérons bien parcourir l’immense forêt qui pousse, silencieuse et vivace, rencontrer l’ordinaire d’hommes et de femmes qui travaillent, rient, et s’organisent. Et pour un tel programme, le vélo est incontestablement le moyen de transport idéal.

Un an après notre expérience mauritanienne, nous sommes en Ouganda, prêts à en découdre avec le dernier tronçon de notre tour de l’Afrique. L’Ethiopie nous ayant fermé sa porte et refusé son visa, nous sommes contraints de passer par le Soudan, ou plutôt, les Soudan puisque le pays s’est officiellement divisé un an plus tôt.
A l’idée de devoir le traverser, mon imaginaire s’emballe, des images de casques bleus sur fond de sécheresse et de famine m’envahissent l’esprit… Si Jérémie se sent curieux à l’idée de traverser cet immense territoire, la représentation que je me fais de ce pays est loin de me motiver autant. Je préfèrerais aller rouler ailleurs, mais il n’y a pas d’autre choix. La grande machine administrative s’enclenche donc et nous délivre deux visas. Il nous faut organiser un brin ce dernier tronçon de notre remontée de l’Afrique, et parce que nous savons que la principale zone de conflits se trouve localisée à la frontière entre les deux Soudan, nous projetons de franchir cette région par voie fluviale, en empruntant une barge qui assure la liaison entre les deux pays en une lente remontée sur le Nil.

Les premiers jours de pédalage se révèlent difficiles : nous sommes au cœur de la saison la plus chaude de l’année. La terre sud-soudanaise est complètement sèche, d’un jaune sale et fatigué. Le paysage est morne, sans relief, et les quelques denrées alimentaires disponibles proviennent d’Ouganda et sont chères. Chaque véhicule qui nous dépasse nous noie dans un nuage de poussière marron. Nous nous réconfortons en pensant que le voyageur en habitacle mourra d’ennui bien avant le cycliste, qui lui peut tromper sa solitude en observant tous les petits détails révélateurs d’une vie locale tenace malgré la rudesse des conditions. Depuis nos vélos, nous contemplons ce paysage étrange, les quelques regroupements d’habitations que nous dépassons semblent figés dans l’attente d’un évènement improbable.
Je suis à l’affût de la première situation ou scène violente qui me traumatisera définitivement et donnera raison à mon malaise, lorsque je réalise que… je me sens tout à fait à l’aise. En fait, les gens d’ici ressemblent aux africains que nous rencontrons depuis des mois, ce sont ces même gens pétris de bonnes intentions envers les étrangers, qui pavent notre route de sourires, de poignées de mains, de témoignages et d’invitations à nous arrêter.
La continuité et la lenteur, paramètres constitutifs du voyage à vélo nous permettent d’évoluer doucement tout en restant en phase avec les changements de culture ou de mode de vie des populations. Mieux : notre quotidien avec les habitants remplace une fois pour toutes nos idées toutes faites sur ces pays. Il faut dire que le ravitaillement en eau offre un merveilleux prétexte pour engager la discussion : nous blaguons avec les villageois devant la pompe à eau, trinquons de nos bouteilles avec les ouvriers qui goudronnent la nouvelle route menant à la capitale… Au Soudan du Sud nous découvrons des gens paisibles, optimistes, occupés à reconstruire leurs habitations et à remettre sur pied tout ce qui peut l’être. Oui, chose étrange, nous nous sentons en sécurité parmi eux, comme si l’énergie positive qui émane de cette population que nous rencontrons quotidiennement pouvait tenir à distance toute menace de danger. Bien entendu nous ne sommes pas dupes quand à la situation instable du pays : des conflits ont lieu près de la frontière avec le nord, des armes circulent, une voiture sur deux porte un logo « United Nations », les mines polluent les champs et les gens ont faim… Cette actualité vole par-dessus nos têtes en direction de l’Europe pour atterrir dans toutes les télés. Mais je suis heureuse d’être capable de voir l’autre réalité, celle qui élève un instant au-dessus des souffrances, lisse les inégalités, et ressource par les rapports humains simples qu’elle permet. « Welcome in New Soudan ! » nous lancent-ils depuis le bord de la route. Dans un contexte aussi difficile, l’attitude positive de ces soudanais est impressionnante.

Manque de chance, une fois arrivés à Juba nous apprenons que la barge sur laquelle nous voulions embarquer pour passer la frontière a essuyé des tirs quelques jours auparavant. Le matériel qu’elle transportait intéressait un groupe armé. Pas fous, nous renonçons à prendre cette voie. Des avions effectuent quotidiennement ce même trajet par-dessus la frontière, nous donc opterons pour la voie des airs. C’était notre plan « Z », l’inavouable solution pour des voyageurs à vélo, et pourtant nous l’envisageons à ce moment-là avec soulagement.

Fraîchement débarqués à Khartoum après ce vol transfrontalier, nous changeons d’Afrique et prenons le monde arabe en pleine figure. Perdus dans ce Soudan du Nord radicalement différent de son homologue du sud, il nous faut nous acclimater une bonne semaine dans la capitale avant de reprendre la route. Changement de langue, de culture, de faciès, de coutume en quelques heures… le choc est rude pour le voyageur à vélo !
Nous découvrons à Khartoum des Soudanais calmes et sereins, bien dans leur peau, pratiquant un islam ouvert, philosophique, tolérant, bien loin des fantasmes occidentaux. Lorsque l’heure du départ sonne, nous sommes prêts à plonger dans le grand bain : direction plein nord pour plusieurs milliers de kilomètres. Le Nil, ligne de vie verte et bleue sillonnant dans un monde minéral sera désormais notre main courante jusqu’à l’Egypte.

Passé Khartoum, le désert nous absorbe en un clin d’œil. Au bord du Nil nous devenons sourds à la rumeur du monde. Nous voudrions nous prélasser pour toujours dans l’ombre de la palmeraie, buvant du thé en bonne compagnie. Car nous sommes régulièrement invités à nous reposer, à boire un petit verre apporté sur un plateau agrémenté de dattes fondantes: « Fadahl ! », les Soudanais se montrent incroyablement prévenants et discrets envers nous, qui ne demandons pourtant rien. Les cyclo-voyageurs rencontrés précédemment nous avaient mis en garde : au Soudan on ne plaisante pas avec l’accueil !
Comment imaginer qu’il existe des conflits dans ce même pays ? Entre des gens si courtois ? Le Nil nous emmène au Nord, vers l’Egypte, et nous suivons cette voie en oubliant complètement que le Darfour fait parti du Soudan, là-bas au sud-ouest… Cela nous semble si loin, si improbable…

L’Afrique est un immense continent, et il n’est pas rare que les conflits soient extrêmement localisés. Pouvoir déterminer avec précision les zones à risques nécessite de raisonner selon une logique de territoire dépassant les frontières, logique à laquelle nous ne sommes pas habitués, qui peut pourtant permettre d’ouvrir son voyage à plus de pays (précieux dans le cadre d’une aventure itinérante par voie terrestre). Mais il n’y a bien que sur place qu’une telle analyse de risque peut se faire, en parlant avec les gens, en se connectant à internet, en confrontant les avis… L’interprétation des informations relayées par les médias comme unique source de renseignement enferme parfois dans une vision quelque peu étriquée d’un pays. Nous avons rencontré bon nombre d’Africains se laissant prendre aussi au piège en bâtissant un idéal de vie « à l’occidentale » sur des représentations de nous à hurler de rire, issues d’internet, de sitcom, des informations à la télé…
Enfin, il et bon de rester à l’écoute de soi, et ne jamais faire quelque chose qu’on « ne sent pas ». Ne serait-ce que parce que le plaisir du voyage s’envole alors pour laisser place à la méfiance, l’angoisse. On devient sourd aux rencontres, notre vision est déformée…

Il ne faut pas hésiter à modifier ses plans, voire à renoncer franchement. Rester toujours prudent et humble. Nous sommes conscients d’avoir eu de la chance, heureux que le hasard des rencontres ait toujours placé quelqu’un de bien intentionné sur notre chemin.


Crédit : Stuart Block

Sur les routes du Soudan

Crédit : Stuart Block

Fadhal! Fadhal!
C’est le bienvenu SOudanais, entendu deux cents fois par jour.
Assieds toi, repose toi, que veux-tu manger ? Et boire ? Combien de temps tu restes?

Sahara Occidental

Crédit : Jérémie Bonamant Teboul

Nous sommes ici près de Laayoune, dans le Sahara Occidental. La présence de nombreuses mines le long de la côte nous rappel le conflit armé sur ce territoire administrativement « floue ». La semaine avant notre passage, à quelques kilomètres de là, un campement de quelques milliers de contestataires au Sahara occidental a été démantelé par les forces militaires. Nous ne le savions pas, mais depuis notre départ de la capitale cette zone est interdite aux étrangers. Nous apprendrons les tirs et les morts deux semaines plus tard, en Mauritanie.

MAURITANIE

Crédit : Jérémie Bonamant Teboul

No man’s land entre le Maroc et la Mauritanie. Une zone de non droit reconnue par aucun des eux pays, à l’entrée de la fameuse route des « enlèvements ».


Credit : Jérémie Bonamant Teboul

L’hospitalité Mauritanienne, loin des messages alarmistes des médias.

KENYA

Crédit : Jérémie Bonamant Teboul

Ce soldat Kenyan a une permission. Il est partit surveiller les frontières du nord à cause du conflit avec le groupe islamique Somalien Al-Shabbab.
La guerre en Somalie et en Ethiopie qui a éclatée alors que nous étions déjà en voyage, nous contraint à contourner le conflit par l’Ouganda et le Soudan du sud. Le voyage, c’est aussi renoncer à certains objectifs, s’informer et s’adapter.

OUGANDA

Crédit : Jérémie Bonamant Teboul

Nous nous trouvons ici dans l’épicentre des vingt cinq ans de guerre civile qui ont frappés l’Ouganda. C’est la seule route qui mène au Soudan du Sud, réouverte depuis quelques années. Quelques jours plus tard, les conflits reprendront 1 000 km plus au nord entre les deux Soudans. Alors que l’accueil des populations est exceptionnel malgré les difficiles conditions de vies, nous ne pourrons pas passer la frontière avec le Soudan du Nord autrement qu’en avion.

SOUDAN DU SUD

Crédit : Stuart Block

Extrait de conversation au Soudan du Sud
- Hi, What are you doing here ? (Salut, que faite vous ici ?)
- We work on the mines. (On travaille sur les mines.)
- Wich mines? Gold, copper ? (Quelles mines? Or, cuivre ?)
- Landmines….. (Mines anti personnelles)
- Ah….


Crédit : Stuart Block

Le visa sud-soudanais est tout neuf ! A peine quelques semaines…
Quelques mots en arabe apparaissent sur les devantures des boutiques, et des sourires. Partout, tout le temps.
«  Welcome in the New Sudan ! » sont les premiers mots que nous entendons, à peine quelques mètres après la frontière. Ils nous réchauffent le cœur.
Ils sont fiers de leur indépendance, et nous remercient avec de franches poignées de mains et des sourires larges comme le ciel de venir témoigner au monde de la liberté de ce pays, durement acquise.

SOUDAN DU NORD

Crédit : Stuart Block

Si l’hospitalité est un art, alors les Soudanais sont incontestablement les plus talentueux !
Nous partirons avec une vision bien différente que celle véhiculée dans nos pays occidentaux.

Il y a deux mois, nous avons reçus plein de messages pour nous signaler « Hé, on vous a vu dans le journal gratuit ce matin distribué dans le métro! »

Voici donc un scan de cet article qui, pour une fois, est très bien écrit. On a pas fait suivre les autres tant le journaliste écrivant ce qu’il voulait ou pensait connaître de ce à quoi pouvait ressembler un tel voyage.

Merci donc à Jérémy (l’autre) pour nous avoir écouté et si bien retranscrit nos propos dans celui-ci.